Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claude LE NOCHER

Jacques Expert : Tu me plais (Le Livre de Poche, 2015 – Inédit)

La ligne 1 du métro parisien va de La Défense jusqu'au Château-de-Vincennes, soit seize kilomètres et demi traversant le cœur de la capitale. C'est un dimanche soir du début de l'automne. Âgé de vingt-cinq ans, Vincent prend le métro à la station Les Sablons, afin de rejoindre des copains faisant la fête. Amis qui le considèrent comme assez immature, et qui sont habitués à ce qu'il soit en retard. Sans doute ignorent-ils le parcours chaotique de Vincent, qui vit aujourd'hui de petits boulots. Né d'un coït bâclé, il connut une enfance instable avec une mère alcoolo, avant d'être adopté par une famille bienveillante. Vincent en garde une fêlure profonde, qu'il masque aux autres. C'est un grand brun racé, de belle allure : “Il porte une barbe de trois jours qui accentue son côté sauvage, un brin brutal, vraiment masculin.” Séduisant, Vincent est beaucoup plus dangereux qu'il n'en a l'air.

Stéphanie Dujardin est une étudiante de vingt-trois ans. Il fait aussi l'hôtesse d'animation, comme ce week-end pour cette foire aux vins à La Défense. Stéphanie a un petit ami, Martin. Un jeune homme sérieux, épris d'elle, manquant hélas de fantaisie. Elle n'est pas trop sûre de ses sentiments à l'égard de Martin. Ce soir, Stéphanie préfère aller dormir chez ses parents (couple aisé, trente ans de mariage) à Saint-Mandé. Son père pense que le destin décide de nos vies, tandis que sa mère croit plus au hasard : Stéphanie oscille entre les deux opinions. Pourtant, à cause d'un passager du métro éméché et énervé, ce soir-là c'est bien le hasard qui met en contact Stéphanie et Vincent. Qui se présente sous le prénom de Pierre. Fasciné par le cou gracile des jolies jeunes femmes, il a vite cherché à lier connaissance. Leurs âges et le charme de Vincent les rapprochent bientôt.

Il ne faudrait pas croire que les policiers du Quai des Orfèvres restent inactifs concernant ce tueur en série ayant déjà poignardé quatre victimes. Au sein de l'équipe de Pelletier, le brigadier-chef Jean-Marc Charland, trente-sept ans, est obsédé par l'affaire. Au point d'y avoir encore consacré son dimanche, rentrant chez lui fatigué, en métro. Ce qui n'a pas été divulgué au public, c'est l'avancée du dossier depuis le cas Caroline Garrigue, dix jours plus tôt. Grâce à Sophie, voisine de la victime, la police dispose d'un portrait très précis de l'assassin égorgeur. Son mode opératoire, ils l'ont à peu près défini aussi. Charland va en métro de Châtelet jusqu'à Bastille. Derrière lui, un couple de jeunes amoureux, Stéphanie et Vincent. Il les a remarqués, mais n'a pas vu le visage du jeune homme. Il ne réalisera que trop tard que c'est justement ce tueur en série qu'ils traquent.

Bien que Martin lui laisse des messages SMS, lui promettant de la rejoindre en scooter à Saint-Mandé, Stéphanie se sent de plus en plus attirée par ce beau brun de "Pierre". Bien que le policier l'ait raté, le jeune homme a compris qu'il y avait du danger. Bien que tout puisse s'arrêter à ce moment-là, station Porte-de-Vincennes, Vincent et Stéphanie vont poursuivre ensemble le trajet vers Saint-Mandé. Bien que l'obstiné Charland ait la chance de tomber sur un chauffeur de taxi coopératif, interviendra-t-il assez tôt ?…

 

Il devient rare de lire des suspenses à l'intrigue tendue respectant les trois unités, ce qui exige une construction parfaite. Nous avons ici l'unité de lieu : le métro et la destination finale. Avec également l'unité de temps, celui du trajet durant cette soirée du dimanche. Enfin, tous les événements doivent être liés et nécessaires pour alimenter l'unité d'action, ce qui est aussi le cas. Certes, Vincent et Stéphanie sont au centre de l'histoire. Mais on nous présente par ailleurs les parents de Stéphanie, son compagnon Martin, une Sylvia et une Caroline parmi les précédentes victimes, un passager désagréable, un conducteur raciste du métro, un flic fatigué, un efficace agent de la RATP, etc.

En somme, on peut croiser tant de gens, et il se peut se produire tant de chose quand on emprunte le métro parisien un dimanche soir. L'auteur joue avec malice sur les notions complémentaires que sont le hasard et le destin. Dans les passages ponctuels en italiques, il fait le bilan d'étape, s'interrogeant sur le sort de la victime potentielle, sur l'attitude de personnes extérieures. Jolie combinaison avec les faits, inexorables, dont nous voilà les témoins. Pour ceux qui sont équipés, un "flash code" à la fin du roman laisse entrevoir une suite, puisque le dénouement est "ouvert". Un suspense (inédit) à la fois habile et enjoué, intense et vif, qui offre un grand plaisir de lecture.

Chaque jour, mes chroniques et mes infos : http://www.action-suspense.com/