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Publié par Claude LE NOCHER

Luc Rivière : Le mystère de l'abri 27 (Éd.SEPE, Coll.Le Labyrinthe, 1947)

Début 1944, avenue Daumesnil à Paris. C'est dans l'abri 27, sous les immeubles du 111 et du 111bis, que se réfugient les scolaires et les habitants des environs lors des alertes aux bombardements. Surprise ce jour-là, quand on y découvre le cadavre étranglé de la belle-mère du marchand de couleurs, M. Saturnin Coquenlorge. Il est chef du secteur de la défense passive. “C'est à n'y rien comprendre… Il y a deux heures, je l'ai installée dans le train de La Roche.” Néanmoins, pour le commissaire Bardanges, le gendre est rapidement suspecté, car c'est un sanguin. Possible, mais des lettres anonymes annoncent d'autres meurtres. Quelques jours plus tard, la concierge Mme Arthon subit le même sort que la belle-mère de Coquenlorge. Là, on soupçonne moins son fils ou sa belle-fille que le voisin dentiste M.Catinon, dont on estime qu'il affiche des airs supérieurs.

Sous-estimé dans le quartier, le petit herboriste M.Vérioux suspecte pour sa part le nommé Vrignand, un comptable au passé douteux qui s'intéresse un peu trop à l'abri 27. La série continue, une autre dame est agressée mais pas assassinée. Avec la mère du dentiste et la belle-mère de l'herboriste, voilà trois cibles idéales pour le criminel. Agitation et suspicion règnent désormais dans le double immeuble. Ce qui ne trouble pas le commissaire Reverseau, chargé de l'enquête. Il recueille les indices, et fait surveiller quelques habitants. Toutefois, Vrignand ne paraît pas l'intéresser. À l'occasion d'une nouvelle alerte, la belle-mère de M.Vérioux est étranglée dans l'abri, tandis que l'épouse de Saturnin Coquelorge fait une chute mortelle dans un escalier. Reverseau s'applique à calmer l'excitation ambiante, avant de réunir les suspects et de désigner le coupable…

 

Odette Sorensen utilisa le pseudonyme de Luc Rivière pour ses premiers romans, publiés chez Arthème Fayard (Drame en Sorbonne, 1943) et dans la collection Le Labyrinthe, aux éditions SEPE (Cinq pour un meurtre, 1944 – Double jeu, 1946 – Le mystère de l'abri 27, 1947). L'éditeur indique en réalité les deux noms, celui d'Odette Sorensen étant entre parenthèses. Elle fut récompensée en 1949 sous son patronyme par le Grand prix de Littérature policière pour “La parole est au mort” (Éd.Le Portulan). Par la suite, elle produisit surtout des livres destinés à la jeunesse.

Le présent roman utilise la forme classique d'un roman d'enquête, avec une narration très vivante, chacun des protagonistes pouvant être le coupable. Ce qui reste plus intéressant pour les lecteurs soixante-dix ans plus tard, c'est l'époque : Paris vers la fin de la guerre, avec sa population traditionnelle et modeste. Tout ce petit peuple qui, à nos yeux, fait penser aux photographies en noir et blanc, ou aux vieux films. L'originalité, c'est évidemment de placer les crimes dans cet abri anti-aérien, comme il en exista durant la guerre. Ces caves n'étant utilisées qu'en cas d'alerte, on pouvait y trucider librement qui on voulait… Sans doute est-il anecdotique de présenter ce titre, mais il n'est pas impossible que ça excite la curiosité d'amateurs de polars d'autrefois.