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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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David Bell : La cavale de l'étranger (Ombres Noires, 2015)

David Bell : La cavale de l'étranger (Ombres Noires, 2015)

Don Kurtwood est un universitaire de quarante ans. Il enseigne l'anglais dans le Kentucky. Il a eu une compagne, Rebecca, mais cultive peu sa vie sociale. Depuis l'enfance Don aime les livres, y consacrant maintenant l'essentiel de son temps. Son père Joseph Kurtwood, qui fut commercial dans l'Ohio, était également un grand lecteur. Si Don ne privilégie que les ouvrages à la qualité avérée, son père préférait la littérature populaire. Il a accumulé des quantités de polars et de westerns, qu'il lisait sans fin. Un vrai boulimique de lecture. Joseph Kurtwood vient de mourir, suite à une longue maladie dégénérative. Don est de retour auprès de sa mère pour les obsèques. Il réalise qu'il connaissait mal ses parents.

Au funérarium, Don est approché par un petit gros à l'allure négligée qui ne fait pas partie de leurs proches. Ce Lou Caledonia est libraire d'occasions dans cette ville, spécialiste des livres rares. Ces dernières années, il a essayé en vain d'entrer en contact avec le défunt. Joseph Kurtwood ne donnait pas suite à ses courriers. Lou Caledonia demande à Don de passer au plus tôt à sa librairie, afin de lui expliquer les détails. Vu le stock de livres dont sa mère ne sait que faire, autant que l'attitude énigmatique du libraire, Don décide de se rendre chez Lou Caledonia le soir-même. La boutique est bien telle que l'imaginait Don, surchargée de livres. C'est alors qu'il découvre le cadavre du libraire, assassiné.

Ayant immédiatement téléphoné à la police, Don est interrogé par l'inspecteur Phil Hyland. On peut penser que ce meurtre a été causé par un cambriolage ayant mal tourné. Don ne révèle pas au policier le petit indice qu'il a trouvé chez la victime : l'avis de décès de son père, avec une inscription manuscrite, "l'étranger". Est-ce que cela a vraiment la moindre importance, d'ailleurs ? Ce n'est pas sa mère qui pourrait le renseigner. Si ses parents formaient un couple ordinaire, une certaine indifférence régnait entre eux. Sa mère est juste embarrassée par tous ces livres.

Le policier Hyland est un pro consciencieux. Il creuse son sujet, s'informe sur le contexte autour du libraire, ne se contentant pas des apparences. C'est ainsi qu'il s'intéresse à une collection de romans populaires datant du début des années 1970. Elle ne comporte que vingt titres, des westerns traditionnels. Avec deux singularités, ce qui fait sérieusement monter la cote de ces livres auprès des passionnés cherchant la collection complète. Dans les cartons de son père, Don retrouve des photos du temps de la jeunesse de Joseph. Il n'avait jamais pensé que son père avait eu une vie différente, par le passé…

 

Ce roman court est l'œuvre de David Bell, qui a connu un certain succès avec “Fleur de cimetière” publié chez Actes Noirs. Outre l'histoire, on trouvera une interview de l'auteur, en fin de volume. Il y explique clairement l'origine de sa passion du livre, et le contexte de cette fiction. Les romans mettant en scène des lecteurs assidus, soulignant le plaisir qu'ils éprouvent au contact du livre, possèdent toujours un "parfum" particulier. Si l'universitaire s'enferme dans l'étude de la grande littérature, activité fort honorable, son père avait saisi tout le charme d'ouvrages populaires, ceux d'hier et d'aujourd'hui.

“C'était la preuve flagrante qu'il avait bel et bien eu une vie avant son mariage. Mon père avait peu d'amis quand j'étais petit, et il ne s'en était pas fait beaucoup plus après mon départ de la maison et sa retraite. Ma mère avait une vie sociale. Mon père avait ses livres, et le sport à la télé. Mais les photos du carton racontaient une autre histoire…” Le thème de l'intrigue, au-delà de son aspect criminel, c'est avant tout la relation entre père et fils, parent et enfant. La transmission entre générations s'est perdue depuis quelques décennies, et pourtant elle était riche, y compris sur la personnalité et la vie de nos aïeux. C'est ce qu'évoque David Bell, avec fluidité et une sensibilité de bon aloi. Un fort agréable roman court.

Chaque jour, mes chroniques et mes infos : http://www.action-suspense.com/  

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