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Publié par Claude LE NOCHER

Jean-Pierre Ferrière : Haine ma sœur haine (Éd.Campanile, 2015)

Anne Brunel, la trentaine, entretient le souvenir de son union avec Romain Valmont, comédien devenu célèbre. Égoïste, son ex-mari n’a plus de contact avec elle depuis des années. Il lui verse seulement une maigre pension. Danielle Turin, son unique amie, incite Anne à vivre plus intensément. La jeune femme trouve le courage d’aller voir Romain, afin qu’il augmente sa pension. C'était annoncé dans tous les médias : celui-ci lui confirme son prochain mariage avec Carine Arnaud, sa belle partenaire au cinéma. Enceinte de deux mois, la future épouse se montre chaleureuse envers Anne. Observer ce couple si parfait excite son désespoir, et ça lui donne de mauvaises idées. Elle décide de se venger de l’ingrat Romain. Elle commence par se munir du Colt45 de son ami absent, Jean-Luc.

Une nuit, elle enlève Carine près du théâtre où elle joue. La jeune femme comprend mal ses motivations. Elle pense à une mise en scène : “Quand vous me relâcherez, je prétendrai avoir été enlevé par deux hommes masqués, qui m'auraient fait monter de force dans une voiture…” Sans se préoccuper des conséquences, Anne la séquestre dans le studio de son ami absent. Supprimer sans délai sa prisonnière ? “Non, elle était incapable d'assassiner une femme inconsciente ; c'était la lâcheté suprême.” Punir Romain, imaginer son inquiétude, c'est stimulant pour Anne. Le lendemain, elle qui n'est ni cynique ni cruelle, réalise la stupidité de son acte. “Une vengeance se devait de basculer dans l'horreur, mais l'horreur n'était pas le domaine d'Anne.” Il est encore temps de tout arranger. Mais quand elle retourne libérer Carine, celle-ci a disparu.

Domi et Joël sont de médiocres voyous. Domi fait figure de chef. Ayant découvert Carine prisonnière, Domi veut profiter de ce hasard. Embarquant le Colt45 laissé là par Anne, le duo amène l’actrice chez Perrouka, la marraine de Joël. Âgée de soixante-huit ans, elle tient un modeste restaurant, le Relais des Marguerites. Domi pense exiger une rançon. Même s'il est menaçant, Perrouka tente de l’en dissuader. “Perroukka soupira de nouveau. Si elle avait été plus jeune, de cinq ou six ans seulement, elle se serait peut-être lancée dans cette affaire avec enthousiasme… mais aujourd'hui elle préférait son petit restaurant, [son chien] Gueulard et sa collection de perruques. Tout bien réfléchi, elle trouva que c'était un peu triste.”

Coopérative, c'est Carine qui apporte une solution, proposant un plan sans risque. Par l'intermédiaire de deux amis, ils pourront entrer en contact avec Romain sans que la police le sache. À condition qu'Hélène Mazet, amie de Carine réponde au téléphone. D'abord désorientée par la disparition de la kidnappée, Anne s'arrange pour revoir Romain au plus tôt. Il lui apprend que Carine a été enlevée. Rester auprès de son ex-mari permet à Anne de le réconforter – tout en suivant l’évolution de l’affaire. Elle y participe, lorsque les ravisseurs se manifestent. Mais la suite ne se passera pas aussi simplement que prévu. On risque un grave dérapage. Toujours présente, Anne soutient moralement Romain, croyant regagner son affection. L’enquête sur l'enlèvement piétine. Après s’être planqués, Domi et Joël n'en restent pas là, espérant faire chanter Anne…

 

Cette intrigue concoctée avec soin par Jean-Pierre Ferrière, un de nos "vétérans du polar", s'avère palpitante autant pour ses péripéties que pour son ambiance. Car ici, tout apparaît d'une parfaite crédibilité : l’acteur aussi égoïste que célèbre, les minables voyous et leur complice Perroukka, l'amie futile Danielle, de même que l'ensemble des personnages que nous allons croiser. Au centre, c’est une héroïne pitoyable dont l'auteur nous dessine le portrait avec une sacrée subtilité. Plus pathétique qu’attachante, d'une sensibilité exacerbée, Anne est finalement une pure névrosée. Même si elle garde un apparent sang-froid, elle ne mesure plus vraiment la folie de son acte initial, et n'a pas guère de poids vis-à-vis des évènements à venir.

Jean-Pierre Ferrière utilise une fois encore le contexte du cinéma (sa passion depuis l'adolescence), pour notre plus grand plaisir. Derrière une fluidité du récit coutumière chez lui, donnant une impression de légèreté, il s'agit là d'une histoire pleine de noirceur. Si Domi est un tocard de la pire espèce, il n'en est pas moins dangereux, par exemple. Un suspense intense et riche en finesse, avec son lot de rebondissements, une construction impeccable de l'histoire, voilà un roman sombre et solide dans la meilleure tradition.

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