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Publié par Claude LE NOCHER

Nadine Monfils : Mémé goes to Hollywood (Belfond, 2014)

Mémé Cornemuse est bien décidée à débarrasser le plancher, direction les Amériques. Fini de tourmenter ses contemporains, de déclencher des cataclysmes sur son passage, elle va rejoindre l'amour de sa vie à Hollywood, Jean-Claude Van Damme. Pour Mémé, l'acteur belge est une sorte de Dalaï-lama musclé de la pensée profonde, ou creuse, ça dépend. Après avoir passé ses dernières vacances dans une roulotte près de la mer du Nord avec un tueur en série, après avoir brièvement épousé un flic jouant les travelos, après avoir été concierge dans un immeuble où elle a fichu le souk, après avoir décimé les importuns croisés au hasard de ses aventures chaotiques, Mémé tient à concrétiser ce rêve qui doit la propulser vers l'homme de sa vie. Toutefois, le cyclone Cornemuse menace encore pour un temps, car elle a besoin d'argent avant que quitter définitivement le Vieux Continent.

Grâce ou à cause d'une émission de télé, Mémé Cornemuse s'invite chez des bourgeois avec leurs mômes. C'est quand même pas pour y jouer les bonniches. Dès l'arrivée, elle donne le ton (genre “Mon voisin le tueur”, avec la vieille dans le rôle de Bruce Willis). Mémé prive les gosses de leur poste de télé, supprime le voisin râleur, dégoûte la fille de ses hôtes des robes de princesses. Elle ne tarde pas à quitter cette famille irrécupérable, non sans avoir piqué leur fric dans le coffre fort et bousillé un tableau de Dufy. C'est en camionnette qu'elle poursuit sa route, après avoir vaguement transformé l'engin façon baraque à frites. Faut pas s'attendre à ce que, même à quinze Euros la portion, le fritkot de Mémé vous serve de la première qualité. Mémé n'est guère réceptive aux réclamations, sortant son flingue à la moindre contrariété, faut-il le rappeler.

En chemin, Mémé fait quelques rencontres. Dont le jeune Félix, qui recherche les traces familiales de son passé, ce dont il devrait s'abstenir. Lui, il aurait pu fournir l'accès direct à Jean-Claude Van Damme, mais Mémé l'ignore. Quant au personnage fantomatique venu lui annoncer sa dernière heure, c'est quand même pas la Camarde qui va impressionner la Mémé. Et puis, faire une bonne action pour surseoir à sa propre mort, c'est pas trop dans la nature de Mémé Cornemuse. La voilà qui débarque au Havre, y croisant fatalement le rockeur local, gloire de la ville depuis quarante ans, Little Bob. Engagée sur un navire, Mémé passe bientôt de la plonge à la bouffe, remplaçant le légitime cuisinier Mamadou. Le ferry n'allant pas à New York, Mémé fait escale sur les plages d'Ostende. Sans renoncer pour autant à retrouver prochainement son “fiancé”...

 

Écartez-vous de son chemin, dès que votre apercevrez son ombre : Mémé Cornemuse est de retour. Une vieille dame inoffensive, juste un peu obsédée par les chansons d'Annie Cordy, et dont les lubies se sont fixées sur Jean-Claude Van Damme, pensez-vous ? Gare aux imprudents qui confondraient ce typhon vertigineux avec une simple bourrasque. Car c'est de la lave en fusion qui éclabousse tout ce qui l'approche, entraînant son monde dans un tourbillon d'embêtements (pour être poli). Par contre, on reste à l'abri du danger tant qu'on se contente de lire les délirantes tribulations de Mémé Cornemuse. C'est même un excellent remède afin de ne pas sombrer dans la morosité, pour chasser la sinistrose.

Il est plutôt improbable que Mémé parvienne au terme de son voyage vers la Californie, on s'en doute. Ce qui ne nous empêche pas de voir défiler quelques célébrités. Et autres personnages divinement caricaturaux, bien sûr. D'une fantaisie débridée, les romans de Nadine Monfils font penser à l'univers de Charles Trenet. À son “Jardin extraordinaire”, en particulier : “Pour ceux qui veulent savoir où ce jardin se trouve/Il est vous le voyez au cœur de ma chanson/J'y vole parfois quand un chagrin m'éprouve/Il suffit pour ça d'un peu d'imagination.” Suivre les méandres humoristiques des aventures de la pittoresque Mémé, c'est laisser libre cours à nos envies d'excentricités. Faisons-nous plaisir grâce à cette savoureuse comédie populaire, au sens noble du mot. Merci Nadine Monfils !