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Publié par Claude LE NOCHER

Jacques-Olivier Bosco : Le Cramé (Pocket, 2014)

Le Cramé fait figure d'ennemi public n°1. De son vrai nom Gosta Murneau, il est le chef d'un gang de truands pros. L'équipe du flic Fabiani, de la BRB, le traque sans relâche. On sait que le Cramé, dur mais humain, est respecté par le grand banditisme. Son surnom vient de sa cicatrice, due à une brûlure. “La rage ? Je l'ai en moi depuis petit, c'est vrai. Et les connards qui me craignent savent pourquoi. Quant à ma cicatrice, c'est pas une belle histoire, et j'aimerais pas que vous fassiez des cauchemars à cause de moi...” Alors qu'ils braquent une banque, le Cramé et ses complices sont bientôt cernés par la police. Ses complices sont abattus, mais sa compagne Isabelle intervient – façon Catwoman – afin de sortir le Cramé du pétrin. Regagnant sa luxueuse planque au cœur de Paris, dans l'Île-Saint-Louis, le chef est convaincu d'avoir été trahi par un membre de sa bande.

La chirurgie esthétique permet au Cramé d'effacé cette cicatrice qui permet de le repérer trop facilement. Si son visage a un peu changé, son regard reste celui d'un fauve. Aidé par son ami Lino, le Cramé veut récupérer au commissariat de Saint-Denis le dossier sur son braquage raté. Car le nom de l'indic l'ayant balancé doit s'y trouver. Il va se substituer à un policier muté de Nouméa, Ange Gabriel, arrivant en poste au commissariat. Le Cramé s'installe dans son rôle de flic, assisté de deux adjoints. Il ne récolte rien, car le dossier qu'il cherchait a été gardé par Fabiani. Pour faire du chiffre, son supérieur Legadec vise avant tout la délinquance des cités. Le Cramé s'intéresse, lui, au kidnapping du fils de l'infirmière Lise Duart, employée en psychiatrie à l'hôpital Sainte-Marie. Il a comme une dette envers elle. Le petit Louis, six ans, n'a certainement pas fugué.

Le Cramé suit la piste de pédophiles, d'un ex-éducateur ayant un alibi, jusqu'à l'avocat d'affaires Bayonna. Ce dernier est un coriace, aussi faudra-t-il que Lino et le Cramé se montrent plus féroces que lui. Francis, un complice du Cramé, est la prochaine cible du policier de la BAC Blanchard et de sa sportive adjointe Machin. Encore une dénonciation du même indic, sans doute. Le Cramé met tout en œuvre pour résoudre le problème. Puis, pensant avoir identifié le traître, et ayant renoué avec le gang, Lino et le Cramé s'en vont chasser les trafiquants de mômes. Après un premier échec, la piste d'un flingue russe tout neuf caché près de l'hôpital les conduit vers Omar Mossaya. Ce grand black est un caïd des cités, à Saint-Denis. Il connaît la réputation du Cramé. Il ne tient pas à le contrarier, mais n'est pas concerné. Par contre, il a un frère beaucoup moins réglo que lui...

 

Jadis, Arsène Lupin infiltra lui aussi la police. Dans la filmographie de Gabin ou Belmondo, on ne sait pas forcément de quel côté de la frontière ils se trouvent, flics ou truands. Ici, l'auteur pense aussi à Matt Damon dans “Les infiltrés” de Martin Scorcese. Et n'oublie pas d'évoquer quelques films polars appréciés des cinéphiles. L'écriture est vive et précise, se voulant “visuelle” comme on dit aujourd'hui. Ce qui, simplement, signifie que le tempo est rythmé, les rebondissements nombreux, dans une succession de scènes agitées. Le petit résumé ci-dessus n'en donne qu'un faible aperçu, les lecteurs le découvriront.

Un pur roman d'action et de suspense dans la grande tradition, voilà ce que nous propose Jacques-Olivier Bosco. Ce personnage du Cramé réunit les meilleures caractéristiques du héros d'aventure. Force et inventivité, prise de risque permanente, il est “sous pression” sans jamais renoncer. On le craint ou on le respecte, on le trahit, il s'impose toujours. Entre violence et subtilité, ses méthodes s'adaptent à chaque situation. Pas de cruauté de sa part, mais il assume pleinement son statut de chef de bande. En tant que faux “commissaire”, le Cramé mène une véritable enquête, évidemment plus musclée que ne le ferait un policier ordinaire. Un noir polar authentique, tel qu'on les aime.