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Publié par Claude LE NOCHER

Gilles Bornais : J'ai toujours aimé ma femme (Éd.Fayard, 2014)

Jean-Baptiste Roland est marié depuis vingt-quatre ans à Mylène. Ils ont eu deux enfants, désormais adultes. Leur fille est mariée, en Irlande. Leur fils est étudiant. Le couple habite à Issy-les-Moulineaux. Ils possèdent aussi une maison à Étretat. Encore que ces dernières années, Mylène préfère qu'ils séjournent à Deauville ou à Honfleur. Elle est journaliste pour un magazine, Paris-Monde. Jean-Baptiste s'est associé avec son ami Max. Tous deux dirigent une agence de communication fonctionnant très bien. Jean-Baptiste est conscient que vingt-quatre années de mariage se sont écoulées. Plutôt dans l'harmonie, selon lui, puisqu'il se répète qu'il n'a jamais cessé d'être amoureux de sa femme.

Vendredi de printemps en fin de journée, un nouveau week-end en Normandie s'annonce pour le couple. Quand Jean-Baptiste rentre chez eux, il trouve un mot de son épouse sur la table : “Je ne rentrerai pas”. Ça ne ressemble pas à une formule d'adieu, estime-t-il. Dans un premier temps, il éprouve de l'incompréhension, mais pas encore de l'inquiétude. Il essaie de joindre Mylène par téléphone, laissant des messages sur son répondeur. Est-elle juste trop occupée pour répondre ? Jean-Baptiste s'en va rôder autour des locaux du magazine. Dans un bar voisin, il rencontre deux employées de Paris-Monde connaissant sa femme, Babeth et Caroline. Babeth suggère que Mylène peut avoir un problème de santé.

Le samedi matin arrive. Contacter des copines de son épouse ? Elle n'en a pas qui soient vraiment intimes. Jean-Baptiste téléphone à ses enfants et à ses beaux-parents. Après la visite de Max, c'est dans les rues de Montparnasse, dans les boutiques fréquentées par Mylène, que Jean-Baptiste tente vainement de retrouver sa trace. Recherches illusoires, et pourtant nécessaires à ses yeux. Il dîne même dans le restaurant où ils avaient, tant soit peu, leurs habitudes. Entre-temps, Mylène a téléphoné à leur fille. Elle est donc en vie, ce qui est pour l'heure l'essentiel. Jean-Baptiste déniche une adresse dans les papiers de son épouse. Il semble bien que ce soit celle d'une psychologue pour couples.

Le dimanche, Jean-Baptiste se rend à Deauville et à Honfleur, passe par leur maison d'Étretat. Ce n'est visiblement pas sur la Côte Normande que se cache Mylène. Celle-ci a appelé ses enfants, affirmant que Jean-Baptiste la cocufiait effrontément. Il s'insurge, nie avoir eu la moindre maîtresse. Le lundi, chez eux, il trouve dans la comptabilité de Mylène des traces de rendez-vous médicaux. Si elle avait besoin de soins, elle n'en a jamais parlé. Le premier contact entre Jean-Baptiste et la psy pour couple consultée par son épouse s'avère tendu. Il a l'occasion de recroiser la brune Caroline, attentive à ses confidences. Si leur couple se reformait, Mylène se serait jamais plus la même. Mais est-ce possible ?…

 

C'est le dixième roman de Gilles Bornais, qui s'est fait connaître par des romans noirs et des polars historiques très vivants. Il change de registre, présentant un suspense intimiste qu'il qualifie de “roman d'amour noir”. On peut même dire qu'il s'agit d'une intrique basée sur l'introspection. Pas d'action tonitruante, ni de péripéties spectaculaires au programme. Néanmoins, c'est un récit animé de multiples questions. Principalement sur les rapports entre épouse et mari, entre femme et homme aux aspirations différentes : “Si ma vie de couple avait été un long parcours en voiture… disons un aller entre Paris et Nice, alors j'aurais songé en arrivant à destination que le trajet avait été agréable parce que l'autoradio avait passé de la bonne musique. Et c'est ici qu'il est, le mirage ! Si j'avais fait bonne route, c'est d'abord parce que la voiture avait bien roulé.”

Séparations, divorces, simples faits de société qui finissent par paraître naturels. Certains en attribuent commodément la faute à la “société”, étant responsable de la dégradation de la famille. On parlait autrefois de “ménages”, on dit aujourd'hui “couples”, ce qui n'a pas le même sens, en effet. Parfois, un conformisme bourgeois créait une usure. De nos jours, la part d'égocentrisme de chacun n'est-elle pas ce qui domine entre conjoints ? Moi d'abord, et regardez comme nous sommes heureux. Sauf que l'un(e) s'en va, quand même. “Qu'avais-je fait pour être puni ?” malgré les tentations “à chaque fois mes sentiments me rappelaient à l'ordre et au bonheur” s'interroge le héros, doublement myope. Illustration d'un couple moins parfait qu'en apparence, cette histoire explore avec réussite la relation homme-femmes.