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Publié par Claude LE NOCHER

Gilles Vidal : Les sentiers de la nuit (Éd.du Jasmin, 2016)

Le lieutenant de police Paul Massat est en poste à Solieu, une sous-préfecture de quarante mille habitants, vers l'Est de la France. Il est le fils de Jules Massat, un auteur de SF très connu n'ayant plus publié depuis quelques années. Peu liant, plutôt introverti, l'écrivain a choisi de s'isoler autant que possible, dans sa maison non loin de Solieu. Après un divorce houleux, Paul Massat s'occupe de temps à autre de son fils Armand. Au commissariat, il ne cherche pas vraiment à briller, ne prenant en main les affaires qu'en l'absence d'autres collègues. Cette fois, c'est le cadavre d'un inconnu qui est découvert dans un squat occupé par trois SDF vaguement dealers. Selon le légiste, il s'agit d'une mort naturelle. Pourtant, il est souhaitable que Paul Massat parvienne à identifier cet homme mûr.

Harry Pitman est Californien, appartenant à un milieu aisé. “Retraité” âgé de trente-et-un ans, il a fait très tôt fortune grâce à une société innovante. Avant de mourir d'un cancer à cinquante-quatre ans, sa mère lui a confié un secret : son père officiel n'est pas son vrai géniteur. Ce qu'a confirmé une analyse ADN. Harry règle les questions financières et passe par la Floride, où vit sa tante Elena. Celle-ci lui confirme que le vrai père d'Harry était un Polonais que sa mère avait connu alors qu'elle résidait en France. Il fut assassiné en 1985, sans qu'on sache la vérité. Le fait que cet Andrzej ait alors été un opposant au régime communiste fut peut-être la raison de ce meurtre. Harry s'envole bientôt pour Paris, où il compte rencontrer la personne chez qui sa mère logea trente ans plus tôt.

Paul Massat identifie l'homme du squat : Louis Boisrond était un notable, cadre dans une banque privée très select. Son épouse Fabienne confirme qu'il n'était absolument pas un consommateur de drogues. Ça explique d'autant moins ce qu'il faisait dans ce squat. Le policier a déjà fait accidentellement la connaissance d'Agathe, la fille de Louis Boisrond. Un brin bordélique dans sa tête et dans sa vie, cette artiste-peintre fantasque est en instance de divorce. Un caractère qui ne déplaît pas à Paul Massat. Agathe témoigne que son père était assez égoïste, avare d'affection. Le policier n'a pas grand mal à retrouver Verdon, un des squatteurs, qui lui donne quelques précisions. Quant à Jules Massat, qui entame un nouveau roman, il se rapproche d'une thérapeute pratiquant l'hypnose.

La quête d'Harry Pitman le conduit jusqu'en Pologne. Il sait désormais que son père était originaire de Skierniewice. À Varsovie, il entre en contact avec la journaliste indépendante Kinga. Pas inutile pour un Américain, qui assimilerait avec difficulté l'esprit polonais. Harry sent, depuis la Floride, une menace diffuse autour de lui. Ayant obtenu quelques infos sur sa famille, il est d'ailleurs agressé. Peut-être des séquelles de l'époque totalitaire, dont on n'a pas forcément fait le deuil dans ce pays. Harry devra revenir en France pour obtenir de nouveaux détails oubliés sur le meurtre de son père…

 

Le récit comportant deux lignes parallèles, l'histoire d'Harry Pitman et celle se déroulant dans une ville française, on ne doute pas qu'existe un point commun entre ces affaires semblant éloignées. Il s'agit d'une structure classique de roman à suspense, encore faut-il que ce soit bien exploité. C'est là que l'on peut compter sur la solidité d'un auteur tel que Gilles Vidal. D'abord, il est habile pour construire cette double intrigue, sans chercher des effets artificiels ou spectaculaires. On sait que ça aboutit souvent à une lourdeur inutile.

Ensuite, il aborde avec une belle aisance les personnages, à travers de délicieux portraits. On remarquera en particulier celui d'Agathe. Cet élément contribue à l'ambiance, entre sombres énigmes et plaisants sourires. On aura même droit à des visites touristiques de Paris et de Varsovie ; normal pour un Américain sur les traces de ses origines. Enfin, on peut affirmer que Gilles Vidal sait que rien ne remplace la souplesse narrative : c'est avec fluidité qu'il raconte les faits. Certes, le chemin de la vérité n'est pas rectiligne, mais il nous amène malgré tout à destination. Un suspense très réussi, qui captive le lecteur.