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Publié par Claude LE NOCHER

Hallgrimur Helgason : Le grand ménage du tueur à gages (Presses de la Cité, 2014)

C'est à la mi-mai 2006, à New York, que la vie de Tomislav Bokšić va prendre un nouveau virage. Très jeune, il participa à la guerre en ex-Yougoslavie après l'explosion du pays, pour défendre sa nation croate. Quelques épisodes de cette époque l'ont marqué à vie. Il s'installe ensuite aux Etats-Unis, devenant serveur dans un restaurant croate. Ce n'est pas son activité principale. Sous le sobriquet de Toxic, il est tueur à gages pour la mafia de ses compatriotes. Seulement âgé de trente-cinq ans, soixante-six contrats réussis à son palmarès, un vrai record. Ne pas manquer d'argent et avoir pour amante la sexuelle métis Munita, tout va bien. Sauf que sa dernière victime, la 66e, est un flic du FBI. Il est prudent de quitter d'urgence le pays, direction Zagreb. Sentant un danger à l'aéroport JFK, Toxic doit supprimer une 67e personne, afin de passer davantage inaperçu.

Il endosse l'identité de sa dernière victime, le révérend David Friendly. Ce télé-évangéliste se rendait à Reykjavik, en Islande. S'exiler là-bas ou ailleurs, l'essentiel est de fuir. À la douane d'arrivée, Toxic s'emmêle un peu dans ses identités, mais ça passe. Un couple au nom imprononçable, ayant invité Friendly, l'accueille chez eux. Il va falloir qu'il assure son rôle, dans ce pays trop calme comparé à la frénésie new-yorkaise. Il devra intervenir sur la chaîne de télévision religieuse du couple d'hôtes, aux programmes aussi peu excitants que la télé de Corée du Nord. Selon son CV, Friendly est un prêtre plutôt réac. Du même genre qu'un ami du couple, un religieux que Toxic appelle pour simplifier Torture. Avec la blonde fille de ses hôtes, Gun-Île-Dure, serveuse de son métier, critique envers son père, il se sent plus à l'aise. Ivre lors de sa prestation télé, il convainc néanmoins l'auditoire.

Impossible pour Toxic d'acheter une arme. “C'est quoi, leur problème à ces Islandais ? Pas d'armée. Pas de flingue. Rien. Juste des femmes superbes qui conduisent de luxueuses Jeeps (…) Puisque je ne peux pas me procurer de pistolet, je me contente d'un couteau suisse, similaire à celui que je possédais.” La soirée Concours de l'Eurovision réveille chez lui des fantasmes, car il se souvient bien de la mûre candidate Croate. Recherché peu après par la police locale, Toxic se fait passer pour un peintre en bâtiment Polonais, tout en squattant pour quelques jours la propriété de riches Islandais absents.

Finalement, c'est chez Gun-Île-Dure, la blonde aux cheveux de beurre, qu'il trouve le meilleur refuge. Il en profite pour lui expliquer la différence entre son métier de tueur à gage et un serial killer. Quand passent les flics, Toxic les évite par miracle. Il réussit enfin à joindre le gardien de son immeuble, à New York. Qui lui annonce une fort mauvaise nouvelle concernant la belle Munita. Ça donne envie à Toxic de se supprimer, en sautant d'un pont sous un camion, mais il rate lamentablement son suicide. Son couple d'hôte et leur ami Torture, aux thérapies violentes, pourraient le remettre dans le droit chemin. À moins que les mafieux croato-new-yorkais Niko et Radovan ne s'en mêlent aussi…

 

Raconter une énième histoire de tueur à gages mafieux, fut-il originaire de Croatie, et ses inévitables déboires n'aurait que peu d'intérêt. Plutôt qu'une traque froide et sanglante, c'est sous la forme d'une comédie policière que l'auteur nous narre le périple islandais de son héros. Sans doute parce qu'il a déjà été transplanté, de son pays à New York, Toxic a-t-il une capacité d'adaptation qui peut l'aider. Il apporte un peu d'animation dans un État froid, aux nuits claires, trop paisible sur la criminalité. Il n'y a que dans les livres qu'on assassine : “On a aussi beaucoup de meurtres dans les livres. Ces dernières années, on a eu pas mal de bons auteurs ici, en Islande, comme Arnaldur Indridason, par exemple. Ou encore Aevar Orn Jósepsson, Viktor Arnar Ingólfsson, Yrsa Sigurdardóttir et Arni Thorarinsson.” Prénoms et noms étant ce qu'il y a de plus effrayant en Islande, le tueur ne tarde pas à les transformer. C'est bien plus commode pour nous aussi, en effet.

Une aventure pleine d'humour et riche de rebondissements, avec la tonalité décalée qui convient. Toxic nous cite (avec son accent des Balkans) quelques exemples des exécutions de ses victimes numérotées. Il reste bien davantage troublé par son passé guerrier, dans cette pétaudière d'ex-Yougoslavie. Bon entraînement pour devenir un tueur, mais pas seulement. Passages d'une sombre nostalgie, en contrepoint du reste du récit, nettement plus drôle et parfois grinçant. Un suspense qui ne manque pas d'originalité.