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Publié par Claude LE NOCHER

Francis Huster : Family killer (Éd.Le Passeur, 2014)

François Holzer est un flic caractériel. La hiérarchie et les règlements, très peu pour lui. “Je n'ai jamais accepté de travailler dans le respect des lois. Des victimes, oui.” Ce qui l'a placé en marge de la police. Pas faciles non plus, ses relations avec les femmes, même avec son amante Constance. Holzer ne cache pas qu'il déteste le roman policier. Trop de blabla descriptif et psychologique, pour l'homme d'action qu'il estime être. Voilà pourquoi il enregistre toutes ses conversations. Sa base de réflexion perso contre le mensonge. Les autorités policières ont besoin de lui, pour une enquête parallèle.

Les serial killers ont été supplantés par les family killers. Après Dupont de Ligonnès, un autre monstre du même acabit a massacré sa famille. Il aurait eu des relations complexes dominatrices avec sa mère, ceci n'expliquant pas grand chose. “Tant qu'on n'aura pas sa motivation, on ne le cadrera pas. Donc on ne l'aura pas. On tricotera des théories à nos heures perdues.” Pas sûr que l'argent soit capital dans ce dossier-là. Sa maîtresse Margot Delmas n'a pas l'air impliquée dans sa vie. Un couple d'hôteliers pense l'avoir eu comme client, mais c'est sans grand intérêt. Comparer avec une affaire analogue n'avance à rien. Pour la prostituée Bessie, le fuyard “n'est rien qu'un pervers cinglé”.

Les meurtres de l'assassin Antoine Keane sont similaires à ceux de Ligonnès. D'ailleurs, ils sont issus des mêmes milieux aisés. “Ils ont les bonnes cartes en mains, rien ne peut leur arriver. Mais au premier faux pas, ils abandonnent la partie.... Ils sont trop sûrs d'eux et estiment mériter tout ce qu'ils désirent, et tout ce qu'ils prennent.” Une ancienne amie de lycée se souvient que le coupable n'était pas menteur en ce temps-là. Qu'il n'avait rien du séducteur, non plus. François Holzer ne cerne pas encore exactement le personnage, mais pense qu'il “n'a jamais été fou, ni exalté, ni paniqué. Mais c'est maintenant qu'il va le devenir. Fou de remords, fou furieux, fou de rage. Donc imprévisible et dangereux.”

L'affaire est médiatique. Toutefois, un journaliste tel que Guy Haines joue surtout sur les instincts primaires du public. La juge Lina Manuel résume clairement le cas : “C'est la pire affaire criminelle qu'on puisse décrypter, parce que justement elle est à la fois banale et atroce, et que l'auteur des faits est une machine à tuer. Sans états d'âmes.” Un type plus froid que fou, qui sut arnaquer une de ses amantes, Mme Bloch. Si Holzer reste maître de son enquête, elle peut comporter certains risques autour de lui. Tandis que la pression des autorités s'accentue, un nouveau juge pourrait tenter de l'écarter. Ce n'est pas Anita Breil, jeune “fliquette bout de chou qu'on avait parachutée” à ses côtés, qui l'empêchera d'aller jusqu'au bout de sa mission...

 

Nul besoin de présenter le célèbre comédien et metteur en scène Francis Huster. On le sait très actif, il suffit de consulter la longue liste de ses rôles au théâtre, au cinéma, à la télévision. Après plusieurs autres ouvrages, il publie ce roman policier. L'intrigue se réfère bien évidemment à l'affaire Dupont de Ligonnès, qui a massacré son épouse et ses quatre enfants. Çà et là, on retrouve des allusions à ce crime, le coupable étant un imitateur du précédent.

Huster joue sur cette ambiguïté : c'est pareil et différent, le point commun restant les incertitudes : “Il manque à ce dossier une évidence qui recouvre tout et décrypte ce soi-disant mystère. Une seule ligne qui clôt définitivement l'affaire et signe sa culpabilité indiscutable.” On ne peut se contenter d'un “pourquoi ?” suivi d'un “quel après-crime pour le meurtrier ?” Complexité, tel est fatalement le mot majeur dans ces cas-là.

Francis Huster vise une certaine originalité dans la présentation du récit. Les chapitres se composent, après quelques lignes d'introduction, intégralement de dialogues. Voilà qui a de quoi déstabiliser les lecteurs habitués de polars. Si la formule fonctionne, c'est parce que le héros utilise un langage viril, cru, offensif. Le policier Holzer veut avancer dans le vif, malgré le poids de “rapports concrets, froids, totalement hors du coup, parce que le facteur humain n'apparaît pas dedans.” Le meilleur moyen de se heurter frontalement à tous ses interlocuteurs, témoins ou associés à l'enquête. À travers ces dialogues, c'est au lecteur de discerner le contexte psychologique de l'histoire. Un polar forcément singulier, c'est ce que nous propose donc Francis Huster.