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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Gilles Schlesser : La liste Héraclès (Éd.Parigramme, 2016)

Gilles Schlesser : La liste Héraclès (Éd.Parigramme, 2016)

Paris, fin décembre 1933. Le commissaire Louis Gardel, trente-huit ans de métier, est un des policiers ayant servi de modèle à Jules Maigret. Même s'il reste en bons termes avec Georges Simenon, il tient néanmoins à se démarquer du héros créé par le romancier, qui vit désormais à Porquerolles. Gardel a engagé sa voisine Malou, âgée de vingt-sept ans, afin de servir de nounou à son petit-fils Paul, qu'il élève. Il est "fiancé" à la quadragénaire Marie-Jeanne Billetdoux, qui s'occupe activement d'œuvres sociales pour des jeunes filles. Mais rien n'indique qu'ils se marieront. Au 36, Gardel est apprécié de ses adjoints, autant que par le commissaire Guillaume ou par Xavier Guichard, le chef de la police. Il y a moins de sympathie entre lui et le préfet Jean Chiappe, trop proche de l'extrême-droite.

Charles Bernier-Fayard, propriétaire du journal politique L'Impartial, vient d'être assassiné dans son bureau, le 27 décembre au soir. En ces temps où la presse est très virulente, ce journal est plus honnête que les autres. Bernier-Fayard suivait de près l'affaire Stavisky, l'escroc étant en fuite, comme il se soit. Ce que confirment la secrétaire et le rédacteur en chef de L'Impartial. Selon ce dernier, son patron possédait un document qui ferait l'effet d'une bombe : la "liste Héraclès" comporte les noms d'une trentaine de notables s'étant compromis dans les combines de Stavisky. Il est possible que des haut-gradés de la police y figurent. Mme Weiss, la femme de ménage juive, ne peut guère aider les enquêteurs. Gardel se renseigne auprès du notaire de la victime, qui avait rendez-vous avec lui.

Clara Bernier-Fayard, la veuve, est typiquement le genre de femme qui horripile Gardel. Pas de sentiment à attendre d'elle, habituée à gaspiller l'argent. Son alibi est flou. Son fils Émile, qui doit bientôt rentrer d'un voyage en Italie, s'endette beaucoup. Âgé de vingt-sept ans, sous le pseudo de Titus, cet admirateur des Camelots du Roi, d'Hitler et de Mussolini, écrit pour des journaux fustigeant les Juifs, la police, les homosexuels, et toute forme de démocratie. Xavier Guichard espère que Gardel retrouvera la "liste Héraclès" afin que cessent les sales rumeurs à son sujet. Le préfet Chiappe veut lui aussi ladite liste, soit pour être blanchi, soit à des fins moins honorables. Peut-être a-t-elle été volée lors d'un cambriolage chez l'actrice Marie Duport, la maîtresse de Charles Bernier-Fayard ?

Son ex-collègue Pachot ne cache pas à Gardel les blocages qu'il a subis lorsqu'il enquêta sur Stavisky, ce qui assura longtemps une impunité à l'escroc. Début janvier 1934, Gardel identifie les cambrioleurs de Marie Duport, deux sbires de Stavisky. C'est en mettant la pression sur l'ancien comptable de l'escroc, Norvin, que le policier peut avancer : celui-ci admet avoir transmis la fameuse "liste Héraclès" à Bernier-Fayard. Il ignore où est passé ce document explosif. La veuve manquant finalement d'alibi, elle risque fort d'apparaître comme coupable. La presse d'extrême-droite est plus agressive que jamais quand l'affaire Stavisky est relancée…

 

Il est incontestable que Gilles Schlesser est l'un des écrivains les plus doués pour évoquer quelques épisodes de l'histoire parisienne. Certes, il est parfaitement documenté. Mais ce qui charme dans ses romans, c'est sa manière de restituer "avec naturel" l'ambiance qu'il décrit. Avec lui, on plonge sans effort dans le Paris d'époque, et on suit immédiatement son enquêteur dans ses recherches. Nous voici donc dans ces turbulentes années 1930, où se succèdent de nombreux scandales financiers. Des affaires exploitées par les groupuscules fascisants, antisémites et ultra-violents, royalistes et d'extrême-droite. Le cas Stavisky, sans doute le plus spectaculaire d'alors, s'accompagnait de ragots visant les hautes sphères de l’État. Existait-il des preuves, telle la "liste Héraclès" ? C'est plausible.

Si la toile de fond, c'est donc l'affaire Stavisky, il est aussi beaucoup question de Simenon et de son héros dans ce roman. Gardel ne cache pas sa perplexité concernant son collègue de fiction, le commissaire Maigret : “…certains traits de son caractère m'indisposent”. Ils n'ont ni la même vie, ni les mêmes méthodes, c'est exact. Quant à Georges Simenon, il est présent dans le récit : il invite Gardel à déjeuner. À ce stade de sa carrière, le créateur de Maigret lui semble “parvenu et vaniteux”, même s'il n'a pas d'antipathie envers lui. À travers interrogatoires et rencontres, Gilles Schlesser nous livre d'autres portraits nuancés finement. Tous les personnages nous paraissent "authentiques". Document secret à retrouver et identification de l'assassin vont de pair dans cet excellent suspense.

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