Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claude LE NOCHER

Evan Hunter (Ed McBain) : Alerte aux baigneurs ! (Presses Internationales, 1959)

Au début des années 1950, âgé de vingt-sept ans, Steve Richmond est associé avec deux amis dans une petite agence de publicité new-yorkaise. À la mi-août, il décide de prendre quinze jours de vacances sur le Lake George, dans la campagne de l’État de New York. Le budget de Steve est vite entamé, car le propriétaire Mark Gandler facture tout. Il s'installe à Little Harbour, une des multiples petites îles du lac. L'autre logement de l'île est occupé par Sam Fowler et sa blonde épouse Joan, bijoutiers new-yorkais. La jalousie de Sam, un colosse auquel on hésite à se frotter, apparaît assez évidente. C'est la baigneuse Loïs que Steve rencontre en premier. Jolie brune peu farouche, elle est la sœur de Joan. L'attirance immédiate entre elle et Steve laisse augurer de futures relations plus intimes.

Pete, vieil alcoolo rendant des services avec son bateau, a laissé entendre à Steve qu'il y avait ici du danger. C'est probablement vrai, car il découvre bientôt le cadavre de Johnny Aurori, un vacancier présent depuis un mois, censé être sur le départ. Le temps d'avertir le garde du lac, et le corps a disparu. Pour Steve, il vaut mieux taire cette histoire. Il a dû se tromper, puisque Mark Gandler a ramené Johnny Aurori au port de Lake George, d'où il est rentré chez lui. Quand Steve retrouve le vieux Pete au bar local, celui-ci nie lui avoir parlé de menace. Peu après avoir été agressé dans le même bistrot, Steve est la cible de tirs. Le soir, Loïs et lui se joignent à une fête amicale sur l'île Big Burnt. Autour du feu de camp, l'ambiance tourne à la bagarre quand Sam Fowler veut lutiner Loïs.

La jeune brune trouve naturellement refuge auprès de Steve. Durant plusieurs jours, Loïs et lui vont se livrer à de chauds ébats. Le New-yorkais se rend au port afin de téléphoner, pour se renseigner au sujet de Johnny, mais n'a pas de monnaie pour ce faire. Au retour sur Little Harbor, il trouve le cadavre de Loïs. Il est perplexe quant au bilan de ces derniers jours : “Trois faits demeuraient. Primo, Johnny avait été tué et on avait fait disparaître son corps. Secundo, Loïs avait été tuée un crayon à la main. Tertio, quelqu'un avait tenté de me tuer quand j'avais fouillé la cabine de Johnny. En additionnant le tout, on obtenait zéro. Un beau zéro tout rond.”

Cette fois, Steeve avertit la police. Le shérif Owens s'occupe de l'enquête. Sam Fowler a un bon alibi, avec témoins. Joan Fowler en fournit un à Steeve. Si ce dernier ne parle toujours pas du cas Johnny au shérif, il parvient à joindre par téléphone la mère du jeune homme. Steve reçoit la visite nocturne de Joan, plus alcoolisée qu'il ne faudrait, qui ne se montre guère prude avec lui. Le lendemain, le shérif Owens apprend à Steve que le vieux Pete a disparu. Profite-t-il simplement du petit pactole dont il disposait pour se saouler quelque part ? Tandis que Steve est de nouveau cible de tirs, un second alibi permet à Owens de ne pas vraiment le considérer comme suspect…

 

Publié en 1953 aux États-Unis, “Don't Crowd Me” est le troisième roman d'Ed McBain, paru sous le pseudo d'Evan Hunter. Traduit en français sous le titre “Alerte aux baigneurs !” en 1959, il sera réédité en Grande-Bretagne avec l'intitulé “The Paradise Party” en 1968. Si l'on retient le nom d'Evan Hunter, c'est plutôt pour “Graine de violence” (The blackboard jungle) qui sera publié en 1954. Roman sociétal sur l'éducation, transposé au cinéma par Richard Brooks, avec Glenn Ford, Anne Francis, Sidney Poitier, en 1955. Ed McBain réserva ensuite ce pseudo d'Evan Hunter pour des ouvrages qualifiés de plus littéraires.

Une question se pose : pourquoi “Alerte aux baigneurs !” a-t-il été occulté de toutes les rééditions d'Ed McBain en France ? Sauf erreur, la version 1959 semble la seule disponible. C'est absolument scandaleux, car il s'agit là d'un très bon petit suspense. La construction de l'intrigue s'avère impeccable : des crimes sont commis, le mystère plane sur le Lake George, avec çà et là des détails faits soit pour inquiéter (“Tirez vous. Aussi vite que vous pourrez.”), soit pour crédibiliser le récit et son dénouement.

Quant au contexte, la méthode Ed McBain est déjà à l'œuvre. Il évoque avec précision les décors et les ambiances du site. “Les bruits de la nuit s'installaient : la chanson monotone des criquets, le ronflement de myriades d'insectes tâtant l'obscurité, la plainte aiguë d'un hors-bord sur le miroir sombre du lac, des voix lointaines...” On ne peut vraiment pas estimer que, même si c'est un de ses tous premiers livres, ce polar soit un titre mineur de l'auteur. S'il n'est pas encore un virtuose, Ed McBain se montre déjà diablement doué.

Chaque jour mes chroniques et mes infos : http://www.action-suspense.com/