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Publié par Claude LE NOCHER

Collectif : Franco la muerte (Éditions Arcane 17, 2015)

Le 20 novembre 1975, l'Espagne perdait son chef absolu, "Generalísimo Francisco Franco, Caudillo de España por la Gracia de Dios". Les caciques franquistes ne risquaient rien, car le défunt avait exigé que "aucune chasse aux sorcières contre des militaires ou des membres de l'administration ne serait effectuée en cas de démocratisation du régime." On vit plus tard un quarteron de militaires tenter un coup d'état, un putsch qui fit pschitt. La population espagnole tourna la page du régime de Franco. Les plaies de la Guerre de 1936 n'étaient pourtant pas encore refermées pour tout le monde. Beaucoup de ceux qui durent quitter leur pays à cause de la domination violente des nationalistes, pouvaient-ils effacer d'un seul coup des décennies de despotisme ? Le décès trop paisible de Franco laissait une certaine amertume, également, chez les activistes continuant à combattre son régime.

Quarante ans ont passé. Un anniversaire en demie-teinte, peut-être. Même imparfaite, comme partout, la démocratie a permis à l'Espagne d'évoluer. Le franquisme appartient au passé. Ce qui n'empêche pas de se souvenir, pour éviter de semblables erreurs. Dans ce recueil, une vingtaine d'auteurs nous proposent des textes traduisant leur perception du franquisme, d'hier à aujourd'hui. Que leur regard soit plutôt militant ou davantage en décalage, ces nouvelles sont une forme d'hommage à ceux qui s'opposèrent à Franco.

Patrick Amand garde une image militante et contrastée de l'Espagne. Il s'interroge : que se serait-il passé si, en juin 1951, un commando anti-franquiste de la CNT s'était introduit et caché dans le vaste parc du Pardo ? En ce lieu où Franco prenait plaisir à chasser avec quelques-uns de ses courtisans ? Alain Bellet évoque un prestigieux comité d'accueil pour le dictateur, composé des témoins de ses atrocités d'antan. Antoine Blocier nous parle du village de Janovas, jadis évacué manu militari en vue de la construction d'un barrage. La famille Grimau Cordero fut persécutée et dut s'exiler en France, tandis qu'un ex-franquiste figure toujours parmi les notables de la région.

Frédéric Bertin-Denis raconte comment le jeune gardien de chèvres Pedro se retrouva prisonnier politique communiste en 1942. Il put recevoir une base éducative et, après avoir réussi à s'évader, il poursuivit le combat jusqu'au bout. Avec Didier Daeninckx, on est au début des années 1950 dans la région de Lyon, où la police traque sans ménagement un gang d'Espagnols. Pas hostile aux anars, l'inspecteur Bernabé approfondit l'enquête, pour faire la part des choses entre banditisme et résistance anti-franquiste. La photo d'un avion le renvoie à une tentative visant Franco. Retour en 1976 pour Jeanne Desaubry, quand la naïve étudiante Valérie a la malchance de rencontrer au Quartier Latin le séduisant Miguel. Un dangereux jeune homme, dont les hautes fonctions du père en Espagne lui assurent l'impunité.

Pierre Domenges nous parle d'Esteban : vingt ans après la mort de Franco, est-ce que l'hypnose l'aidera à élucider le secret de son enfance, de sa filiation avec un dignitaire proche du Caudillo ? Avec Maurice Gouiran, retrouvons Madrid un 20 novembre. Cérémonies en l'honneur de Primo de Rivera et de Franco, retrouvailles entre fachos des mouvements d'extrême-droite européens. Le petit-fils d'une victime de la dictature a organisé un supplément de spectacle, sur le site de la basilique de la Valle de Los Caídos. Sophie Loubière se substitue au jeune Franco, plein de hargne contre son père qui humiliait sa famille. Militaire en devenir, l'ambition planifiée du futur Caudillo est de dominer, d'être le plus puissant, d'avoir ses propres armoiries.

Roger Martin imagine un courrier reçu par Robert Ménard : la fille d'un héros méconnu de l'anti-communisme, qui fut au service de l'OAS puis des GAL espagnols, ne mériterait-il pas un hommage officiel de la part du maire de Béziers ? Dont le parcours idéologique fut également sinueux. Chantal Montellier rappelle l'exécution au garrot, en 1974 alors que ce supplice remontait à l'Antiquité, de Salvador Puig y Antich, opposant au franquisme. Une prof française du même âge, vingt-six ans, se déchaîne alors dans les caricatures qu'elle publie contre le régime de Franco. Ce qui échauffe les autorités espagnoles, et excite les RG., qui comptent la piéger.

Max Obione présente M.Ramon et l'étudiante Juliette, qui loge chez lui et l'assiste. Elle découvre le Panthéon des martyrs du vieux monsieur, puis l'accompagne dans son pèlerinage en Espagne. Visiter les hauts-lieux de la mémoire franquiste, ça soulage M.Ramon. Gérard Streiff relate le marathon médical des dernières semaines de Franco. L'agonie fut suivie en détail par JBM, journaliste français d'une agence de presse à Madrid, informé à la source. On aurait pu prolonger longtemps la survie du vieux tyran. Il y avait tant d'enjeux dans sa succession, et tant de scoops sur son état de santé… Puis encore des nouvelles signées Patrick Fort, Gildas Girodeau, Hervé Le Corre, Jacques Mondoloni, Ricardo Montserrat, Jean-Hugues Oppel, Maria Torres Celada. Autant de facettes, fictives mais malgré tout si proches des faits historiques, pour se remémorer l'anniversaire de la fin d'une dictature qui s'éternisait, si près de chez nous.

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