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Publié par Claude LE NOCHER

James Sallis : Le tueur se meurt (Rivages/Noir, 2015)

Chrétien est un homme d'environ soixante ans, gravement malade, tenant le coup grâce à de forts médicaments. Il continue d'exercer son métier, tueur à gages. On le contacte par Internet, quand on a besoin de ses services. Vendeur de poupées de collection, c'est sous ce subterfuge qu'il est joignable. Chrétien a choisi cette activité de couverture, car “il avait toujours trouvé les poupées effrayantes”. Cette fois, sa mission l'a conduit à Phoenix, en Arizona. Il s'agit d'éliminer un nommé John Rankin. Il le surveille depuis plusieurs jours, quand une autre personne tire sur la cible en question. À l'hôpital, Chrétien parvient à obtenir des renseignements et à approcher Rankin. Il n'est que blessé, il s'en sortira vite. Chrétien croise près de la chambre du patient un type qui pourrait être le tireur. Mais il ne le situe pas, peut-être fatigué par son propre état de santé.

Dale Sayles est un policier chevronné de Phoenix. Avec son jeune collègue Graves, il mène sans passion des enquêtes routinières, comme à contrecœur. Même si bien des cas sont insolites, ça le touche peu. Il a lui-même des soucis avec sa compagne Josie. Dépressive, elle a choisi de partir, sans lui préciser où elle allait. La tentative de meurtre visant Rankin, ce n'est qu'une affaire parmi d'autres, d'autant que cet homme est bientôt rentré chez lui. On peut juste imaginer que le tireur est un pro, capable de ne pas se faire remarquer. Chrétien s'est introduit chez Sayles en son absence, lui laissant un message, ou plutôt un mot de passe pour un contact par Internet. Le policier reste sceptique sur cet inconnu : “Et quel était son intérêt dans cette affaire ? Les chances qu'il ait quoi que ce soit d'utile à lui proposer étaient quasiment nulles, évidemment.”

Jimmie est un jeune garçon qui vit seul chez lui depuis un an. Subsistant en vendant ce qu'il peut via Internet, il ignore ce que sont devenus ses parents. Il a compris avoir “d'une façon ou d'une autre, glissé entre les mailles de la société.” Personne ne se préoccupe de lui, tant mieux, sauf sa voisine latino Mme Flores qui a saisi la situation mais sait se taire. Il fait la lecture aux personnes âgées d'une résidence, un jour par semaine. Jimmie passe du temps sur le web, consultant des sites zarbis, entre infos farfelues et confessions douteuses. Ça explique probablement que l'adolescent fasse chaque nuit des cauchemars extravagants. Sa mère est passée, un jour, mais le contact ne sera pas renoué.

Chrétien est désorienté par la tournure prise par cette mission. Il s'interroge toujours sur le tireur anonyme. Alors qu'il recommence à surveiller Rankin, il doit être hospitalisé pour un sérieux malaise. Ce qui, même s'il donne une fausse identité, laissera une trace. Sayles est rassuré de savoir où se trouve Josie. Dans l'affaire Rankin, Graves a le sentiment que “ce type [Chrétien] est un fantôme”. Sayles lui répond : “Eh bien, les fantômes veulent aussi quelque chose… Sinon ils ne traîneraient pas toujours autour de nous”…

 

Récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière en 2013, “Le tueur se meurt” est disponible désormais en format poche. Si James Sallis est un excellent écrivain, un grand auteur de romans noirs, ce titre n'est pas le plus facile à aborder parmi son œuvre. Il ne s'agit pas strictement d'un polar, plutôt d'une illustration du mal-être. Les personnages centraux (le tueur malade Chrétien, le policier Sayles, et le jeune Jimmie) partagent, sans se rencontrer vraiment et pour des causes différentes, un décalage avec la société. Dans leur esprit, la mort n'est jamais loin. Leur vague à l'âme s'associe à des images morbides ou inquiétantes. Ce qui donne une tonalité sombre et singulière au récit.

Chez James Sallis, on retrouve deux points forts. L'évocation du quotidien : “Tout autour de lui, les gens poursuivaient leur vie et, jour après jour, c'était à peu près toujours la même chose… Ce n'était certes pas la première fois que cette pensée lui venait. Mais il lui semblait que, ces temps-ci, elle lui venait de plus en plus souvent.” Et puis des souvenirs d'épisodes ayant forgé la vie de ses héros. Tel Chrétien qui, ayant été agressé lors de son seul séjour en prison, se vengea cruellement. On creuse l'intime de chacun, par exemple l'obsession de Jimmie envers une énigmatique internaute, la Visiteuse. Cet assemblage de détails nullement anecdotiques forme un tout, et c'est ce qui (malgré la morosité du sujet) séduit dans ce roman de James Sallis.

James Sallis : Le tueur se meurt (Rivages/Noir, 2015)

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