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Publié par Claude LE NOCHER

Jean-Luc Bannalec : Un été à Pont-Aven (Presses de la Cité, 2014)

Voilà plus de deux ans et demi que le commissaire parisien Georges Dupin est en poste à Concarneau. Il commence à s'adapter au sud-Finistère, à en apprécier les charmes. En ce début d'été, un meurtre vient d'avoir lieu non loin de là, à Pont-Aven. Dupin n'ignore pas que cette bourgade est connue pour avoir autrefois abrité une grande colonie d'artistes, dont Paul Gauguin. Justement, c'est à l'hôtel Central, qui fut le repaire des peintres, qu'on a assassiné le patron. Âgé de quatre-vingt-onze ans, Pierre-Louis Pennec était un homme de haute taille au corps mince musclé et aux cheveux gris. Il était le descendant de Marie-Jeanne Pennec, qui hébergea jadis les artistes. Veuf depuis vingt ans, Pennec a un demi-frère, André, ancien indépendantiste parti faire de la politique sur la Côte d'Azur. Il a aussi un fils, Loïc, qui est marié et qui doit diriger l'hôtel à son décès.

Patron du Central depuis 1947, c'était une vocation pour Pierre-Louis Pennec. Toujours assisté par Francine Lajoux, à son service depuis trente-sept ans, il continuait à s'occuper de la bonne marche de son établissement. Il avait des habitudes régulières, comme le montre son emploi du temps des derniers jours. À part quelques appels téléphoniques vers Paris, et une discussion animée avec un inconnu, rien à signaler. Selon son médecin traitant, qui est également celui du policier, Pennec souffrait d'un sérieux problème cardiaque. Loïc Pennec affirme que son père était un homme d'affaires avisé, mais certes pas avide de richesses. Une de ses maisons est occupée par Fragan Delon, son ami de toujours, et l'autre par Francine Lajoux. La notaire confirme que, dans son testament, il a aussi été généreux envers d'autres personnes que sa famille.

Entre son adjoint l'inspecteur Le Ber assisté des autres policiers locaux, et Nolwenn qui gère le secrétariat du commissariat, Georges Dupin peut faire évoluer l'enquête à sa guise. Il fait davantage confiance à Francine Lajoux, qu'à André Pennec ou qu'à Frédéric Beauvois, directeur de l'association s'occupant du musée de Pont-Aven. Ce dernier a lancé plusieurs initiatives destinées à valoriser le souvenir des peintres ayant vécu ici. Pennec a financé tout ou partie de ces projets, parfois coûteux comme la climatisation des salles d'exposition. La nuit suivant celle du crime, on a fracturé un accès pour y entrer sans rien emporter. Dupin a besoin d'un expert extérieur à la ville, connaissant en détails l'histoire des artistes passés à Pont-Aven. En effet, il serait surprenant que le meurtre soit sans lien avec la peinture. C'est Marie Morgane Cassel qui va jeter un regard de pro sur cet aspect de l'affaire...

 

Nombre d'auteurs bretons ont déjà écrit des polars dont les intrigues se placent dans cette région, en particulier du pays bigouden aux confins morbihannais. On compte quelques romans, enquêtes actuelles ou contextes historiques, s'inspirant des peintres qui jadis s'installèrent à Pont-Aven. Outre Gauguin, c'est là que beaucoup d'artistes (y compris des Impressionnistes et certains Américains) affirmèrent leur style, leur touche personnelle, on le sait.

Ce qui fait d'abord la singularité de ce livre, c'est que l'auteur n'est pas Breton, mais Allemand. Jean-Luc Bannalec est un pseudonyme (Bannalec est une commune à une douzaine de kilomètres de Pont-Aven). Néanmoins, l'auteur fréquente le secteur depuis assez longtemps, pour en connaître les lieux, les paysages, les ambiances. D'ailleurs, le récit débute à Concarneau, au café de l'Arsenal, qui garde la mémoire du nommé Maigret.

Si son patronyme vient du chevalier Auguste Dupin, le détective créé par Edgar Poe, il n'est pas douteux que Georges Dupin tienne son prénom de Simenon, ni que sa méthode soit très proche de celle du commissaire Maigret. L'enquête se déroule sur quatre jours, avec interrogatoires en bonne et due forme, pistes qui se dessinent progressivement, et personnages aisément identifiables grâce à des portraits nuancés. Sans être hautement comiques, certains passages nous permettent de sourire. C'est surtout la véracité des décors, et du passé de cet endroit, qui offre un charme supplémentaire au sujet policier. L'auteur s'inscrit dans la belle tradition classique du roman d'investigation, et nous offre un joli séjour du côté de Pont-Aven.