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Publié par Claude LE NOCHER

George Arion : Cible royale (Genèse Éditions, 2014)

Avec la chute du régime de Nicolae Ceaușescu, à la fin 1989, la Roumanie peut espérer des jours meilleurs. Début 1992, rien n'est vraiment stabilisé dans cette région d'Europe. Séparé de la Moldavie par la rivière Prout, le pays est un voisin de la Russie. Le président russe envisage d'anéantir la Roumanie. Bien que réputé alcoolique, il est sérieux quand il ordonne au chef du KGB de mettre en œuvre son projet. Il faudra convaincre les autorités d'autoriser l'ancien roi Michel 1er de Roumanie à une visite à Budapest. Pas si simple, car des sénateurs comme l'arriviste Turicu s'y opposent avec véhémence. En parallèle, le KGB va engager un tueur professionnel pour abattre le roi lors de ce voyage. Vivant à Beverly Hills, Fred Coler est surnommé “L'homme aux mille visages”. Ses services coûtent très cher, mais son efficacité est sans faille. Quand il passe par Las Vegas pour apprendre les détails de sa mission, Fred Coler ne laisse pas de trace derrière lui.

Toutefois, une femme de ménage quinquagénaire employée au siège du KGB a enregistré le projet du président de la Russie. L'information est bientôt transmise à la CIA. Ceux-ci ne semblent pas vouloir s'impliquer tellement dans les affaires roumaines. L'ambassadeur de ce pays à Berne est néanmoins averti de la menace d'attentat. De leur côté, les jumeaux Al Kerim et Al Abhaz sont des agents secrets opérant pour les pays arabes. Ceaușescu ayant été un allié important du monde musulman, il s'agit de “faire payer” ceux qui l'ont renversé. Le duo d'arabes ignore qu'ils sont pistés par une jeune russe qui, en réalité, est employée par le Mossad, les services de renseignements israéliens. Certes, cette dernière aurait pu aisément éliminer Al Kerim et a raté cette occasion, mais ce n'est que partie remise. Payé par les Russes, le sénateur Turicu retourne sa veste et convainc le président roumain d'autoriser la venue du roi Michel 1er pour les fêtes de Pâques.

Surnommé Le Professeur, Ioachim Moga est le chef du SRI, les services secrets roumains. Il réunit rapidement ses trois meilleurs agents : Ioan Cantar, Horia Dragomirescu et Paul Conrad. Le trio doit explorer toutes les pistes afin d'empêcher un attentat, d'où que naisse le danger. Entre-temps, le tueur Fred Coler s'est fondu dans la population européenne. Il s'est même permis un passage en Suisse, à Versoix, où habitent l'ancien roi et sa famille. Après un détour par Vienne et les montagnes du Tyrol, il compte être à Bucarest pour le 26 avril, date fatidique. Al Kerim et Al Abhaz ne seront pas bien loin, eux non plus. Quant au KGB, il a envoyé de soi-disant touristes à la frontière pour lancer une invasion...

 

L'édition française est restée longtemps indifférente aux polars venus des anciens Pays de l'Est. Sans doute à tort, car on découvre aujourd'hui quelques auteurs talentueux. Après le Polonais Zygmunt Miloszewski (“Les impliqués”, Éd.Mirobole), voici un auteur qui apparaît déjà très populaire en Roumanie, George Arion. Traduit par Sylvain Audet-Gaynar, “Cible royale” est probablement un des tous premiers polars roumains disponible en français. Il s'agit d'un chassé-croisé, sans véritable héros principal (si ce n'est la victime potentielle). Chacun essaie de mener à bien sa mission, non sans difficultés, que ce soit pour tuer ou l'inverse. Mihai Popescu, un anonyme bureaucrate sexagénaire, pourrait bien interférer dans tous leurs plans. La tonalité du récit est empreinte d'une certaine ironie, en témoigne le portrait du sénateur Turicu.

Basée sur un épisode réel, l'histoire est racontée avec une belle fluidité, entremêlant le parcours de tous les protagonistes. La fin de Nicolae Ceaușescu a marqué les esprits, ces images ayant fait le tour du monde. On se souvient aussi que les médias occidentaux ont, au début des années 1990, présenté l'ex-roi Michel 1er comme le meilleur recours pour l'avenir de la Roumanie. Propagande sans fondement : si à Pâques 1992, il fut acclamé par la foule, il n'a jamais représenté un socle politique pouvant concurrencer la démocratie en marche dans ce pays. On imagine bien qu'il n'y eut nul complot concret contre lui, ce qui n'empêche pas George Arion de lui faire jouer ici un certain rôle. Un roman d'action et d'aventures à découvrir, pour tous les amateurs de diversité dans le polar.