Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

1850 chroniques - faites défiler la page - ou cliquez sur l'initale du nom de l'auteur recherché

Marc Villard : Sharon Tate ne verra pas Altamont (Cohen & Cohen Éd., 2014)

Marc Villard : Sharon Tate ne verra pas Altamont (Cohen & Cohen Éd., 2014)

Sheryl Gibson aurait pu rester vivre à Gallup, au Nouveau-Mexique, où son père tenait un garage sur la Route 66. Mais, en cette seconde moitié des années 1960, la Californie est plus attirante que jamais. Car le LSD et toutes sortes de drogues y circulent. Surtout si on entre dans la Famille, le cercle d'adeptes de Charles Manson. Au Spahn Ranch, autour de celui qui se proclame le nouveau Jésus-Christ, c'est sexe et drogues à volonté. Blonde et bronzée, Sheryl en a profité ces derniers mois. Elle s'avoue plutôt sympathisante, que réellement fascinée par les délires de Manson. Néanmoins, Sheryl fait partie du groupe qui pénètre dans une propriété de Cielo Drive, ce samedi 9 août 1969. Au nom de la Famille, ces prédateurs vont commettre un carnage, massacrant l'actrice Sharon Tate et plusieurs autres personnes présentes. Écœurée, Sheryl s'enfuit dès que possible.

La jeune femme se cache autant des flics, qui mènent une enquête active, que des fêlés de la Famille. Le nommé Cacho Sullivan la fait entrer dans sa troupe de strip-teaseuses, se produisant dans les bleds de la côte Ouest. Un bon job pour une jolie fille. C'est ainsi que Sheryl va rencontrer un jeune Noir appelé Meredith Hunter, dit Murdock. Il se garde bien de lui révéler ses véritables activités. Le trafic d'armes volées est aussi florissant que celui de la drogue en Californie. Avec son fournisseur Travis, les mitraillettes Uzi, les Remington et autres flingues ne sont jamais en rupture de stock. Alors que Sheryl vient habiter chez son amant noir, celui-ci est prêt à livrer un arsenal aux Hells Angels d'Oakland. Leur chef Big Walters paye cash les armes récemment dérobés dans un bled des environs, Lindsay.

Les flics ne tardent pas à repérer les flingues des Hells Angels d'Oakland. Le vindicatif Big Walters est furieux, comptant bien faire payer cette embrouille à Meredith Hunter. Avec sa bande, bien que le Black ait déménagé par prudence, ils vont vite retrouver la planque de Meredith et Sheryl… Tandis que Charles Manson et plusieurs adeptes sont en prison, les Rolling Stones viennent de perdre leur guitariste Brian Jones. Malgré tout leur tournée continue, tel un hommage. Les voici en Californie où, à soixante-dix kilomètres de San Francisco, sur le circuit automobile d'Altamont, ils vont attirer trois cent mille spectateurs. Même si les Stones se déchaînent, la violence et la mort rôdent sur l'évènement. Pour Sheryl, c'est une nouvelle étape dans les épreuves qu'elle doit traverser, pas la dernière…

 

Marc Villard reste le grand styliste français de la nouvelle et du roman court. Utiliser pour contexte des épisodes entremêlés de l'histoire californienne, c'est déjà une sympathique idée. À la fin du livre, se place d'ailleurs une chronologie des faits. Toutefois, les lecteurs n'attendent pas une simple reconstitution de l'époque, et l'auteur n'est pas de ceux qui tomberaient dans cette facilité. Ce qu'il nous raconte, c'est le parcours d'une jeune femme dans l'univers débridé qu'était la Californie d'alors. Durant cette décennie, le mouvement hippie s'est développé, fort attirant pour toute une jeunesse.

Goûter aux drogues était une manière de se libérer du conformisme. C'est l'expérience que veut vivre la belle Sheryl. Notre héroïne a la malchance de fréquenter le cercle de Charles Manson, la Famille. Concernant ce personnage halluciné et cruel, soulignons que l'aura satanique de Manson n'a guère faibli quarante-cinq ans après son arrestation. Par ailleurs, si les révoltes de 1968 et Woodstock ont marqué l'apogée du Flower Power, du Peace and Love, Marc Villard n'ignore pas ce que symbolise le concert d'Altamont. Dont il décrit admirablement l'ambiance. Par la suite, la “contre-culture” va se marginaliser, et perdre son caractère rebelle. Avec son habileté coutumière, l'auteur nous plonge dans le bain de ces années-là, pour un roman (d'une centaine de pages) de très belle qualité.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :