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Publié par Claude LE NOCHER

Henning Mankell : Une main encombrante (Éd.Points, 2015)

Voilà une trentaine d'années que Kurt Wallander est dans la police. Bien longtemps qu'il est en poste au commissariat d'Ystad, petite ville de Suède. Enquêteur expérimenté, il n'a jamais montré un optimisme débordant. En cet automne, la lassitude le gagne de plus en plus. Il s'interroge sur la société, la criminalité. Sa fille Linda suit ses pas : “Il ne s'était toujours pas habitué au fait que sa propre fille soit maintenant adulte, qu'elle travaille dans la police, et dans le même commissariat que lui par-dessus le marché.” Son collègue et ami Martinsson propose à Wallander une maison à vendre à Löderup, dans un secteur résidentiel de leur région de Scanie. Il en rêve, à condition que ça reste au niveau de ses moyens relatifs. Il visite les lieux, qui exigeront des travaux de rénovation.

Dans le jardin, sous les feuilles mortes, Wallander repère le squelette d'une main humaine pointant hors de la terre. Place à la police scientifique, qui ne tarde pas à découvrir les restes d'un corps entier enterré. Wallander est déçu de la tournure des choses, il se voyait bien acquérir cette maison-là. Le cadavre est celui d'une femme quinquagénaire, morte par pendaison. Difficile de dater les lointaines circonstances de son décès. Existe-t-il un lien avec le propriétaire nonagénaire, Karl Eriksson, devenu sénile ? Martinsson ne connaît que vaguement la vie de ce vieux cousin de son épouse. En fouillant la maison, Wallander déniche d'anciens documents administratifs. Il parvient à remonter cinquante-trois ans en arrière, jusqu'aux précédents propriétaires de cette maison.

Interroger une voisine âgée et son fils s'avère une impasse. Wallander et son équipe “se transforment en policiers archéologues” pour retrouver des éléments sur cette femme disparue entre 1930 et 1950. Après un témoignage à Malmö, Wallander revient dans le jardin : grâce à des groseilliers mal alignés, on repère une dent appartenant à un second cadavre. Cette fois, il s'agit d'un homme quinquagénaire. Contacté par le policier retraité Simon Larsson, Wallander pense désormais être sur la bonne piste. Un couple disparut en décembre 1944. Toutefois selon leur petite-fille, ce n'est toujours pas la bonne explication. Des agendas d'autrefois vont mieux renseigner Wallander...

 

Ce roman court est suivit d'un texte de Henning Mankell, où il livre aux lecteurs quelques confessions sur Wallander et lui. Il revient sur la création de ce personnage à l'époque de “Meurtriers sans visage”. Mankell lui attribue son propre âge, le fait vivre en Scanie où il habitait lui-même une partie de l'année. Ça aurait pu être un roman sans lendemain. Mais la Lettonie d'après la chute du Mur de Berlin, et l'Afrique du Sud de Nelson Mandela, ont inspiré Mankell. Au fil des livres, le lectorat adopta de plus près Wallander, anti-héros qui ne respire pourtant pas la joie de vivre. L'auteur le ré-affirme, c'est fini : “Il n'y aura pas d'autre enquête avec Kurt Wallander.”

Inutile d'épiloguer sur cette affaire située vers la fin de carrière du célèbre policier d'Ystad. C'est en songeant à acquérir une maison et à se procurer un chien pour ses vieux jours, qu'il cherche la vérité. Pas une enquête prioritaire, puisqu'il y aurait prescription. Le temps ayant passé, il se heurte à des fausses pistes se terminant en culs-de-sacs. S'il a moins la foi en son métier, Wallander garde l'obstination qu'on lui connaît. Il finira même par être menacé de mort par l'assassin au moment des aveux. Une dernière occasion, plus brève mais pas moins passionnante, de suivre le héros d'Henning Mankell.

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