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Publié par Claude LE NOCHER

Tony Parsons : Des garçons bien élevés (Éd.de la Martinière, 2015)

À Londres, le policier Max Wolfe élève seul sa fille de cinq ans, Scout. Ils habitent un vaste loft. Avec le turbulent jeune chien Stan, un cavalier king-charles, Wolfe tente de composer une sorte de famille à trois. Membre d'une unité anti-terroriste, il a été récompensé par la Queen's Police Medal pour une action spectaculaire. En ce mois d'octobre 2008, Max Wolfe a intégré la brigade des homicides de West End Central, au 27 Saville Row. Son supérieur Mallory et l'équipe d'enquêteurs l'adoptent sans problème. Ce n'est pas le cas d'Elizabeth Swire, la surintendante principale, qui lui garde rancune. Mallory et Wolfe sont chargés du meurtre d'Hugo Buck, banquier âgé de trente-cinq ans, qui vient d'être égorgé dans son bureau au petit matin. Un crime de professionnel, sans témoin. Il serait trop facile d'accuser l'épouse de la victime, Natasha Buck, malgré une récente et sérieuse dispute.

C'est dans une ruelle qu'est découvert un SDF égorgé de la même façon que le banquier. Une deuxième inscription "porc" figure près du lieu du crime, comme pour le premier cas. Il s'agissait d'un junkie, mais possédant un hautbois, ce qui suppose une origine sociale aisée. En effet, Adam Jones fut vingt ans plus tôt un condisciple de Hugo Buck à Potter's Field, un collège privé traditionnel. La mère d'Adam Jones admet qu'il existait une part d'obscurité chez son fils. Wolfe remarque la même photo de groupe que chez le banquier. Ainsi qu'un tableau signé JS, comme chez Hugo Buck. Le policier saura bientôt que ce sont des œuvres de James Sutcliffe, un des sept jeunes sur la photo de groupe. Mal dans sa peau, le jeune peintre s'est suicidé a dix-huit ans lors de vacances en Italie.

Il reste quatre hommes vivants parmi ceux qui figuraient sur la photo de groupe de Potter's Field : Guy Philips, l'homme d'affaire Salman Khan, le militaire Ned King et son jumeau, le politicien Ben King. Les policiers les ont vus aux obsèques de Hugo Bock, avant de leur rendre visite à chacun. Pour Wolfe, “Cette petite bande tournait autour des frères King. Avec Ben en chef de meute. Guy Philips était leur pitbull, Salman Khan leur caniche. Hugo Buck était leur étalon, leur athlète. Quant à Adam Jones, il suivait juste le mouvement… Sutcliffe était le seul vrai rupin. Le seul parmi eux dont la fortune familiale remontait à plusieurs génération. Il était leur héros.” Alors que les policiers se rendent à Potter's Field, l'assassin s'attaque tout près de là à Guy Philips. Gravement touché, il est hospitalisé mais il y a peu de chances qu'il survive au début d'égorgement.

Max Wolfe a frôlé la mort à cette occasion. Sur Internet, circule une vidéo le montrant en fâcheuse posture. Sans doute a-t-elle été postée par “Bob le Boucher”. C'est cet inconnu que l'on soupçonne depuis le début d'être le tueur en série. Wolfe et Mallory ne croient pas en cette hypothèse. Puisque c'est celle de la surintendante Elizabeth Swire, elle va essayer de le provoquer par voie de presse, grâce à une alliée journaliste. Max Wolfe préfère une autre piste, la galerie de tableaux Nereus Fine Art. Si ça le fait progresser d'un grand pas, révélant une sale histoire vieille de vingt ans, le tueur va causer d'autres victimes, dans les rangs de la police, et chez les rescapés du groupe de Potter's Field…

 

Si c'est effectivement un roman d'enquête, les investigations n'ont rien de balisées ni de simplistes dans cette affaire. Certes, le lecteur a un avantage : on nous décrit dès le début la cause de la série de meurtres sanglants. On comprend quelle est la culpabilité des sept anciens étudiants. La vengeance, le plus classique des mobiles pour un assassin. L'intrigue s'avère astucieusement construite, nous laissant découvrir d'autres éléments, essaimant les indices.

Parmi ceux-ci, “The murder bag” du titre anglais d'origine : il s'agit de la toute première version d'une mallette de scène de crime, la "Valise de Gladstone" conçue en 1925. Les policiers exploreront ainsi le Black Museum de la police britannique, cherchant en particulier quel type de poignard très léger est utilisé par le tueur. Il est aussi question d'un œil de verre, conséquence de la scène datant de deux décennies plus tôt.

Le métier de policier n'empêche nullement d'avoir une vie privée. Trouver le bon équilibre lorsqu'on élève sans mère une enfant en bas âge, pas facile. Surtout quand on souffre d'insomnies chroniques, quand il faut s'occuper d'un chiot, et que respecter les horaires de la gamine est parfois compliqué. Passer du statut de héros anti-terroriste à flic ridiculisé dans une vidéo, il faut également assumer.

Le policier Max Wolfe n'est pas un personnage monolithique, c'est un pro chevronné doté d'une bonne dose de sensibilité. Mallory et son épouse l'ont bien compris, et les lecteurs en tiennent compte aussi. Max Wolfe s'expose au danger, tout en captant autant que possible la psychologie de celles et ceux qu'il interroge. Si “Bob le Boucher” n'est pas que le pseudo d'un pervers virtuel, Wolfe progresse vers une vérité moins flagrante. Un suspense dans la meilleure des traditions, un roman de qualité pour amateurs de polars efficaces et inspirés.

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