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Publié par Claude LE NOCHER

Daniel Quirós : Pluie des ombres (Éd. l'Aube Noire, 2015)

Située entre le Nicaragua et Panama, la république du Costa Rica est un des pays les plus stables de l'Amérique centrale, peuplé de cinq millions d'habitants. Ancien guérillero, don Chepe vit désormais à Paraíso, dans la province de Guanacaste, sur la côte Pacifique. Ce solitaire ne fréquente guère que le bar de son amie doña Eulalia et une poignée d'amis. Sergent de la Force publique, le Gato en fait partie. Il arrive que don Chepe s'improvise détective pour lui offrir son aide. En cette saison pluvieuse, c'est ce qui se produit quand un cadavre est découvert dans la région. Don Chepe connaissait Antonio Rivas, trente ans, et sa mère María. Cette famille est originaire du Nicaragua voisin. Des “Nicas”, comme on dit ici, par opposition aux “Ticos” natifs du Costa Rica.

Qu'Antonio ait été mêlé à un trafic de drogue, puisqu'on en a trouvé sur lui, don Chepe n'y croit pas du tout. C'est une mise en scène, d'autant que le corps gisait dans un lieu pas si isolé. On ne peut pas s'attendre à une enquête sérieuse de la part de la police. Après les obsèques d'Antonio, ses proches Nicas et don Chepe font face à des réactions xénophobes dans un bistrot. Au lendemain de cette vive altercation raciste, un cousin d'Antonio est agressé à la machette. Grièvement blessé, il est hospitalisé et s'en remettra peut-être. Il est peu probable que les “Ticos” agressifs en soient les responsables. Ligia, policière amie du Gato, est d'une honnêteté irréprochable. Elle leur apprend que le tueur d'Antonio était un gaucher, et qu'il y a quand même un témoin du meurtre.

C'est ainsi que don Chepe et Chato interrogent le pêcheur Arnoldo. Selon sa version, les malfaiteurs étaient des “Nicas”, mais cette impression est douteuse. Don Chepe se rend à Liberia, la ville où Antonio était employé dans une usine de conditionnement d'oranges. Le directeur de cette entreprise prospère confirme qu'il s'agissait d'un salarié fiable, sans exclure des embrouilles de sa part dans un trafic de drogue. Discrètement, à l'insu du contremaître Luis, un collègue et ami d'Antonio contacte don Chepe. Le défunt lui avait confié des documents comptables concernant cette usine. Ligia les consulte, confirmant qu'il s'agit certainement d'un trucage financier. Quant à trouver des preuves impliquant la nébuleuse qui en bénéficie, c'est bien difficile.

Via un atelier de mécanique auto servant d'intermédiaire dans des trafics de drogue, don Chepe et le Gato trouvent une piste exploitable. Quand ils essaient d'alpaguer le dealer Pérez, celui-ci réplique dans un échange de tirs, blessant légèrement don Chepe avant de réussir à s'enfuir. Sans doute est-ce en utilisant la ruse que l'enquête avancera : il faut tenter de piéger le fameux Luis. Ligia continue, elle, à chercher des preuves financières. Pour Don Chepe, l'affrontement avec le commanditaire de l'affaire est inévitable : “La loi et la justice ce n'est pas la même chose, et moi je suis trop vieux pour rester là, à attendre l'arrivée des miracles.”

 

Dans cette partie du monde, l'image du Costa Rica est plutôt bonne. La solidité du pays tient au tourisme grâce à des sites séduisants, aux investissements fonciers, et à ses rapports économiques avec les États-Unis. Cette façade de tranquillité fait oublier que la majorité de la population vivote, tandis que les plus puissants engrangent les profits. Le mécanisme de la corruption est fort bien expliqué par l'auteur. Quelques billets pour les sans-grades qui feront semblant de ne rien voir, un pactole pour les dirigeants tricheurs. Et tant pis pour ceux qui seraient trop curieux ou pas assez obéissants : on usera de la violence à leur encontre, on les supprimera au besoin. Ce n'est pas tant que la police soit inactive, mais il existe des moyens de la museler, de calmer le zèle.

L'autre principal aspect évoqué, c'est le racisme. Un ouvrier venu du Nicaragua accepte un salaire plus faible qu'un habitant du Costa Rica. Beaucoup d'entreprises s'offrent ainsi de meilleures marges, et du personnel moins exigeant. Schéma classique, créant la division entre populations locales et étrangères. Généralement trop lâches pour s'en prendre aux vrais responsables, les "perdants" désignent d'aussi pauvres qu'eux. Ce roman noir baigne dans une ambiance sombre et pluvieuse. Voilà une intrigue de très bon niveau. À travers l'enquête de don Chepe, personnage mûr, rebelle assagi mais toujours réactif, ce sont les réalités du Costa Rica que nous dessine Daniel Quirós.

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