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Publié par Claude LE NOCHER

Ursula Poznanski : Tout un poème (Presses de la Cité, 2015)

Beatrice Kaspary est policière à la Brigade criminelle de Salzbourg, en Autriche. Âgée de trente-six ans, mère de deux enfants, Jakob et Mina, elle est divorcée d'Achim. À cause de son métier, Bea apparaît moins proche que son ex-mari de leurs enfants. Hoffmann, le supérieur de la jeune femme, l'apprécie modérément. Il semble un peu absent, ayant des soucis du côté de son épouse. Bea peut compter sur son partenaire Florin Wenninger, sur leur expert en informatique Stefan, et d'autres collègues. Des campeurs en promenade ont découvert les cadavres d'un couple dans une forêt de la région salzbourgeoise. La fille a été étranglée, tandis que l'homme a été abattu par balle. Pas de viol, mais tous les deux portent des traces d'ecchymoses, et des signes qu'ils ont été ligotés.

On ne tarde pas à identifier l'homme, un étudiant nommé Gerald Pallauf. D'un naturel peu ordonné, il était très actif sur les réseaux sociaux d'Internet. Il hébergeait depuis peu une certaine Sarah, venue d'Allemagne, sans doute pas vraiment une amie intime. Pallauf fait figure de type inoffensif, qui n'aurait pas acheté clandestinement l'arme volée qui l'a tué. En effet, la version officielle serait qu'il a étranglé cette Sarah avant de se supprimer. Trop incohérent, estime Bea. Le médecin légiste confirme : “La victime masculine était de faible constitution. Pas du tout entraînée. S'il y avait eu lutte entre les deux, la femme aurait eu le dessus”. La police identifie à son tour la seconde victime, Sarah Beckendahl, originaire de Hanovre. Un informateur anonyme fixe rendez-vous aux policiers, mais ne se présente pas finalement. C'est sur une toute autre piste que se lance Bea.

Gerald Pallauf et Sarah Beckendahl faisaient partie de “Vive la poésie”, groupe d'échange littéraire sur Internet. Bea créée un faux compte Facebook et s'inscrit pour participer à ce groupe, sous le pseudo de Tina Herbert. Elle en explore l'historique, retient quelques noms d'intervenants. Quand le corps d'un nommé Rajko Dulović est retrouvé dans la rivière Salzach, la policière est convaincue qu'il s'agit de leur informateur anonyme. Il n'avait pas de rapport avec la poésie. Saturé de drogue, on peut penser que c'était un junkie. Bea suit les réactions du groupe à l'annonce de la mort de Gerald et Sarah. Avec Florin, elle se rend chez Helen Crontaler, créatrice de “Vive la poésie”. Cette dame appartient à un milieu aisé et intellectuel, plutôt condescendante avec les membres de "son" groupe, ce qui agace Florin.

Ce n'est pas de la part d'Ira Sagmeister que le duo de policiers peut espérer de l'aide. La jeune femme ne se montre pas coopérative, voire hostile. Bea continue à suivre l'activité de “Vive la poésie” sous son faux nom. On y cite des textes d'auteurs confirmés, on évoque ses propres goûts musicaux. Bea essaie d'amadouer certaines personnes. En particulier Ira, dont elle discerne le caractère secret. Si un meurtrier se cache au sein du groupe, il risque d'y avoir de nouvelles victimes. Et Bea pourrait se trouver en grand danger…

 

Quelques titres d'Ursula Poznanski sont disponibles en français : “Sous haute dépendance” (Bayard Jeunesse), et dans la série dont Beatrice Kaspary est l'héroïne : “Cinq” (Presses de la Cité, Sang d'Encre) réédité chez Pocket sous le titre “Ça ressemble à un jeu”. Après “Tout un poème”, on retrouvera Bea avec Florin Wenninger dans “Stimmen”, pas encore traduit, où il sera question de psychiatrie. Ici, ce sont donc les relations via Internet qui sont explorées par cette auteure autrichienne née en 1968. Chacun connaît sans doute les "forums" dédiés à une thématique, rassemblant des passionnés. En règle générale, les rencontres sont assez rares ou fugaces dans "la vraie vie" entre membres d'un forum. Peu de contacts, mais néanmoins un plaisir en commun. On peut imaginer aussi que certains les utilisent à des fins plus nébuleuses.

C'est sans précipitation qu'Ursula Poznanski installe la part criminelle de son récit. Certes, il y a rapidement trois meurtres. Mais elle prend soin de dessiner les personnages (Florin contrarié vis-à-vis de sa petite amie Anneke, la vie de famille de Bea s'étiolant…) dans un début classique d'enquête, avec interrogatoire de témoins. Bien sûr, il faut un peu de temps à la policière pour "intégrer" le groupe “Vive la poésie”, et surtout pour comprendre les liens possibles entre plusieurs contributeurs. Ce tempo est bien celui qui convient dans le cas présent. À partir du meurtre suivant, le dernier tiers de l'histoire nous éclaire progressivement sur l'origine des faits. Un suspense maîtrisé et de bon niveau.

Chaque jour, mes chroniques et mes infos : http://www.action-suspense.com