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Publié par Claude LE NOCHER

Marc Villard : Jean-Michel de Brooklyn (Éd.Cohen & Cohen, 2015)

New York au début des années 1980 est le terrain de jeu d'une faune disparate, mi-artiste mi-paumée. La franco-américaine Cécile, poétesse de vingt-cinq ans, en fait partie. Afin de subvenir à ses besoins, elle organise un astucieux cambriolage dans un grand magasin. Le fourgue Davenport est réglo : vingt mille dollars à la clé. Mike Brewer, quarante-cinq ans, flic privé au service du magasin détroussé, rôde volontiers dans les soirées dédiées à l'art underground. Il pourrait y repérer Cécile.

Le compagnon de la jeune femme, Soler, est un Portoricain d'origine. Depuis toujours il fait preuve de créativité, se sentant viscéralement artiste peintre. La reconnaissance du talent, le véritable succès, ce n'est pas offert à tout le monde. Alors, Soler végète, se bornant à copier celui qui a la meilleure cote en ce moment. Il crée des fausses œuvres de Jean-Michel Basquiat. Faut-il croire la version de Soler, quand il prétend ne pas l'imiter ? Le requin qui tire profit tous azimuts, c'est Ruben Fonseca. Vendre de la dope ici, et des faux Basquiat à l'étranger, bon bizness. À conditions de respecter les supports particuliers de l'original, et que des experts ne s'en mêlent pas.

Le détective Mike Brewer n'a pas eu de mal à retrouver Cécile. Elle circule à travers New York sur son nouveau scooter, acquis grâce aux gains du cambriolage. Brewer entend bien tirer parti financièrement de la situation, même si la fortune est rare autour de Cécile. Toutefois, quand on s'en prend à son amie, Soler n'est pas de ceux qui restent sans réagir. Tout cela n'arrange guère les affaires de Ruben Fonseca.

Et Basquiat ? Tout est source d'inspiration pour cet artiste. La négritude de ses origines haïtiennes et portoricaines. Son Brooklyn natal et le quotidien citadin new-yorkais, même s'il ne graffe plus sur les murs. Les combats de coqs traditionnel et le vaudou d'Haïti. La musique, car Basquiat est aussi doué pour ça que pour le reste, et même pour les langues étrangères. Sa mère Matilde internée en psychiatrie, sûrement. Sa compagne junkie Suzanne, peut-être un peu, également.

Quand on a vingt-trois ans, lorsque le tourbillon effréné de la gloire et de l'argent vous entraîne, on n'a ni le temps ni l'envie de s'attacher à l'instant. Basquiat se drogue, oui. Quelqu'un comme lui qui a du génie, n'aurait nul besoin de cet expédient. Dans les tréfonds de son être, son instinct lui susurre probablement qu'il est destiné à vivre vite et à mourir tôt. L'art et la mort sont des partenaires de longue date…

 

Pour qui ne connaît pas Jean-Michel Basquiat ou son œuvre remarquable, les références indiquées par l'auteur en fin de volume, et les multiples pages Internet dédiées à l'artiste, sont là pour ça. L'excellent Marc Villard, lui, s'inspire de l'univers de Basquiat et du climat new-yorkais d'il y a une trentaine d'années, pour nous proposer une authentique histoire noire. Il ne s'attarde pas sur l'addiction du peintre, il a raison. Certes, même en Haïti, il trouve bien vite un dealer. Néanmoins, ce sont ses tripes et sa lucidité qui firent de Jean-Michel Basquiat un géant de la créativité artistique.

Cette puissance émotionnelle, cette apparente naïveté faussement brouillonne, rien à voir avec des gribouilleurs branchés. Ce garçon nous a livré son âme, son regard sur le monde. Et les personnages de ce roman sont eux aussi, chacun à leur manière, proprement ou salement, des jusqu'au-boutistes. On peut compter sur Marc Villard, sur sa précision des mots et des images, pour nous faire partager avec force l'esprit de cette époque-là.

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