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Publié par Claude LE NOCHER

Richard Lockridge : La mort du prêcheur (Série Noire, 1971)

Il pleut dru sur New York en ce matin de mars. Quelques heures plus tôt, un homme a été tué d'un coup de pic-à-glace dans un club coûteux du Village, ni un endroit sélect, ni un boui-boui. La police est sur place. La victime était le révérend Jonathan Prentis, âgé de cinquante-et-un ans. Originaire de l'Arkansas, cet évangéliste baroudeur prêchait afin de sauver les âmes en perdition face à tous les vices. Il avait passé trois semaines à New York. Il venait d'animer un dernier meeting au Madison Square Garden, pour cent quatre-vingt-seize personnes. Il devait poursuivre les jours suivants à Chicago. Le lieutenant Nathan Shapiro et l'inspecteur Tony Cook, de la Criminelle Sud, mènent l'enquête.

Selon le serveur français, le révérend Prentis était habillé “en civil”. Il est arrivé seul, mais plus tard une jolie blonde se trouvait avec lui dans son box. Plusieurs whiskies ont été consommés, alors que l'ecclésiastique prônait l'abstinence. Fils de rabbin, le lieutenant Shapiro n'est ni à l'aise dans ce contexte chrétien, ni sûr d'être à la hauteur face à cette affaire. Tony Cook espère des infos grâce à son amie Rachel Farmer. La police investit le QG du révérend, un étage de l'Hôtel Wexley. Higgs, adjoint dévoué de Prentis, répond aux questions de Shapiro. Le décès de “la Voix” ne sera pas sans conséquences. Mme Hope Prentis, une blonde trentenaire, n'a pas vu son mari depuis six heures du soir, la veille. Enrhumée, elle est sous médicaments.

Mme Prentis est la sœur du trésorier de la “Mission de la Rédemption”, raison sociale de cette société religieuse. Ils engagent des chorales de pros pour leurs réunions évangéliques, dont vingt-quatre permanents qui ont des alibis. Après le chef de chorale, Shapiro rencontre la mastoc et rigoriste Mme Mathews, économe de la Mission. Tony Cross enquête dans un autre hôtel de luxe, sur la Cinquième Avenue, non loin du Village. Prentis y a séjourné seul avant ses prestations, fin février. Un client courtois sans histoire, ne fréquentant pas le bar de l'hôtel. Néanmoins, rien n'exclut qu'il ait reçu une femme dans sa chambre. Tony Cook pensait avoir une piste du côté de la choriste Janet Rushton. Elle vient d'être assassinée, étouffée dans son appartement.

Arthur Minor, son chevalier servant, n'est sûrement pour rien dans la mort de Janet. Possible que ce soit elle, la blonde vue avec le révérend au club. Possible qu'elle lui ait servi de “guide” dans la préparation de ses réunions évangéliques new-yorkaises. Ça reste à confirmer. Quant à la très pieuse Hope Prentis, des dates de voyages aériens posent question. Le témoignage du nommé Rex Prince aidera sans doute Shapiro et Cook, avant de présenter leurs conclusions à Cornélius Ogden, le délégué du District Attorney...

 

C'est une enquête policière traditionnelle et de belle qualité que nous propose “La mort du prêcheur”. À l'évidence, c'est son contexte qui lui donne sa place dans la Série Noire. La victime est un de ces évangélistes médiatisés, à l'époque surtout par les journaux, qui se servent d'un supposé charisme pour répandre leur version de la foi religieuse. Un peu de séduction, une dose de fanatisme, des discours enflammés, des mises en scènes à grand spectacle, ces révérends plus ou moins autoproclamés soignent (encore aujourd'hui) leur bizness. L'activité de ces pasteurs génère des sommes très importantes, dons déductibles des impôts, même s'ils affectent de ne pas s'intéresser à l'argent. Croyance sincère ? C'est possible, mais beaucoup de ces groupuscules religieux ressemblent fort à des sectes. Un double crime d'ordre privé ou en lien avec la “Mission de la Rédemption” ? On le verra à l'heure du dénouement.

La plupart des romans de Richard Lockridge (1898-1982) écrits avec sa femme Frances Lockridge (1896-1963) ont été publiés en France chez Le Masque : dix-huit sur vingt-deux titres, loin de la totalité des œuvres de ce couple productif. On connaît mal la série qui fit leur gloire aux États-Unis, les enquêtes de Mr et Mrs North. Seuls cinq titres, dont “Mort d'un géant” (Albin Michel, 1954), “L'essence du drame” (Fleuve Noir, 1984) et trois autres au Masque ont été traduits. Deux suspenses de Richard Lockridge sont sortis dans la Série Noire : “La mort du prêcheur” (1971) et “Le bavard silencieux” (1973). Le lieutenant Nathan Shapiro fut pourtant le héros d'une dizaine de romans, dont “Un rai de lumière” (Le Masque, 1978), seule autre histoire traduite dans cette série.