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Publié par Claude LE NOCHER

Martti Linna : Le royaume des perches (Babel Noir, 2015)

En Finlande, le terrain de camping de Vehmerranta appartient au couple Kilkki. Situé au bord du poissonneux lac de Pyhäjärvi, ouvert pour l'été à partir de mai, il se compose seulement d'une demie-douzaine de bungalows. Ces chalets sont principalement loués d'avance par des habitués. Il s'agit de passionnés de pêche, tel le fluet et taciturne Ilpo Kauppinen accompagné de son épouse Hilkka. Bientôt retraité, il y passe ses journées jusqu'à l'automne, le matin près de la rive, l'après-midi en eaux plus profondes, pêchant à la ligne ou au lancer. Il alerte la police ce matin-là, après avoir reçu sur sa barque un message de détresse par CB de Hilkka, restée au bungalow. Le quadragénaire capitaine Sudenmaa est chargé de l'affaire, l'épouse d'Ilpo ayant effectivement disparu du chalet.

Même si une battue avec des volontaires ne la retrouve pas, le policier préfère considérer que Hilkka est encore en vie. Nul cadavre noyé dans le lac, non plus. Tout en enquêtant, Reijo Sudenmaa garde un œil sur sa fille adolescente Mariska, qu'il élève seul car sa mère Irene n'est guère exemplaire. Le policier s'aperçoit que Ilpo Kauppinen divorça de la robuste Seija Kauppinen, avant de se remarier à la sœur de celle-ci, Hilkka, bien plus terne. Telle une furie mal contrôlable, l'amazone Seija accuse son ex-mari Ilpo d'avoir assassiné sa femme, sa sœur à elle. Ils n'ont été mariés qu'un an, mais les obsessions halieutiques du pêcheur exaspéraient Seija. Celle-ci est la seule à parler d'une mésentente dans le couple Hilkka et Ilpo. Sa sœur a souscrit une assurance-vie en faveur de Seija.

Osmo Kilkki, fils des propriétaires du camping, fait un possible suspect. Âgé de vingt ans, défiguré lors d'un incendie durant son enfance, il apparaît assez simplet. Ce bricolo sans vraie activité n'a pas d'alibi sérieux. Il fut accusé d'une tentative de viol sur une femme mûre, par le passé. Sudenmaa visite l'appartement des Kauppinen, où rien ne semble manquer parmi les affaires personnelles de Hilkka. Il remarque les trophées de Ilpo, ses “crânes”, têtes de poissons correspondant à ses records de pêche.

Au camping, un voisin habitué aussi du lac admet ne pas avoir de relations avec Ilpo. Un coin de la propriété abrite une décharge puante, remplie de poissons mort, futurs appâts pour Kauppinen. Ilpo continue à passer une grande partie de son temps sur le lac. “L'eau, perfection incarnée”, indispensable pour lui. Ignorant toujours si Hilkka est vivante ou défunte, Reijo Sudenmaa espère que cesseront les addictions de son ex-femme Irene, pour l'équilibre de Mariska. Par contre, le policier n'empêchera certainement pas une nouvelle disparition...

 

Il paraît que la Finlande compte 187.888 lacs, la plupart assez petits : c'est dire que Martti Linna a choisi le décor le plus typique de son pays. En conséquence, on imagine que les pêcheurs finlandais sont très nombreux. Probablement pas tous aussi obsédés par les gardons, les brochets et surtout les perches, que Ilpo Kauppinen. Ça reste une activité saine, proche de la nature. Sauf, peut-être, quand on s'entraîne à la pêche au lancer dans une piscine. La psychologie du mari de la disparue fait parfois sourire, disons-le.

Quant à l'enquêteur Sundemaa, il a son lot de soucis privés, ce qui influe finalement peu sur le rythme de ses recherches. Il n'irait pas plus vite, ne serait pas plus efficace, s'il n'y avait le cas de son ex-épouse, divorcée depuis neuf ans. Le contexte agreste incitant à une agréable lenteur, l'intrigue avance sans précipitation. Déterminer les circonstances de la disparition, établir une petite liste de suspects, comprendre la relation de couple chez les Kauppinen, l'enjeu est classique et non dépourvu d'intérêt. Tout ça se passera dans le climat de plénitude où baigne ce roman. Par sa tonalité, ce suspense de Martti Linna est doté d'un charme évident.