Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claude LE NOCHER

James Oswald : De mort naturelle (Éd.Bragelonne, 2015)

À Édimbourg, de nos jours. Tony McLean vient d'accéder au grade d'inspecteur de police. Il ne dispose que d'une petite équipe composée de Robert Laird, dit Bob La Grogne, et de Stuart MacBride, un nouveau venu. Sa supérieure McIntyre ne lui accorde pas autant de moyens qu'à Charles Duguid, enquêteur confirmé au surnom peu flatteur. Pour McLean, un cambriolage qui peut s'inscrire dans une série de vols : à chaque fois, on annihile l'alarme pourtant sophistiquée, au domicile de récents défunts pour y dérober des bijoux. Charles Duguid est chargé d'une affaire plus sensible : l'ancien banquier Barnaby Smythe a été assassiné chez lui, éviscéré dans une mise en scène d'horreur. Bien que retraité, il restait encore puissant dans cette région d'Écosse. McLean est vaguement associé à l'enquête.

Dans le quartier de Sighthill, le corps momifié d'une jeune fille vient d'être découvert sur un chantier, dans la cave d'une demeure en rénovation. Une pièce secrète, où la victime fut crucifiée, violentée, étripée, selon un étrange rituel morbide. Si le parquet présente un dessin curieux, c'est dans des niches masquées que McLean trouve les principaux indices : des bocaux contenant des restes humains. Avec ses adjoints, il devra remonter le temps, car la robe de la victime indique qu'elle est morte vers le milieu des années 1940. Ce que confirme Jenny Spiers, qui dirige une boutique de vêtements vintage, et qui pourrait bien devenir une amie de McLean. Selon les déductions du policier, ce crime fut commis par six personnes. Sa supérieure McIntyre estime que ce n'est pas un cas prioritaire.

La demeure a longtemps appartenu au banquier Farquhar et à son fils Albert. Il serait bon de retrouver des infos sur le maçon qui façonna la cave secrète, ce que le jeune agent Stuart MacBride tente d'établir. Bienveillants avec McLean, le légiste Angus Cadwallader et son assistante Tracy lui offrent autant qu'ils peuvent un maximum d'éléments. L'affaire Barnaby Smythe trouve abruptement son dénouement, par le suicide de Jonathan Okolo, un Nigérian immigré clandestin. Duguid et McIntyre sont satisfaits. La mort d'un autre homme âgé, Buchan Stewart, oncle homosexuel de l'inspecteur Duguid, ressemble fort à celle de Barnaby Smythe. Là encore, un crime vite résolu, car le voisin et vieil amant de la victime se suicide en laissant des aveux. McLean n'est pas convaincu dans les deux cas.

Orphelin dès sa prime enfance, Tony McLean fut élevé par sa grand-mère Esther, femme appartenant à la haute société d'Édimbourg. Ayant végété dans le coma durant dix-huit mois, Esther vient de mourir. McLean laisse le notaire Jonas Carstairs s'occuper de tout, obsèques et succession. Le policier est assez surpris d'apprendre qu'il hérite d'une fortune, venant de son aïeule. Sans doute Carstairs voudrait-il lui fournir quelques détails, mais il n'en aura pas le temps. C'est chez sa grand-mère que McLean parvient à interpeller le cambrioleur en série. Dans l'appartement de ce Fergus McReadie, on retrouve son butin. Dont un bijou datant de 1932, ayant un lien avec la victime de la demeure des Farquhar. D'autres décès suspects se produisent, en apparence des suicides. Face à la mort qui rôde depuis plus de soixante ans, Tony McLean sera-t-il le plus fort ?…

 

C'est avec une très belle découverte que débute la nouvelle collection Bragelonne Thrillers. Ce suspense de James Oswald n'est pas à classer strictement parmi les romans d'enquête. Certes, le héros en est un policier dont nous allons suivre les investigations. On comprend bientôt que c'est tout l'univers de McLean qui importe ici, pas seulement son métier. Ses relations avec les autres sont nuancées, confiance ou sympathie vis-à-vis de certains, plus en retrait quand ça s'impose. Sans doute, une sensibilité qui lui vient des épreuves qu'il a connues par le passé. Il est confronté à des meurtres sanguinolents, actuels ou anciens, qu'on peut qualifier de démoniaques. Ce qui, par des sensations floues ou glauques, a de quoi perturber quelque peu l'esprit, quand on est pas parfaitement "zen".

McLean est un personnage que l'on trouve très vite attachant. Quant à l'histoire, elle est de celles où il convient de s'installer, sans chercher trop rapidement les clés de l'intrigue. Toutes les pièces du puzzle dessineront le même tableau, on l'imagine. Retenons autant les protagonistes secondaires car, grâce à une construction habile, nul ne joue ici de rôle inutile. Pour les lecteurs comme pour l'enquêteur, il ne s'agit pas seulement de "suivre des pistes", d'envisager des coupables, mais de s'immerger dans cette ambiance où plane le mystère. Tout sera-t-il totalement rationnel, dans cette Écosse empreinte d'énigmatiques mythes ? Nous verrons bien. James Oswald nous propose un roman diablement excitant, franchement convaincant.

 Chaque jour, mes chroniques et mes infos : http://www.action-suspense.com/