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Publié par Claude LE NOCHER

Maud Tabachnik : L'ordre et le chaos (Albin Michel, 2014)

Meryl Close est âgée de quarante-trois ans. Elle a toujours vécu dans l'ombre de sa mère, la directive Meredith. Employées dans la même entreprise, elles habitaient ensemble, ne sortaient guère, partageaient les mêmes vacances. Pas d'homme, ni la moindre fantaisie, dans leur isolement volontaire. Peu d'expérience des réalités. Au décès de sa mère, Meryl réalise combien elle a été frustrée dans ses choix de vie. La défunte laisse une jolie somme. Vendant leur petite propriété, Meryl achète un camping-car fonctionnel. Une idée qui eût fait bondir sa mère, sans nul doute. Elle a l'intention de sillonner en toute liberté les routes de la Grande-Bretagne. Bientôt, Meryl doit affronter la brutalité du monde.

Si la campagne anglaise est charmante, sa population villageoise reste parfois rustre. Tel ce fermier en train d'agresser sexuellement sa propre fille de douze ans, Mary-Ann. Meryl intervient, tue le pervers Culloughs. La gamine ne se montre guère coopérative. Éliminer Mary-Ann relève également de la légitime défense, estime Meryl. Elle fait halte dans un hébergement de plein air, à Manchester. Si elle est au courant de l'enquête sur le double meurtre, la police n'a pas de raison de la suspecter. Au début de son périple, elle eut une altercation avec le despotique maire du village d'Oakham. Il fut soupçonné d'avoir tué un routard et son chien, sans suite. Meryl considère comme juste de supprimer à son tour ce petit notable arrogant et violent. Elle n'a aucun mal à l'égorger, laissant peu de traces.

L'inspecteur Russel Milland est en poste au commissariat de Chester. Il appartenait à la police de Londres lors des attentats de 2005. Impliqué dans une enquête à ce sujet, il fut très marqué par la mort de son principal collègue. Ces images le tourmentent toujours. Il finit par accepter ce reclassement à Chester. Il est chargé de l'affaire d'Oakham. Le maire est décrit comme bon mari, n'ayant pas d'ennemi. La population locale s'avère farouche. On ne l'a pas tué pour le voler, c'est un fait. Russel Milland imagine un possible lien avec le meurtre du fermier et de sa fille. Certes, le camping-car d'une femme a été signalé, une piste qui lui apparaît toutefois incertaine... Meryl est retournée dans sa maison vendue à deux retraités. Négocier quoi que ce soit avec le couple est clairement impossible...

 

Façon road-movie, Maud Tabachnik nous propose ici une histoire de tueuse en série, pour son huitième titre dans la collection Spécial-Suspense. Cette Meryl, que la police baptisera finalement “la Bouchère du Herefordshire”, est fatalement un singulier personnage.

Dans son enfance, on diagnostiqua son comportement asocial : “Une migraine vient de me tomber dessus. Je sais pourquoi. Le médecin de famille avait déclaré à ma mère que ça se produirait chaque fois que je serais en colère ou contrarié. ─ Ça vient du sang, avait-il précisé. Votre fille est une sanguine sous ses airs calmes. Quand elle se met en colère, le sang engorge ses artères et monde directement au cerveau.” Ayant trop longtemps végété dans un cocon, c'est sans conscience du réel qu'elle se réveille. Criminelle, ce n'est pas sa définition des faits : “Un crime est l'action de tuer un être vivant par cupidité, haine, jalousie, plaisir, cruauté, sadisme, sexualité perverse. Où suis-je là-dedans ?”. Meryl se protège en fixant sa version de la légitime défense, avant de glisser vers la démence.

L'autre héros de cette histoire, c'est le policier Russel Milland. S'il est inefficace, bien que menant une enquête correcte avec son jeune adjoint, c'est qu'il reste perturbé par son passé. Il se sent tel un coupable, qui en rechercherait d'autres... N'accordons pas trop d'importance à certains détails descriptifs, ni aux décors britanniques. On comprend que ce qui prime pour cette auteure chevronnée qu'est Maud Tabachnik, c'est la grande part psychologique du suspense. À travers le mental des protagonistes, elle maîtrise fort bien son sujet.