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Publié par Claude LE NOCHER

Mimmo Gangemi : La revanche du petit juge (Éd.Seuil, 2015)

La Calabre est cette région tout au sud de l'Italie, face à la Sicile. Alberto Lenzi y exerce le métier de magistrat depuis onze ans. Ce quadragénaire est divorcé de Marta. Leur fils Enrico n'a guère d'estime pour lui. Il est vrai que Lenzi est un fêtard, joueur de poker, et qu'il se plaît à jouer les séducteurs. Actuellement, il est l'amant de Marina, qui fait partie des carabiniers. Il passe souvent ses soirées avec des amis tels l'aristocrate Lucio ou son confrère juge, Giorgio Maremmi. Flemmard sans aucune ambition, Lenzi a une mauvaise réputation auprès du Parquet local. Néanmoins, un sombre évènement va le choquer : son ami Maremmi est abattu de deux balles par un tueur dans l'entrée de l'immeuble où ils habitent, ainsi que Marina, face au Tribunal.

Peu de temps auparavant, le juge Maremmi avait été menacé en plein procès par l'accusé, Manto. On peut supposer que la 'Ndrangheta, la mafia calabraise, soit comme souvent concernée. Il est probable que l'assassin soit le frère de Manto, en cavale. Lenzi se joint au groupe d'enquêteur dirigé par le substitut Fiesole et le chef des carabiniers, Brighi. Dans l'équipe, Lenzi remarque la fort séduisante Chiara Allegri, une Florentine qui pourrait bien remplacer Marina, même si elle garde certaines distances. Pour l'heure, l'enquête prime. Le caméras de surveillance donnent peu d'indices : soit le tueur a été très prudent, soit il a eu de la chance. Toutefois, la piste du frère de Manto reste la plus valable.

Âgé de soixante-quinze ans, Don Mico Rota est est prison depuis quatorze années. Ce vieux parrain d'une branche de la 'Ndrangheta espère toujours sortir, plaidant sa maladie au stade ultime. Il conserve une certaine puissance, malgré tout. Aussi, quand Manto est retrouvé égorgé en cellule dans la même prison, tout le monde pense que c'est sur ordre de Don Mico. D'autant qu'un symbolique béret enfoncé sur le crâne de Manto signifie qu'il était indigne de faire tuer un juge. Dans le même temps, on découvre un cadavre broyé sur le pressoir à olives de Don Peppino Salemi, un notable calabrais. Le corps du frère en fuite de Manto est bientôt identifié. De quoi apeurer à juste titre Don Peppino.

Le magistrat Lenzi parvient à prendre contact avec Don Mico Rota. Celui-ci ne trahira pas la famille mafieuse, mais il admet que Lenzi a raison : on a forcé sur les symboles visant la 'Ndrangheta pour ces trois meurtres, y compris celui du juge Maremmi. Ne pas se fier aux apparences, laisse entendre Don Mico. Quand il parle de “vaches et de chiennes”, que veut-il dire ? Lenzi et Lucio étudient le cas de Don Peppino Salemi. Convoqué, il se garde de s'expliquer. Le juge Maremmi enquêta sur une affaire de pollution, confirmée par les analyses d'un laboratoire indépendant.

Lenzi localise le site concerné, près des propriétés de Don Peppino. Bien qu'on y détecte des traces radioactives, le procureur est partisan de relativiser en évoquant des déchets toxiques. On va simplement nettoyer ledit site. Pourtant, il serait bon de s'interroger sur la famille Scorda, d'une autre branche de la 'Ndrangheta que celle de Don Mico. Et sur le rôle des ingénieurs, tel le petit Naniá. Bien qu'ils disposent d'éléments, deux autres meurtres se produisent, et l'enquête n'avance pas aussi logiquement qu'elle devrait. Alberto Lenzi est bien décidé à aller au bout de cette affaire, pour venger son ami Giorgio Maremmi…

 

La société italienne est gangrenée par toutes sortes de compromissions, par l'affairisme et une part évidente de laxisme dès qu'il s'agit de dénoncer les sphères puissantes. L'ombre des mafias, comme la 'Ndrangheta, plane sur tous les trafics mais aussi sur des arrangements douteux. À vrai dire, c'est tout le système qui apparaît vérolé. Au point que dévoiler des agissements contraires à la loi peut conduire à la mort, on l'imagine bien. Voilà ce qu'illustre en détail cet excellent roman noir. Notons qu'il a été adapté en téléfilm pour la RAI, avec celui qui incarna le commissaire Montalbano, Luca Zingaretti (Lenzi) et son épouse Luisa Ranieri (Marina).

Si l'intrigue criminelle est solide et convaincante, il faut aussi souligner d'autres qualités. Çà et là, le récit est parsemé d'expressions typiques calabraises, offrant un supplément d'authenticité au récit. L'auteur n'oublie pas de gratifier son histoire de passages plus souriants, en particulier dans la relation entre Lenzi et les femmes. Humour grinçant aussi, dans certains cas : “Ciccio Manto fut placé en isolement et mis sous pression. Il nia jusqu'au lait qu'il avait tété au sein de sa mère et afficha en permanence une expression dédaigneuse qui aurait mérité qu'on la prive de ses dents de devant. L'interrogatoire fut confié à un adjudant qui, bien qu'habillé en civil, donnait l'impression d'être en uniforme SS.” Un fort excitant noir suspense, au cœur d'une trouble réalité italienne.

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