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Publié par Claude LE NOCHER

Francis-Émery Roch : Meurtre à l'église (Éditions Serpenoise, 2013)

Giriviller est un village rural situé aux confins de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges. En 1924, on y compte une centaine d'habitants. La Grande Guerre, encore proche, a laissé quelques séquelles. Certains se sont expatriés, tel le frère du maire. Hélas, Germain et sa famille n'ont connu à ce jour que des déboires en Algérie. En ce dimanche de Pâques, la bonne du curé découvre un cadavre nu dans l'église. Tué par une baïonnette, le corps fait penser à un crucifié allongé. Le curé ne tarde pas à avertir le maire, Émile Husson, qui va aussi rapidement que possible alerter la gendarmerie dans un village voisin. Chacun se demande si l'inconnu a été tué dans l'église, ou si on a déplacé là le cadavre. Le procureur qui végète dans son poste à Lunéville est bientôt mis au courant. Il n'ignore pas que les campagnards sont peu causants, ce qui annonce une enquête difficile.

Âgé de trente-deux ans, Pierre Rieuze est journaliste pour l'Est Républicain. Lui-même fils de reporter, il espère prouver ses qualités. Le meurtre de Giriviller peut lui offrir une belle occasion de convaincre son rédacteur en chef. Au village, il observe l'agitation dûe à cette affaire si inhabituelle ici. Il va s'installer chez Mlle Anna Martin, qui possède quelques biens et fait le service chez les notables locaux, dont le maire. Fille-mère, Anna élève son fils de huit ans René, légèrement boiteux. C'est à des policiers nancéiens, dont le quinquagénaire commissaire Juste Robin, que sont confiées les investigations sur ce crime. Le procureur a identifié la victime, Georges Dutertre, un avocat de Lunéville. Époux de Clarisse, il est le gendre du banquier juif Hartmann, très connu en Lorraine. Celui-ci ne souhaitant pas être mêlé à l'affaire, les policiers et le journaliste doivent se montrer prudents.

Clarisse Dutertre ne paraît pas particulièrement choquée de la mort brutale de son mari. D'autres savent que l'avocat ne dédaignait pas la fréquentation des bordels chics. Le banquier Hartmann ne cache pas sa méfiance envers son gendre. Pierre Rieuze consulte les archives de Giriviller, recensant un cas de sorcellerie datant du 17e siècle. Toutefois, il s'agit cette fois d'un crime de sang, plus brutal. Dans les environs, on a remarqué un cheval de selle abandonné, peut-être volé. Mais c'est surtout le cas de Paul Thouvenin qui intéresse les enquêteurs. Ce vagabond sans véritable alibi est arrêté, interrogé. Il s'avère qu'il a appartenu en 1914 au même régiment que Georges Dutertre, qui y fut lieutenant. Le commissaire peut imaginer un coup de colère vengeur de Thouvenin, mais ça ne colle pas avec la mise en scène de l'église. Pierre Rieuze, lui, trouve bientôt un indice crucial...

 

Publié par un éditeur régional, ce roman serait digne de figurer dans une grande collection de polars historiques. En effet, l'intrigue est idéalement maîtrisée, solide à souhaits, et l'érudition locale n'empiète nullement sur la part criminelle du récit. Loin de la caricature, les lieux et les portraits des personnages sont fort bien dessinés, totalement crédibles. Si le calme est revenu après la Première Guerre mondiale, on voit que l'ambiance reste un peu pesante. En témoigne le profil de Thouvenin, médaillé durant le conflit, et pourtant qui erre à travers la région. Le poids des notables se fait encore sentir sur la population, une influence qui ne se diluera que nettement plus tard.

Située à cinquante kilomètre au sud de Nancy et à une vingtaine de Baccarat, Giriviller est aujourd'hui une commune d'environ quatre-vingt habitants qui existe réellement. Ce livre a été publié début 2013. Depuis, l'ancien maire ne se représentant pas en 2014, il semble bien que (sauf erreur) le nouveau ne soit autre que Francis Roch, l'auteur de ce roman. Voilà qui explique la précision du récit et, sans doute, l'utilisation de quelques mots typiques du parler lorrain, traduits dans un petit lexique. Un authentique suspense historique et régional, très réussi et franchement sympathique.