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Publié par Claude LE NOCHER

Stephen King : Revival (Albin Michel, 2015)

En 1962, Jamie Morton avait six ans. Sa famille et lui habitaient Harlow, une bourgade du Maine. Très pieuse, la population méthodiste accueillit avec enthousiasme le jeune pasteur Charles Jacobs. Avec sa séduisante épouse Patsy et leur enfant, ils venaient de Boston. Le dynamisme du révérend, et le charme de sa femme, permirent d'augmenter le nombre de paroissiens. Jamie Morton fut très impressionné par la passion de Charles Jacobs pour l'électricité. La maquette du Lac de la Paix en était l'illustration. Surtout, le pasteur réalisa une sorte de miracle. Conrad, un des frères de Jamie, fut victime d'une extinction de voix risquant d'être définitive. Grâce à son Stimulateur Nerveux Électrique, le révérend Jacobs réussit à guérir Conrad. Coup de chance peut-être, le bricolage étant à peine au point.

Trois ans après leur installation à Harlow, survint le tragique accident de l'épouse et du fils du pasteur Jacobs. S'il subit un monstrueux choc psychologique, cela n'expliquait qu'en partie le Terrible Sermon qu'il adressa quelques jours plus tard à ses fidèles. Peu après, quand il quitta la région, Jamie fut le dernier à lui dire au revoir. Le seul qui ait compris sa fascination pour la foudre, probablement. Dès ses treize-quatorze ans, Jamie s'avéra très doué pour la guitare. Non pas pour le tranquille folk, comme Conrad, mais pour le tempo du rock'n'roll. Dès son entrée au lycée, Jamie intégra les Chrome Roses, et fut convaincant dès le premier concert. Ce qui lui accorda davantage d'assurance : c'est ainsi qu'il devint le petit ami de la belle Astrid. Puis il entama une carrière de musicien, de 1978 à 1992.

À cause d'un accident de moto qui endommagea sévèrement sa jambe, Jamie goûta à la morphine. D'autres drogues suivirent, ce qui fut nuisible à son métier. Lors d'une foire en Oklahoma en 1992, Jamie recroisa Charles Jacobs. Son spectacle des Portraits à la Foudre avait un certain succès. Après avoir apporté quelques soins au junkie Jamie, il lui montra son atelier de Tulsa. Jacobs y poursuivait ses expériences sur le potentiel de l’Électricité secrète. Utilisant des électrochocs de sa conception, l'ex-pasteur réussit à guérir Jamie de son addiction pour les drogues. Jamie fut un temps son assistant, non sans noter que les spectacles de son mentor pouvaient entraîner d'étranges effets secondaires. Hallucinations dont la jeune Cathy Morse ne fut pas la seule victime, Jamie les ressentant parfois aussi.

Ayant eu l'opportunité d'un nouveau départ sur des bases saines, Jamie s'installa près des Rocheuses, à Nederland. Au ranch de Hugh Yates, que Jacobs avait guéri de sa surdité non sans séquelles, il s'occupa du studio d'enregistrement musical. Ce n'est qu'en 2008 qu'ils entendirent à nouveau parler du pasteur. Il avait modifié son nom en C.Danny Jacobs, et présentait sous chapiteau un grand show où il prétendait miraculeusement guérir la plupart des personnes souffrantes. Hugh et Jamie se déplacèrent pour ce spectacle. Un public crédule semblait fanatisé : “J'étais abasourdi. Chaque mot est un mensonge, ils doivent bien s'en rendre compte.” Non, ayant totalement foi en lui, espérant leur guérison, la foule des malades et des handicapés le dévorait des yeux, en extase.

Au lieu de rompre tout lien avec Charles Jacobs, Jamie chercha à vérifier l'authenticité des miracles qu'il s'attribuait. Avec l'aide de Brianna Donlin (dite Bree), qui avait la moitié de son âge, Jamie recensa les divers degrés de "réussite" quant aux personnes traitées par le prédicateur. En tout cas, il n'y eut pas d'issue heureuse pour l'histoire de Cathy Morse. Jamie finit par trouver l'adresse personnelle de Jacobs à Latchmore, propriété rurale dans l’État de New York. Comptait-il vraiment ne plus se consacrer qu'à ses expériences sur l'Électricité secrète ? Pour le bien de l'Humanité ou dans quel autre but ?…

 

Stephen King est le plus inspiré des conteurs, le plus magistral des narrateurs. Ce n'est pas une opinion, il s'agit d'une évidence. Rares sont les écrivains capables "d'embarquer" leurs lecteurs comme il le fait si bien. Il le démontre une fois encore avec ce “Revival”. Si l'on s'attend à un roman d'horreur effrayant, si l'on espère une dualité du Bien contre le Mal, on se trompe de lecture. Le personnage sombre de cette intrigue, le pasteur Jacobs, est un homme sympathique dont les actes n'ont rien de répréhensibles. Un passionné d'électricité tel que lui est, dans la majorité des cas, un bon bricoleur juste trop concentré sur son sujet. La tension existe, au fil du récit, mais elle est beaucoup plus subtile. Car ici, l'écriture est limpide et stylée, privilégiant le parcours de vie de Jamie Morton.

C'est sous les auspices des précurseurs et autres grands de la littérature fantastique (de Mary Shelley, Bram Stoker, H.P.Lovecraft, jusqu'à Robert Bloch) que Stephen King place ce roman. Il est assez chevronné pour ne pas tomber dans les ornières du caricatural, en chargeant les effets. Bien sûr, l’Étrange domine cette histoire, entre miracles supposés et magnifiques hallucinations. On apprécie autant d'autres aspects, tel le Terrible Sermon. Pour le pasteur, ça exprime une remise en cause définitive de sa foi ; pour les lecteurs, ce doit être une mise en garde contre la multiplicité des doctrines religieuses. Censées nous consoler dans les moments difficiles, leurs promesses d'un paradis ne serait qu'une arnaque, suggère ledit sermon.

Plus souriant, l'auteur fait allusion à “Joyland”, un de ses titres précédents. Ou s'amuse au sujet des rythmes musicaux rock'n'roll (“Toutes ces conneries commencent en Mi”). Et il nous offre un souvenir de la décennie 1960, non dénué d'une part de nostalgie. Époque si différente, qu'il restitue avec intelligence. Toute la virtuosité de Stephen King se retrouve dans ce roman impeccable.

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