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Publié par Claude LE NOCHER

George Arion : Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? (Genèse Éditions, 2015)

À Bucarest (Roumanie), Andreï Mladin est un journaliste âgé de vingt-sept ans vivant avec son chat Mécène. Mal réveillé ce jour-là, il découvre un corps étalé au milieu de ses livres, tué à coups d'haltères. Il se souvient mal de la soirée de la veille. Le plus urgent reste de faire disparaître le cadavre, sans que sa curieuse voisine Madame Margareta s'interpose. Après avoir caché le mort à la cave, il nettoie son appartement…

Tout a commencé par l'interview de la jeune et belle violoniste Mihaela Comnoiu. Coup de foudre entre le journaliste et la virtuose. Certes, le père de la jeune femme, le Dr Paul Comnoiu se montre plutôt méprisant envers Andreï Mladin. Et le journaliste peut craindre que des rivaux, tel l'acteur beau-gosse Marian Sulcer, entravent leur idylle. Pourtant, l'enjôleuse Mihaela apparaît vraiment amoureuse de lui. Le journaliste reçoit des lettres de menaces, avant d'être agressé dans la rue. Puis au téléphone, des gens semblent prêts à payer cher pour qu'il cesse sa relation avec Mihaela.

Le cadavre est celui du vieux Valentin Meranu, qui est au service de la famille Comnoiu. La veille, lors d'une soirée chez le père de Mihaela, on a cru Andreï Mladin ivre parce qu'il était victime d'un malaise. Valentin et l'acteur Marian Sulcer l'ont raccompagné chez lui. Il semble que Sulcer ne soit pas monté à l'appartement du journaliste. Si l'acteur a un alibi, celui-ci est bientôt informé par sa concierge. Le Dr Paul Comnoiu n'apprécie guère quand le journaliste l'interroge sur son emploi du temps de la nuit en question. Et, inquiète pour le vieux Valentin, Mihaela lui reproche son comportement d'alcoolique.

Une inondation a envahi la cave de l'immeuble d'Andreï Mladin. Le corps de Valentin ne s'y trouve plus, on l'a ramené à l'appartement. Le journaliste s'arrange pour s'en débarrasser, malgré sa voisine curieuse, Madame Margareta. Dès le lendemain, la police découvre le cadavre sur un terrain vague voisin. Andreï Mladin poursuit son enquête, sur la piste d'une Ford Capri rouge. S'ensuivent de multiples péripéties, indiquant qu'il est personnellement visé par une complexe machination. Les bienveillants policiers Buduru et Pahonţu vont discrètement suivre l'affaire, et ne seront pas loin pour arrêter les coupables…

 

Préfacée par Claude Mesplède, cette excellente comédie policière nous est racontée par le héros, Andreï Mladin, ce qui donne comme toujours une belle vivacité à l'histoire. D'autant que les chapitres courts relancent le récit. Parmi les éléments souriants, il utilise de nombreuses fois l'expression “fin de citation” après avoir évoqué des paroles venues de son grand-père, par exemple. On nous l'explique : “Pendant le régime autoritaire, l’expression «fin de citation» était employée par tout orateur reprenant les propos du Conducator. La redondance de cette rhétorique est bien entendu tournée ici en dérision par l’auteur.”

Car c'est bien dans la Roumanie du temps de Nicolae Ceaușescu, que se déroule cette affaire. On le constate aussi par certains détails : la nourriture provient des pays frères et amis : “En route vers mon appartement, je prends mon courage à deux mains et entre dans un magasin pour y faire quelques courses : une boîte de haricots chinois, un pot de poivrons bulgares, une boîte de sardines soviétiques et une bouteille de vin albanais...”

Un petit journaliste face à la bourgeoisie communiste, telle est la place d'Andreï Mladin : “– J’ai élevé Mihaela loin de toute vulgarité. Je lui ai appris à résister, à ne pas être engloutie par l’anonymat, à monter aussi haut possible, parmi les élus, les génies. Ce sont eux les véritables maîtres du monde (…) Toi aussi, tu as voulu rejoindre cette sphère, Mladin ! En vain ! Il est impossible à un vagabond de prendre la place d’un roi ! Tu auras beau porter les vêtements les plus élégants, fréquenter les salons les plus huppés, tu resteras un insecte rampant qui n’habitera jamais qu’une grotte sordide.”

Entre cadavre encombrant et innocent persécuté, l'histoire est racontée avec une bonne part d'humour. C'est ainsi que George Arion s'inscrit dans la meilleure tradition du polar. On a hâte de lire d'autres romans de cet auteur.