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Publié par Claude LE NOCHER

Vincent Ravalec : Bonbon désespéré (Éditions du Rocher, 2016)

Château-Les Églantiers est un lieu-dit sur la commune de Coumeyrac. Ce territoire isolé reste mal couvert par la téléphonie actuelle. Autour de son église du 12e siècle, Château-Les Églantiers est une ancienne halte sur la route de Compostelle. “Une guérisseuse réputée ─ une sorte de sainte ─ y bénissait les pèlerins.” Le jeune curé Berdoulle n'a plus tellement de paroissiens, aujourd'hui. À part la fringante Suzette, fille de la défunte bonne du regretté curé précédent, il ne fédère pas foule. Une secte réunissant des Portugais s'est développée par ici, grâce au culte imaginé par Henri Podeval.

En outre, Château-Les Églantiers fut autrefois un haut-lieu de la confiserie. Même si l'entreprise de Philippe Vanderlan, maire et châtelain du cru, fabrique encore des bonbons, ça n'a plus le prestige du passé. Avec ses amis Lionel Esquirol et Cyprien Darmagnacq, le maire espère relancer l'activité locale. Grand lecteur de romans policiers, ayant tâté de la criminologie, Philippe Vanderlan a essayé de créer un festival théâtral, avec des pièces à suspense. L'idée n'a pas séduit grand monde. Pour l'opération qu'il prépare avec ses deux adjoints, il a engagé une attachée de presse issue du milieu cinématographique, Martine Secret-Duval. Celle-ci y voit une aubaine car elle en a sa claque des sphères parisiennes.

Son cousin cameraman Zéphir la rejoindra pour filmer la procession dédié à la Sainte de Château-Les Églantiers. La fête se passera autour de la statue érigée devant l'église, représentant un gros bonbon dégoulinant. Un petit évènement à médiatiser, mais Philippe Vanderlan a prévu de corser cette célébration. Anonymement, il a fait venir le délinquant Seb Dafi-Dakir avec ses deux complices, le Bègue et Maurice. Ceux-ci espèrent dérober un tableau de valeur. Certes, il s'agit d'un trio de tocards, mais aussi nuls soient-ils, ces trois-là peuvent faire preuve de dangerosité. Surtout Maurice, le plus excitable de la bande.

Mathilde est la fille de Philippe Vanderlan. Hermione est la meilleure amie de la jeune fille, originaire du même hameau. Australienne, Samantha est la petite copine de Mathilde, qui n'aime que les filles depuis sa première expérience d'ado avec Suzette. Hermione, qui flirta avec son amie Mathilde, est quelque peu jalouse de Samantha. Le père de la jeune Australienne s'inquiète pour sa progéniture. Aussi a-t-il pris à son service le détective Maxime, chargé de la surveiller. Les trois jeunes femmes ayant décidé de passer le week-end à Château-Les Églantiers, sans en prévenir le châtelain, Maxime suit le mouvement. Non sans avoir remarqué le charme de Martine Secret-Duval, lors du trajet en train.

Ce qui précède, l'écrivain-bibliothécaire Origène Pildefer l'avait prédit dans son nouveau roman. Un manuscrit refusé par les éditeurs, comme ses précédents livres. Mais il est convaincu que son œuvre influence la réalité. Ces gens et ces situations, il les a décrits dans sa fiction. Il va donc suivre les protagonistes sur le terrain, tout en essayant de rester en contact avec les membres de l'atelier d'écriture qu'il anime. En espérant, bien que s'annonce une météo tempétueuse, que le dénouement sera moins sombre que dans son roman…

 

Ne cherchons pas à situer géographiquement Château-Les Églantiers, l'essentiel est que ça se situe dans les confins oubliés de notre terroir. Par contre, afin d'obtenir un regain de notoriété, ce lieu-dit cherche à s'inspirer de Bugarach. Ce village du Sud, cher à tous les adorateurs de fées, de lutins, d'elfes et de farfadets, n'est-il pas habité par une énergie extraordinaire, tellurique, cosmique ? “Bugarach permettait des reprogrammations de chakras, des annulations karmiques, des entrebâillements divinatoires… Et surtout, surtout, Bugarach allait être épargnée par l'Apocalypse proche.” Une arnaque à reproduire partout où il ne se passe rien, comme dans les environs de Coumeyrac. Du surnaturel, une procession et un petit fait divers, tout cela filmé, c'est le succès médiatique assuré.

On l'aura compris, c'est une comédie polar que nous raconte ici Vincent Ravalec, auteur de “Cantique de la racaille” (1994, récompensé par le Prix de Flore). Ne se contentant pas d'une narration linéaire, qui eût pu être déjà sympathique, Ravalec y ajoute du “style”, conformément à la définition qu'il donne dans les premières pages de ce livre. Avec une forme particulière de “mise en abyme”. Au fil des scènes, on saute d'un personnage à l'autre, puis aux suivants. Ceux-ci sont nombreux, il l'avoue. Ils sont tellement différents et typés, que l'on n'éprouve aucune difficulté à les identifier, à les placer dans le puzzle. Et tout ça alimente une délicieuse intrigue à suspense, aux multiples péripéties. Un roman d'une certaine originalité, qui mérite un large lectorat.