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Publié par Claude LE NOCHER

Olivier Gay : Mais je fais quoi du corps ? (Le Masque, 2014)

Il se nomme John-Fitzgerald Dumont, mais on l'appelle Fitz. C'est un Parisien pur jus, âgé de trente ans en cette année 2013. Si son frère aîné Howard est un cador de la finance, Fitz a eu d'autres ambitions. C'est-à-dire, faire la fête plusieurs nuits par semaine, draguer des jeunes femmes consentantes, s'alcooliser à outrance, et dealer de la drogue de bonne qualité pour vivre cette vie. Certes, comme avec l'avocate Daniela, il arrive à Fitz d'oublier comment il arrive dans le lit d'une de ses conquêtes. En général, il maîtrise les problèmes, même s'il a déjà été mêlé à deux affaires agitées. Ce qui explique que ses relations avec son ex Jessica, commissaire de police, sont moyennement au beau fixe. Au besoin, il peut compter sur ses amis, l'agent de sécurité Moussah, et la jeune prof de lycée Déborah. Si ses parents veulent une fiancée présentable, cette dernière peut faire illusion.

Ce dimanche-là va s'avérer un brin contrariant. Un client VIP, le député Georges Venard, valeur montante de la République, a besoin d'être livré en drogue. Quand Fitz arrive au domicile de Venard, celui-ci vient de se suicider. Ou d'être trucidé par l'homme qu'il vient de croiser dans l'escalier. Rien qui concerne Fitz, donc il n'est pas utile de s'y attarder. Sauf qu'un visiteur inconnu l'attend dans son appartement, avec l'intention de l'éliminer. Il vaut mieux appeler Moussah à la rescousse. Malgré l'agilité du Noir agent de sécurité, le tueur s'enfuit. Il est fort probable que la menace qui plane soit en rapport avec la mort de Georges Venard, et que ses proches amis soient autant pistés que Fitz. Il se réfugie chez Moussah, à Châtillon, où Déborah rapplique bientôt. Ce ne sont pas les hypothèses qui manquent au trio, même s'ils ne comprennent guère qui veut la peau de Fitz.

Quand l'adresse de Moussah est repérée par leurs adversaires, il est prudent que les trois amis se cachent dans une chambre d'hôtel. Grâce au hacker Bob, qui joue quelque peu les anges gardiens pour Fitz, ce dernier fait le portrait-robot de l'inconnu vu dans l'escalier de Venard. Grâce à une manipulation scandaleusement illégale, on parviendra à identifier cet homme. Jérôme Sultan, un ponte d'un grand groupe industriel, semble bien n'avoir rien à se reprocher. Par contre, suite à ladite manipulation, Fitz est recherché par les flics. Il assomme même l'adjoint de Jessica, venu fouiller son appartement. Être traqué, ça ne peut pas durer plus longtemps. Aussi Fitz décide-t-il de glaner suffisamment d'infos, en partie via le hacker Bob, afin de contre-attaquer. Son ennemi n'est pas un amateur, il va donc falloir ruser et bluffer pour s'en sortir...

 

Cette troisième aventure de Fitz peut aisément se lire sans avoir suivi les précédentes, car on cerne vite l'univers du personnage central. À la base, c'est un de ces frimeurs hantant les nuits festives, des semi-oisifs dealant sans en faire un gros bizness : “Mais je n'étais pas un citoyen lambda. Je m'approvisionnais une fois tous les deux mois auprès de narcotrafiquants russes, afin de fournir en cocaïne la jeunesse dorée parisienne.” Que des embrouilles lui tombent ponctuellement sur le nez apparaît assez légitime. Entraîné dans une virevoltante course-poursuite n'autorisant que peu de sommeil, il acquiert bientôt la sympathie du lecteur. La narration ne peut se faire que par le héros, pour la vivacité du récit, et pour transmettre les inévitables questionnements de celui-ci.

Le scénario se veut à l'image de notre époque immédiate. Entre portables et divers appareils informatiques, la technologie numérique est fort sollicitée. Encore qu'une bonne vieille cabine téléphonique permette d'être moins vite “tracé” par l'adversaire, on le verra. On frise parfois un peu la description GPS Paris-proche-banlieue, mais ce défaut reste limité. Les tribulations de Fitz, Moussah et Déborah, sont mouvementées à souhaits, baignant dans un certain mystère quant aux motifs réels de cette traque. Il est important de glisser une dose d'humour dans ces situations tendues : “Je me retrouvai rapidement devant une forteresse de béton, aussi lisse et laide qu'une chanson de Christophe Maé.” Cette histoire répond parfaitement à la définition du roman d'action et de suspense. Ce qui ne manquera pas de séduire les amateurs de polars trépidants.