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Publié par Claude LE NOCHER

Ann Granger : Un flair infaillible pour le crime (Éd.10-18, 2015)

Londres, printemps 1868. Depuis six mois, Mr Thomas Tapley est locataire de deux pièces chez Mrs Jameson, une veuve quakeresse stricte sur la moralité. D'une allure insignifiante et bien que n'ayant visiblement pas beaucoup d'argent, Thomas Tapley est un charmant gentleman sexagénaire. Il se promène souvent en ville, semble féru de lectures tel un érudit, et suit l'actualité dans les journaux. Il n'a rien révélé de son passé, et il ne paraît recevoir personne chez Mrs Jameson. En cette fin d'après-midi, apparemment après cinq heures, Mr Tapley a été assassiné dans son logement. On lui a asséné de violents coups mortels, tandis que Mrs Jameson et son employée Jenny n'ont rien entendu. Probablement pas un cambrioleur. Il est difficile de comprendre comment l'inconnu a pénétré dans la maison, jusqu'à l'étage.

Dans la même rue habitent Lizzie Martin et son mari Benjamin Ross, inspecteur à Scotland Yard, avec leur jeune protégée Bessie. Alerté par Jenny qui a découvert le corps sanglant, Benjamin Ross s'occupe immédiatement de l'affaire. Ni la veuve Jameson, ni sa bonne, ne sont suspectes. C'est sur la victime que le policier se pose des questions : “Un certain nombre de mystères entourent le défunt. Notamment comment il a acquis le talent de se faire héberger chez des femmes respectables, et comment il a persuadé celle-ci en particulier de lui confier une clé de l'entrée principale de sa maison. Il semblait dans le besoin. Il s'exprimait bien et était éduqué, mais il a surgi de nulle part…” Selon le chef de Ross, le superintendant Dunn, soit le coupable était un voleur, soit Tapley était lui-même un homme louche fuyant un fâcheux passé.

Assisté par le compétent sergent Morris, l'inspecteur Ross cherche des indices sur le lieu du crime. De son côté, l'agent Biddle ne trouve guère de témoin connaissant vraiment le défunt. Lizzie, qui vit un clown rôder dans leur quartier, s'informe elle aussi. Le petit Joey, enfant des rues, aurait remarqué un visiteur chez Tapley à l'insu de la logeuse. Un homme jeune et riche, circulant dans une rutilante calèche. Issu d'une famille prestigieuse, fier de sa réussite sociale, l'avocat Jonathan Tapley contacte la police. Il est le cousin germain de Thomas Tapley, de dix ans plus âgé que l'avocat. Celui-ci a pris en charge Flora, sa nièce de dix-neuf ans, quasiment fiancée à un jeune homme de la haute société, fille du défunt, tandis que le cousin Thomas menait une vie quelque peu chaotique à l'étranger. Il n'avait pas averti ses proches de son retour en Grande-Bretagne.

Benjamin Ross s'invite chez l'avocat, réclamant des alibis que Jonathan Tapley lui fournit. Manière aussi de rencontrer Flora Tapley. Elle n'a pas tenu rancune à son père, si absent fut-il. Lizzie fait la connaissance de Horatio Jenkins, détective privé, ancien de l'agence Pinkerton au États-Unis. Il est missionné par une cliente française, mais la mort de Tapley pourrait être source d'ennuis pour le détective et elle. Benjamin se déplace à Harrogate, chez le notaire du défunt. Tapley n'était pas si pauvre, laissant un certain héritage à sa fille, et des documents peut-être dignes d'intérêt. Mrs Jameson en a probablement vu davantage qu'elle ne le pensait. Épaulé par Lizzie, l'essentiel pour Benjamin Ross sera de retrouver la clé… de l'énigme.

 

Lizzie Martin est l'héroïne d'une série, dont voici le quatrième épisode après “Un intérêt particulier pour les morts”, “La curiosité est un pêché mortel”, “Un assassinat de qualité”. Des histoires (inédites en français) à lire soit séparément, soit dans la chronologie. Aucun problème pour s'y repérer, car de rapides rappels nous renseignent. Une visite chez la tante Parry nous l'indique : c'est là que Lizzie Martin débarqua à Londres, en qualité de dame de compagnie. Première aventure qui fut l'occasion de renouer avec Benjamin Ross. Entre-temps, le couple s'est marié. À chaque fois, tandis que Ben mène en professionnel son enquête, Lizzie y contribue en parallèle. En compagnie de la jeune Bessie, dont le franc-parler l'éclaire parfois sur des hypothèses ou sur le caractère des gens.

Le décor n'est pas sans rappeler celui des romans d'Anne Perry, puisque ces intrigues se déroulent également dans la seconde moitié du 19e siècle à Londres. Il est vrai que l'ère victorienne est propice aux scénarios énigmatiques, à la confrontation entre les ambiances dans la bonne société et dans la population plus modeste, voire fort pauvre. La logeuse appartenant à la communauté des quakers illustre, par exemple, cette classe moyenne qui vivait sans luxe. Lizzie et Ben eux-mêmes sont issus de milieux simples. Nous sommes là dans un polar historique de très belle qualité, avec une parfaite reconstitution de l'époque, où le suspense et les investigations gardent la priorité.

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