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Publié par Claude LE NOCHER

Anna Matveeva : Le mystère Dyatlov (Presses de la Cité, 2015)

Fin 1999, Ania est une romancière russe âgée de trente ans. Divorcée de Vadik, qui reste présent dans sa vie, elle habite un appartement modeste, avec son chat Schumacher. Ania hérite d'un dossier concernant une affaire non-élucidée remontant à quarante ans. Début 1959, un groupe de neufs jeunes randonneurs est mort dans les montagnes de l'Oural. Ils avaient tous une vingtaine d'années, sauf l'un d'eux âgé de trente-sept ans. Ces derniers temps, après la fin de l'URSS, beaucoup de choses ont été écrites sur ce sujet. Pas des analyses si convaincantes, pour la plupart. Ania sent comme un confus appel posthume de ces victimes. Elle sympathise avec Sveta, qui elle aussi a recueilli quelques éléments.

Ces étudiants de l'Institut Polytechnique de l'Oural furent baptisés le Groupe Dyatlov. Ils devaient partir à dix, à l'assaut de la Montagne des Cadavres. On l'appelait ainsi suite à un précédent drame qui causa la mort de neuf personnes appartenant au peuple des Mansis, vivant dans la région. Pour autant, cette population n'en fit pas un lieu sacré, interdit. Au contraire, ils accueillaient volontiers les randonneurs montagnards. L'un ayant renoncé, les sept garçons et deux filles commentèrent leur aventure sur leurs carnets. C'est plutôt dans les rapports qu'Ania dénichera des faits concrets sur le drame. Cinq corps furent d'abord retrouvés en hypothermie, puis quatre autres quelques semaines plus tard.

Tous ces jeunes randonneurs étaient expérimentés, certains ayant participé deux ans plus tôt à une opération similaire. Par contre, l'organisation du Groupe Dyatlov resta minimale financièrement, donc quelque peu approximative. Plus tard, les secours seront fort tardifs, bien que s'impliquant énormément. Autour des obsèques, on ne donna pas d'explications aux familles des victimes. Le père de l'une d'elles reprocha alors aux autorités la flagrante négligence générale, émettant une hypothèse plausible. Le directeur sportif de l'Institut fut finalement peu sanctionné. Pourtant, l'enquête ne fut pas bâclée, on recensa tout ce qui aurait pu pousser ces jeunes randonneurs à s'exposer dans le froid mortel de la nuit.

Bien qu'athée à la façon soviétique, Ania a été baptisée et possède un sens de la religion et de la mort. Plus que les bougies et les prières à l'église, c'est l'abécédaire du dossier qui lui permet de situer l'esprit de l'affaire. Des témoins auraient vu des “boules de feu” dans la même période, des “phénomènes célestes” ont fait l'objet de rapports officiels. La tente des randonneurs semblait mal positionnée, également. L'inspecteur Ivanov releva que “la disposition et la présence des objets dans la tente (presque toutes les chaussures, les vêtements chauds, les objets personnels et les journaux) sont la preuve que les jeunes gens ont dû quitter la tente précipitamment et tous ensemble...” Pour quelle raison ?

Ania interviewe le frère d'une victime, qui lui confie le journal intime de sa sœur. On trouva, selon d'autres documents, des traces de radioactivité sur certains vêtements, sans que ça paraisse forcément un indice. Si les lieux du drame ont été “nettoyés”, est-ce avant ou après la découverte des cadavres ? Ania résume les seize principales versions (quelques-unes sont farfelues, suite à l'engouement pour ce cas mystérieux), en croisant plusieurs qui peuvent se compléter, avec un taux de probabilité sérieux. Sans doute est-il préférable pour Ania de reconstituer tout cela sous forme de roman…

 

L'affaire du col Dyatlov qui causa la mort de neuf randonneurs dans la nuit du 1er au 2 février 1959 nous est mal connue. La chronologie des faits reste incertaine, faute de témoins oculaires et de survivants. Des sauveteurs ont dit ce qu'ils ont vu, des rapports légistes existent, des parents de victimes se sont insurgés. On a même des photos de ce groupe. À l'époque, bien que le stalinisme ait cédé la place au dégel politique grâce à Nikita Khrouchtchev, la Russie soviétique garde cette tradition séculaire (pas seulement communiste) du secret le plus absolu.

A contrario, bon nombre d'infos ont circulé sur les circonstances de ce drame, mais exclusivement à l'usage des sphères dirigeantes de cette région de Russie. Volonté de cacher la vérité ? Nul ne peut le certifier. Déjà en ce temps-là, le monde entier sait que ce pays mène des expériences scientifiques, tente des essais spatiaux avec du matériel et des carburants innovants. L'explication pourrait être plus basique, telle une attaque de ce groupe par une poignée d'hommes. Ce roman consacre davantage de pages à la réalité de l'affaire qu'à la fiction, sans s'en tenir à un “dossier” qui risquait d'être barbant. On suit les captivantes recherches d'Ania avec la même envie qu'elle de comprendre cette histoire.

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