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Publié par Claude LE NOCHER

Andrew Garve : Mort contre la montre (Un Mystère, 1955)

Charles Hilary est un ingénieur agronome anglais quadragénaire. Il a été quelques années en poste aux Caraïbes, où il expérimenta des plantations. Séparé depuis deux ans de son épouse Louise, il voudrait refaire sa vie avec Kathryn Forrester. Âgée de vingt-neuf ans, celle-ci est journaliste à la télévision. Belle femme de quarante ans, Louise Hilary refuse le divorce souhaité par son mari, comme une sorte de vengeance envers Charles. Entre le jeune Max et le riche Gerald, sa séduction fonctionne encore, même si elle force un peu sur l'alcool. Malgré un nouvel échec auprès de Louise, Charles et Kathryn sont impatients de partir ensemble vers le Sud de la France.

Quand la police lui apprend que Louise a été étranglée chez elle, Charles préfère d'abord mentir sur sa visite de la veille à sa femme. Il est obligé de rapidement se rétracter, ce qui le rend d'autant plus suspect aux yeux de l'inspecteur Bates. Mme Scott, une dame du voisinage, témoigne avoir croisé Charles sortant du domicile de son épouse aux alentours de l'heure du crime. Les preuves étant accablantes, le procès de Charles se conclut par la peine capitale. Peu avant son exécution, un accident à la prison de Pentonhurt lui permet de s'évader. Grâce à l'aide de Kathryn qui l'a transporté clandestinement, Charles pourra se réfugier sur l'îlot de Twinney Island, pas trop loin de leur cottage.

Un policier du comté, puis l'inspecteur Bates de Scotland Yard ne tardent pas à interroger Kathryn au cottage. Elle ne se laisse pas impressionner par les vifs soupçons du policier londonien. De son côté, atteindre à la nage Twinney Island et y bivouaquer nécessite quelques efforts pour Charles, qui doit encore masquer les traces de sa présence. Tandis que la presse donne un large écho à l'évasion (“Les ports étaient gardés et on faisait allusion aux capacités de yachtman du fuyard...”), le sergent de police local ne s'éloigne guère de Kathryn. Pas facile de ravitailler Charles dans ces conditions. Quant à l'inspecteur Bates, il a quasiment la preuve que Kathryn a menti sur plusieurs points.

La police déploie de gros moyens pour rattraper l'évadé sur la côte, dans les eaux et sur les îlots du secteur proche du cottage. C'est miracle si Charles, alerté par la robe rouge de sa compagne, passe à travers. La pression policière s'étant relâchée, au grand dam de l'inspecteur Bates, est-il raisonnable que Charles tente de traverser la Manche ? En bateau à deux sur cent-cinquante kilomètres, c'est pour le couple aller au devant de la tempête… Kathryn va devoir finalement mener sa contre-enquête, afin de convaincre Sir John Fawcett, ancien dirigeant de Scotland Yard…

 

Il est sûrement bon de préciser qu'il ne s'agit pas d'un roman d'enquête, avec son lot de suspects parmi lesquels se trouve le coupable. C'est l'action qui prime dans cette histoire, avec ses rebondissements. Le personnage central est un homme traqué, encore a-t-il la chance d'être aidé avec intelligence par la téméraire Kathryn. Tous les deux sont donc, à niveau égal, les héros de cette intrigue. Certes, on peut sourire de l'accident opportun qui permet à Charles de fuir la prison, péripétie un peu facile. Toutefois, la description de son fébrile séjour dans l'île compense largement, de même que le jeu auquel doit se livrer la jeune femme. Un suspense solide et captivant, très plaisant à redécouvrir.

Dix-sept titres d'Andrew Garve (de son vrai nom Paul Winterton, 1908-2001) ont été traduits en français. Il fut récompensé en 1976 par le Prix Mystère de la critique pour “Le scandale Lester” (Éd.Opta, 1975). Dès les années 1950/1960, il connut un succès certain avec ses romans policiers et d'espionnage, publiés chez divers éditeurs (Fayard coll. L'Aventure criminelle, Le Masque, Presses de la Cité). Crimes en tous genres ou affaires d'espions, ce sont des récits riches en tumultueuses aventures. “Mort contre la montre” fut adapté au cinéma en 1962 par Robert Lynn, sous le titre “Two letter alibi” avec Peter Williams, Petra Davies, Ursula Howells, Ronald Adam, Stratford Jones. Un modeste film qui semble respecter le scénario du roman, jamais diffusé en France. Ce livre fut réédité chez Presses-Pocket en 1974.