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Publié par Claude LE NOCHER

Marie Vindy : Chiennes (La Manufacture de Livres, 2015)

Préfecture de la Côte d'Or, Dijon est une ville réputée pour son taux de délinquance assez faible. Néanmoins, certaines cités populeuses sont sensibles, abritant trafics et activités en marge de la légalité. Cette fois, c'est pour le suicide de la jeune Malika, seize ans, que le policier Simon Carrière et son équipe doivent intervenir dans ces immeubles. Une mort qui apparaît effectivement volontaire, mais sera prétexte à de vagues escarmouches dans ces quartiers. Les enquêteurs obtiennent peu de témoignages sur la victime, de la part de sa famille ou de ses amies. Carrière et son adjointe Monique Randell associent rapidement ce décès à la disparition récente de Najila Lakmar, aussi âgée de seize ans.

Le capitaine de gendarmerie Francis Humbert voudrait pouvoir consacrer du temps à sa compagne Marianne. Isolée dans sa propriété champêtre, déjà de nature fragile, elle se remet mal après un procès perturbant. Humbert doit mener l'enquête sur la mort d'une jeune inconnue blonde dans un sous-bois de la région dijonnaise, violentée et abattue d'une balle dans la tête. Les parents séparés d'Aude Marchand, dix-huit ans, contactent Simon Carrière, qui les envoie vers le capitaine Humbert. Les gendarmes interrogent une amie d'Aude, dont la mère est avocate. Cette Magalie leur raconte la dernière soirée que la victime et elle ont passé entre copains, le week-end précédent. Humbert retient le nom de Gaétan Daurelle, ex d'Aude, étudiant à Arles, procurant des drogues à ses amis.

Pour le policier Carrière, si la famille de la suicidée Malika semble à peu près propre, c'est nettement moins clair du côté de celle de Najila. Le père est un repris de justice, associé à son gendre tout autant soupçonnable. Sous l'identité de sa sœur aînée, Najila a fait des allers-retours en train de Dijon à Genève ces derniers temps. Simon Carrière apprend par sa compagne Marie-Shan Li, criminologue et psy, que la prostitution se développe chez les mineures, et que la Suisse n'est pas exemplaire pour y remédier. En effet, selon la police helvétique, Najila était employée dans un lupanar genevois, le Luna Lounge. Ni Carrière, ni Humbert ne souhaitent que la fureteuse journaliste Noëlle Rondot publient trop vite des articles sur les cas de ces jeunes filles, mais elle se tient informée de près.

Au BNK (Black Night Klub), les gendarmes questionnent le barman, qui se souvient d'avoir vu Aude méfiante à l'égard de deux jeunes d'origine arabe. Rien ne prouve toutefois qu'ils soient cause des viols qu'elle a subi, ni de son exécution. La piste de Gaétan n'est pas à négliger, non plus. Agressée avec violence, multi-violée, la jeune Adriana Scheder a réussi à s'en sortir. Si son frère Jimmy n'est pas coopératif, elle raconte les sordides détails de sa mésaventure à Simon Carrière et Monique Randell. Ayant peu d'espoir sur son avenir, elle cite des noms. Il se confirme que, comme Najila, elle fréquentait le Luna Lounge. Ce que sait aussi la police Suisse. Le duo de jeunes Arabes est bientôt identifié, ainsi que d'autres voyous parmi leurs proches. Pour les policiers Carrière et Randell, comme pour Francis Humbert avec sa collègue Betty Solvana, l'enquête s'annonce laborieuse…

 

C'est dans un dédale de trafics de stupéfiants et d'extrême maltraitance, que Marie Vindy nous entraîne à travers cette percutante “chronique criminelle des années 2010”. C'est bien d'un noir aspect de notre époque, dont elle nous parle. Dans des villes moyennes telles que Dijon, on ne suspecte guère la violence souterraine qui peut régner. Car ça se résume à de petits groupes de délinquants et trafiquants, publiquement discrets mais usant intensément du téléphone, éloignés des habituels critères relatifs aux réseaux mafieux. Peu de charges à retenir contre eux s'ils se font prendre, d'ailleurs ils affirmeront ne rien savoir. D'ailleurs, ils ne sont que les minuscules rouages d'un système.

Derrière un trafic paraissant dérisoire, destinés aux jeunes ou moins jeunes d'une ville sans histoire, la réalité est beaucoup plus dure. Pour ces féroces petits caïds locaux, les jeunes filles (en particulier de leur entourage) ne sont que des “Chiennes” exploitables. Violence, séquestration, viols à plusieurs dans des endroits miteux, ils démontrent leur supposée virilité, leur position de chef. Un moyen de contrôler leur univers et de faire prospérer leur bizness. N'invoquons pas un laxisme de la police ou de la justice, voire l'absurde argument d'une impunité. Ces jeunes racailles s'arrangent pour faire le moins de vagues possibles. Ce n'est que par la rébellion de certaines victimes, ou quand un meurtre spectaculaire est commis, qu'il est possible de les alpaguer.

La part criminelle, relatée au besoin avec la crudité qui s'impose, n'est pas le seul élément de l'intrigue. Nous suivons également le quotidien des enquêteurs : ce sont des êtres humains ordinaires, avec leur vie privée, leurs petits ou gros tracas, leur sensibilité et leurs interrogations. Ce qui, pour l'ambiance, crédibilise le récit : ce côté personnel n'est pas moins important que la recherche de la vérité, de coupables. Après “Une femme seule” (Fayard noir, 2012) et Cavales” (La Manufacture de livres, 2014), utilisant le même contexte géographique, ce troisième roman réussi confirme le réel talent de Marie Vindy.

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