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Publié par Claude LE NOCHER

Jake Hinkson : L'homme posthume (Éd.Gallmeister, 2016)

À Littlerock, en Arkansas, il est probable qu'Elliott Stilling ait eu des raisons de mettre fin à ses jours. Il est effectivement mort pendant trois minutes, mais les soignants ont réussi à le sauver, à l'hôpital. Le suicide est un acte très étonnant quand on sait qu'Elliott est un ancien pasteur. Il ne tient nullement à expliquer pourquoi il a quitté la religion, ni pourquoi il a tenté de se supprimer. Est-ce le regard de l'infirmière Felicia Vogan qui lui a donné la force de revenir à la vie ? Elle lui rend visite dans sa chambre d'hôpital quand il est un peu remis, et Elliott sent un bon contact avec Felicia, qui lui paraît peu conformiste. Ensuite, il se dépêche de fuir l'hosto, avant que n'arrive son ex-épouse Carrie. Comme il n'a nulle part où aller, Elliott s'arrange pour retrouver bien vite Felicia.

La jeune femme n'a hérité que de problèmes, ce qui explique qu'elle a besoin de beaucoup de fric. Elle s'est associée avec un duo d'imbéciles : DB, un flicard lourdingue en uniforme, et son jumeau muet Tom qui “ressemblait à un employé de banque qui aurait passé la nuit précédente dans un caniveau.” Mais le chef, c'est Stan, un truand qui fait peur à tous ceux qui le rencontrent, une réputation de "dur" amplement méritée. Pour accepter Elliott sur le coup qu'ils ont préparé, il exige des explications. Il n'est parmi eux ni par amour pour la belle Felicia, ni pour obtenir une part du butin, ce qui peut sembler bien vague. Malgré tout, Sam le prend dans leur équipe. Ensemble, ils commencent par repérer les lieux, et la bande va peu après passer à l'action.

Il s'agit de braquer un camion venu livrer à l'hôpital un chargement de médicaments, pour une valeur de deux millions de dollars. Sam ayant déjà un acheteur, pas question de faire foirer l'affaire. On se débarrasse du chauffeur, sans trop se préoccuper de savoir s'il est encore en vie. Puis, on va aller stocker les médicaments dans l'entrepôt de Tom. Mais un souci intervient : il y en a plus de deux fois la quantité prévue. Meilleur bénéfice, certes, à condition que le client soit preneur. Détenir tout cela chez eux, ça rend carrément nerveux le flic DB et son frère. De son côté, Elliott comprend qu'il à intérêt à s'endurcir au plus tôt, en adulte responsable, sans espérer que Dieu l'écoute. Par contre, c'est Sam qui exprime une relation très singulière envers la foi religieuse. Curieux pour un malfaiteur comme lui.

La suite de la mission d'Elliott se passe dans la décharge d'Arnold Thickroot et de sa fille Three, où il doit décharger des ordures dont il vaut mieux se débarrasser discrètement. Sam ayant prévenu Thickroot, tout doit se passer sans anicroche. Elliott retrouve son âme de pasteur pour écouter les déboires de la jeune Three, gagnant ainsi sa confiance. Ce qui ne sera pas inutile pour ce qui va suivre. S'ils doivent affronter Stan, et sauver Felicia, il vaut mieux qu'Elliott et Three possèdent de bonnes armes…

 

Jake Hinkson a été récompensé par le Prix Mystère de la critique 2016 pour “L'enfer de Church Street”. Son deuxième roman traduit en français, “L'homme posthume”, confirme tout le bien que les lecteurs ont pensé du premier. On retrouve ici la meilleure tradition du roman noir, une intrigue comparable aux plus excitants titres de la Série Noire de naguère. Si le personnage central refuse d'évoquer son passé, on devine que cela cache quelque chose de sérieux. Évidemment, sur sa route de ressuscité, il croise la classique "femme fatale" qui va l'entraîner (et nous aussi) vers des aventures mouvementées. Sans doute est-ce finalement l'Apôtre Paul, celui des Saintes Écritures dont le caïd Stan (ou Satan ?) suit l'un des préceptes, qui nous donne les clés de cette histoire.

Passé l'instant de la mort ratée d'Elliott, il nous raconte en continu toutes les tribulations qu'il traverse, unité de temps qui confère un rythme tonique à ce récit. Des péripéties à foison, bien sûr, mais on apprécie surtout la tonalité amusée de ce suspense. La position du narrateur (avec son passé de pasteur) amène une certaine dose d'ironie, franchement savoureuse. Un noir polar teinté d'humour et plein d'action comme celui-là, on le lit avec un immense plaisir !