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Publié par Claude LE NOCHER

Carlos Salem : Un jambon calibre 45 (Babel Noir, 2015)

Nicolás Sotanovsky est un Argentin approchant des trente ans, aspirant à devenir écrivain. Il vivote à Madrid depuis six mois, largué, désœuvré. Il a réussi à se loger chez une rousse nommée Noelia, actuellement absente, qu'il ne connaît pas. Quand débarque un costaud que Nicolás surnomme illico “Jambon calibre 45”, ce mastard exige qu'il lui indique où se trouve Noelia. S'il l'ignore, Nicolás n'a qu'à la trouver. L'Argentin hésite entre filer au plus tôt ou jouer au détective de roman façon Chandler. Intervient alors Nina, la meilleure amie de la disparue. “Je vais essayer de t'aider. Mais je ne te promets rien. Avec Noelia, tout est possible : elle peut retourner à la vie sauvage dans un hameau d'Andalousie ou s'envoyer des Arabes dans un hôtel cinq étoiles de Casablanca” déclare la sensuelle Nina.

Le couple est pris en filature par “Jambon calibre 45”, qui se nomme en fait Serrano et ne se cache pas. Dans l'appartement de Noelia, Nicolás cherche quelques éléments sur elle. Un DVD où elle apparaît nue prouve toute la grâce de cette jeune femme. Nina confirme, à travers ses souvenirs d'étudiante, que son amie a toujours attiré les hommes en affichant sa fragilité. Nicolás se rend dans le quartier de Lavapiés, où l'on trouve des Argentins en exil. Un de ses compatriotes montre une amertume et une fierté qui agacent Nicolás. C'est sa copine Lidia, avec laquelle il en resta à des amours platoniques, qu'il est venu voir. Par son contact dans la police, l'inspecteur Manolo Sáinz, elle peut obtenir des renseignements utiles sur Serrano et son patron Menéndez, qui se fait appeler La Momie.

Après avoir collé une sévère raclée à Nicolás, les deux truands lui accordent un peu plus de temps pour retrouver Noelia et le paquet. Faire une tournée dans les bars du quartier Malasaña n'aide guère Nicolás, si ce n'est qu'il y rencontre un chat qui dialogue avec lui. Il est de nouveau pisté, mais par un pitoyable détective privé, Felipe Mar López. Qu'il ne tarde pas à baptiser Philip, référence à Chandler oblige. Il a eu pour cliente Noelia, qui ne l'a pas payé. Il est lucide : “Je sais perdre, Sotanovsky. J'en ai l'habitude. Si c'était une discipline olympique, j'aurais toutes les médailles...” Ils sont faits pour s'entendre. De son côté, Lidia a glané des infos sur Nina et surtout sur La Momie, récemment sorti de prison après un coup fumeux et sans rentabilité visant la banque Financur.

Quand Nicolás arrive à son rendez-vous chez Felipe Mar López, le détective a été occis. Il tenait un journal intime confirmant ce qu'il avait dit. Le dimanche, au Marché aux puces, Nina et Nicolás rencontrent Violeta, une vendeuse de fringues qui croit avoir aperçu Noelia il y a peu de temps. Il est possible que, dans sa robe rouge, la belle rousse rôde en effet autour de Nicolás. Dès le lundi, il adopte l'allure Bogart version “privé”, émettant des hypothèses sur le lien entre Noelia, La Momie et la Financur. Jusqu'au vendredi suivant, ultime délai, il va au bout de ses investigations, non sans déception, ni victimes…

 

Lire un roman de Carlos Salem, c'est comme embarquer pour une croisière nocturne en pleine tempête sur un navire en mauvais état : si on fait confiance au capitaine pour que la traversée se passe aussi bien que possible, on ignore en permanence quelles surprises ce voyage nous réserve. Selon sa fantaisie, et même en gardant le cap, le commandant Salem suscite, par sa façon de piloter le bateau, un frisson d'excitation mêlé de crainte. Afin que l'on oublie tout le reste, il nous présente des personnages singuliers, bigarrés, improbables. Il nous fait beaucoup rire, aussi, à travers les déboires de son Nicolás, qui lui ressemble quelque peu. On espère qu'il a réellement croisé cette Nina nymphomane.

La narration est enjouée, entraînante. Avec des portraits précis, en peu de mots, tel celui de La Momie : “Un drôle d'oiseau, vols à main armée, spécialiste des coffres-fort, un type maigre et blafard, soupçonné de plusieurs crimes dont un seul a été prouvé il y a des années...” Bien sûr, le nom du costaud est une allusion au jambon, et Philip Marlowe n'est jamais loin, lui non plus. Qu'on ne s'y trompe pas, Carlos Salem est avant tout un auteur qui cultive avec talent son style personnel, une excentricité créative particulièrement séduisante. Chacun de ses romans est un bonheur de lecture.

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