Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

1850 chroniques - faites défiler la page - ou cliquez sur l'initale du nom de l'auteur recherché

Roger Smith : Un homme à terre (Calmann-Lévy, 2016)

Roger Smith : Un homme à terre (Calmann-Lévy, 2016)

Dix ans plus tôt, John Turner végétait dans son Afrique du Sud natale, modeste Blanc sans avenir dans ce pays en mutation. Il se prenait pour un écrivain, mais n'avait aucun talent. Il vivotait en traficotant de la drogue, s'endettant car il consommait plus qu'il n'en vendait. Sa route croisa un jour celle du flic afrikaner Christiaan Bekker. Un combinard au cynisme affiché : “Au bout d'un mois à l'école de police, je me suis glissé dehors une nuit et j'ai braqué un boui-boui à négros avec mon arme de service. Je suis rentré discrètement et personne n'en a rien su. C'est comme ça pour moi depuis. Je me sers du badge. Je me sers du flingue. Et je m'en suis plutôt bien sorti jusqu'à présent.” Son nouveau plan, c'était de kidnapper la gamine d'une riche famille noire de Johannesburg. Bekker avait besoin d'un complice. Une belle opportunité pour Turner.

Voilà près de dix ans que, installé près de Tucson en Arizona, John Turner s'est reconverti en homme d'affaires, grâce à un brevet d’aspirateur de piscine. Il est marié à Tanya, qui fut sa voisine à Johannesburg. La jeune femme avait échappé à la tuerie sanglante dont furent victimes ses parents. Cela lui forgea un tempérament froid et volontaire. Professeur d'université aux États-Unis, Tanya sait que sa carrière ne progressera pas. Car elle refuse de s'assimiler à la vie américaine, cultivant encore son accent d'origine. John et Tanya ont une fille de neuf ans, Lucy. Mais le couple fonctionne plus mal que jamais. Turner voudrait divorcer et refaire sa vie avec la blonde Grace Worthington, son assistante. Nerveuse et offensive, Tanya refuse absolument, menaçant de le faire chanter. Elle sait tout ce qui s'est passé en Afrique du Sud, ce qui causerait d'énormes ennuis à son mari.

De son côté, le flic Bekker a fini par quitter son pays pour venir lui aussi vivre en Arizona, à Phoenix. Quand il recontacte John Turner, ce dernier pense que Chris Bekker peut lui venir en aide, afin d'éliminer Tanya. L'ancien policier ne veut pas être l'exécuteur, tandis que Turner aurait un alibi solide pendant ce temps-là. Autant agir rapidement, un jour où la petite Lucy est absente, peu après que Grace ait quitté les lieux après son travail.

C'est ainsi que trois tueurs s'invitent dans la propriété du couple : Shorty, Tard et Bone agressent avec violence John et, surtout, Tanya. Celle-ci ne craint pas d'affronter le trio, avec son caractère provocateur, même s'ils s'acharnent sur elle. Les braqueurs semblent là pour l'argent, raflant les cartes de crédit, exigeant le fric du coffre-fort. Mais le retour prématuré de Lucy va tout changer, d'autant que l'ami des Turner qui la raccompagne est buté sans pitié par les tueurs. Même si la situation a dérapé, Bekker pense tenir en main ses deux complices, ses larbins. Pas si sûr, car la tension est forte, mais n'a pas encore atteint son paroxysme. Des victimes, il y en aura d'autres…

 

Ce roman extrêmement dur aurait pu s'intituler “La rédemption par le sang”, ce que nous suggèrent certains passages de l'histoire. En effet, on nage ici dans une noirceur des plus violentes. Les coups pleuvent, le sang coule, les tirs d'armes à feu fusent. On comprend tôt que la force prime, qu'aucun des protagonistes ne fera preuve de faiblesse. C'est le Diable qui mène la danse, sans doute depuis longtemps dans la vie de Turner, de Tanya et de Bekker, les Sud-Africains expatriés. C'est là qu'intervient toute l'intelligence du récit, à l'opposé d'un scénario linéaire.

Dans un désordre soigneusement agencé, d'une cohérence qui permet que le lecteur ne soit jamais perdu, l'auteur nous renvoie à des moments anciens ou plus récents de la vie de ses personnages. Ce qui lui permet d'évoquer l'Afrique du Sud et ses contradictions, ou le mirobolant rêve américain qui ne convient pas forcément à tous. Cette structure dessine le portrait des uns et des autres, de John Turner qui n'est pas vraiment un type brillant, de Bekker pas exactement doué pour les coups d'envergure, de la psychorigide Tanya. Le but n'est pas de nous présenter des héros attachants. Âmes sensibles s'abstenir. D'une sacrée efficacité, ce noir polar est percutant à souhaits.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :