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Publié par Claude LE NOCHER

Jean-Pierre Alaux – Noël Balen : Raisin et sentiments (Éd.Fayard, 2016)

Ce mois de juillet est caniculaire sur le bergeracois, “ce coin de Périgord qui regardait vers la Guyenne et lorgnait dans son dos vers le Quercy, sans jamais s'être totalement affranchi de cette capitale régionale qui ne jurait que par le bordeaux. Du côté de Bergerac, on ne tenait pas en haute estime l'aristocratie des Chartrons. Et ce depuis des siècles et des siècles.” C'est autour de Monbazillac que le célèbre œnologue Benjamin Cooker et son jeune assistant Virgile Lanssien se rendent cette fois, commençant par une visite culturelle au château où vécut Michel de Montaigne. Sorte de retour au pays natal pour Virgile : il garde des souvenirs mitigés de sa jeunesse ici, mais reverra avec plaisir son amourette d'antan, Gaëlle Dumesnil, devenue une vigneronne émérite du secteur.

La responsable de la coopérative de Monbazillac souhaite que Benjamin Cooker les aident à contrer de récentes directives de l’Union européenne. Les technocrates de Bruxelles prévoient d’interdire la chaptalisation des vins liquoreux. Une absurdité, puisque c'est ce principe maîtrisé qui permet la production de Monbazillac. Certains vignerons utilisent des techniques différentes aujourd'hui, il est vrai. Tels les jumeaux Gaétan et Gontran Verdier, dont les méthodes biodynamiques font des jaloux. De malsaines rumeurs parlent de secte, à leur sujet. S'il hésite d'abord, Benjamin Cooker ira jusqu'au Ministère plaider la cause des viticulteurs. Après ses retrouvailles avec Gaëlle, Virgile comprend bientôt qu'elle ne tient pas à renouer avec lui, mais il ne renonce pas complètement.

Un crime a été commis au domaine de Truquevent, appartenant à la famille Rostand. Leur fille Clotilde est devenue avocate parisienne, et leur fils marié Julien a préféré le baroud militaire. C'est leur enfant adoptif Miko qui avait perpétué avec succès la tradition du vin. Originaire de Centrafrique, il fut “importé” ici parmi d'autres au temps où Bokassa était le propriétaire du château de Bridoire. Recueilli par le couple Rostand, ce Noir se montra à la hauteur. Il a été égorgé sur une ancienne stèle sacrificielle, ce qui peut faire penser à un rituel, ou plus simplement à un meurtre raciste. Le commissaire bordelais Barbaroux fait, une fois de plus, appel à Benjamin Cooker pour l'aider à résoudre l'affaire. L'œnologue n'en oublie pas pour autant sa mission, défendre les viticulteurs qui sont sous tension.

Si des commérages se sont naguère interrogés sur l'argent des Rostand, c'est maintenant l'aisance financière des jumeaux Verdier qui alimente les rumeurs. Leur comptabilité est sans doute opaque, mais est-elle illégale ? Sitôt après les obsèques de Miko, Clotilde et Julien Rostand sont prêts à vendre illico le domaine de Truquevent. Décision irrévocable, qui met en rage leur père et mine le moral de leur mère. Toutefois, Benjamin Cooker aura son mot à dire dans cette transaction…

 

Cette série de romans, “Le sang de la vigne”, en est à deux douzaines de titres. Chacune des intrigues explore un cépage, un terroir vinicole, ce qui permet de montrer une riche diversité de la viticulture française. Benjamin Cooker nous entraîne là dans une partie du Périgord qui ne manque pas de sympathiques produits de la vigne. Ah, le Monbazillac ! Si l'on a connu de charmantes aïeules qui, ponctuellement, se recevaient l'une l'autre autour d'une bonne bouteille de ce vin liquoreux accompagné d'un quatre-quart, voilà qui ravive de doux souvenirs. Elles ne s'alcoolisaient pas, nos grand-mères, mais appréciaient le goût sucré-fruité du Monbazillac.

Est-il vrai que, comme le suggèrent les auteurs, l'Europe veut “harmoniser” la fabrication des vins, au détriment du caractère particulier de celui-ci ? Il y a eu la même menace sur nos fromages les plus goûteux, autant de produits régionaux savoureux à préserver afin d'empêcher la standardisation. Détruire le savoir-faire n'est pas un progrès. Cette intrigue nous invite autant à y réfléchir, qu'à imaginer ces vignobles et les châteaux locaux (dont l'un appartint à Bokassa, ce grand ami d'un de nos présidents amateur de diamants). Sans oublier l'aspect criminel de l'affaire, bien sûr, mais sans qu'il s'agisse d'une stricte enquête. Un roman policier de bon aloi, d'une lecture vraiment agréable.