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Publié par Claude LE NOCHER

Patrick Caujolle : Meurtres au sommet de l’État Français (Le Papillon Rouge Éditeur, 2015)

De Jean Jaurès à l'amiral Darlan, des ministres Jean Zay ou Georges Mandel au président Paul Doumer ou à Marx Dormoy, les meurtres de politiciens ne manquent pas au cours de la récente histoire de la France. Patrick Caujolle recense dans cet ouvrage dix-neuf affaires marquantes, faisant le portrait des victimes et racontant le contexte de leur mort. Parmi les cas remontant à plus d'un demi-siècle, soulignons celui de Philippe Henriot.

Il a trente-six ans quand, en 1925, Henriot se lance dans la politique. C'est un orateur brillant, défenseur virulent des "valeurs traditionnelles". Au début de la guerre, il reste prudent. Pourtant, dès 1942, à la radio, Philippe Henriot devient la voix officielle de la politique de Collaboration de Pétain. Ses discours haineux n'expriment que détestation des Juifs et autres ennemis étrangers. Il a grand tort de s'attaquer à Pierre Dac, qui est alors une des voix du Radio-Londres gaulliste. Reproduite in-extenso ici, la réponse intelligente de l'humoriste est un texte puissant, qui mériterait d'être enseigné. Qu'il le sache ou non, Pierre Dac y annonce la future mort de Philippe Henriot. Le politicien le moins respectable de son temps sera assassiné chez lui par une crapule, au nom de la Résistance.

Durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, trois graves affaires secouèrent l'opinion publique. La première concerne le meurtre de Jean de Broglie, un proche du Président de la République. Issu d'une lignée aristocratique, ce prince est député de l'Eure, et occupe de hautes fonctions à l'Assemblée. Le 24 décembre 1976, Jean de Broglie est abattu à Paris, rue des Dardanelles. Derrière la façade de respectabilité, la victime était impliquée dans une nébuleuse financière, où l'argent de l'Opus Dei servait autant à des transactions privées qu'à des campagnes politiques. Certes, la Justice condamnera les coupables, le policier véreux Guy Simoné, le tueur Gérard Frèche et leurs complices. Pourtant, bien des mystères subsisteront sur des sommes colossales et sur les causes exactes de ce crime.

Le mardi 30 octobre 1979, le cadavre du ministre giscardien Robert Boulin est retrouvé en forêt de Rambouillet, près d'un étang. Maire de la commune girondine de Libourne, il était âgé de cinquante-neuf ans. Il s'agirait d'un suicide, après des accusations mal supportées. Ce possible successeur de Raymond Barre à la fonction de premier ministre est suspecté d'illégalité dans une affaire immobilière à Ramatuelle. Son implication serait relative, en effet, mais Robert Boulin apparaît stressé. La veille de sa mort, il écrit et poste plusieurs lettres dénonçant un complot contre lui, destinées en particulier aux médias. Un suicide s'expliquerait, c'est certain. Néanmoins, une foultitude de détails non vérifiés au cours de l'enquête, et le poids politique de la victime, sèment encore le doute dans ce dossier clos.

Le troisième cas est celui de l'ancien ministre Joseph Fontanet, assassiné en février 1980, dans le 16e arrondissement de Paris. Il était penché sur le coffre de son véhicule, quand il fut atteint par une balle de 11.43. Fontanet n'a jamais été un politicien "à scandale", il n'est mouillé dans rien de frauduleux. Tout juste tenta-t-il de lancer un journal, qui a vite coulé. Des revendications farfelues ne peuvent être retenues par la police, même pas celle créant un lien avec l'incendie du lycée Pailleron. Par contre, une bande de truands roulant en 504 sévit au même moment dans Paris. Dirigés par une certaine Thérèse Gulkers, ces malfaiteurs sont traqués après quelques braquages. Si ces bandits sont armés, possédant un 11.43, pas sûr qu'il s'agisse de l'arme qui tua Fontanet. Une affaire mal résolue.

Le 25 février 1994, la députée UDF du Var Yann Piat est abattue par des tueurs à moto. Cette élue âgée de quarante-quatre ans, mère de deux enfants, n'était guère apprécié de son camp politique en PACA. Passations de marchés publics douteux et autres projets immobiliers aux limites de la légalité, Yann Piat militait pour une moralisation dans ces domaines. On navigue là entre le politico-financier et les intérêts mafieux. D'ailleurs, des morts fort suspectes ont précédé et suivi le meurtre de Yann Piat. L'affaire va faire tomber Maurice Arreckx, conseiller général et maire de Toulon. Les investigations vont permettre l'arrestation de Gérard Finale, patron du bar Le Macama, et de quelques-uns de ses amis. Paroles de voyous et secrets d’État rendent difficile une véritable explication des faits.

Sont également retracés les meurtres du préfet Claude Érignac, à Ajaccio en février 1998, et plusieurs autres affaires peut-être oubliées aujourd'hui, scandaleuses à leur époque. C'est avec clarté, autant qu'il est possible dans des dossiers épineux, que Patrick Caujolle revient sur ces meurtres touchant les élites politiques françaises depuis plus d'un siècle. Un livre documentaire très réussi, qui nous rafraîchit utilement la mémoire.

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