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Publié par Claude LE NOCHER

Dashiell Hammett : Terreur dans la nuit (Fleuve Éditions, 2016)

En 1931, Dashiell Hammett est âgé de trente-sept ans. Il est au sommet de sa gloire : son troisième roman “Le faucon maltais” a connu un triomphe, et son nouveau titre “La clé de verre” rencontrera aussi cette année-là un gros succès. Installé à Hollywood, il est scénariste pour la Paramount. C'est alors que naît le projet d'une anthologie de nouvelles horrifiques, sélectionnées et préfacées par Dashiell Hammett. À l'origine, le recueil compte vingt textes, mais la plupart des éditions ne présentent que les dix nouvelles réunies ici. Dans la préface, Hammett met l'accent sur l'exigence stylistique, sur l'efficacité des textes destinés à faire frémir le lecteur. Plutôt que de l'effrayer, l'auteur doit le surprendre tout en restant dans un certain réalisme. Ce que réussissent à faire ces dix nouvelles.

Le texte de John Collier “Pensées botaniques” illustre parfaitement l'étrangeté de ce genre de nouvelles. À Torquay, dans le sud de l'Angleterre, M.Mannering est un passionné des orchidées. Alors qu'il vient de recevoir une nouvelle plante, plus insolite que d'autres de ses orchidées, il se produit de curieuses disparitions autour de lui. Que sont devenus sa sœur Jane et le chat de celle-ci ? Il aurait préféré que ce soit son neveu, une fripouille de la pire espèce prompt à dilapider l'argent, qui disparaisse. M.Mannering va être le témoin impuissant de la suite de l'histoire. “La maison” du court texte d'André Maurois, cette jeune femme l'a souvent vue dans ses rêves. Elle la cherche, et finit par la découvrir, dans une vallée voisine de L'Isle-Adam.

Dans “Mise à mort” de Peter Fleming, le neveu d'un aristocratique châtelain raconte à son interlocuteur de hasard les mésaventures de son oncle. Lord Fleer ne voit guère l'utilité de se conformer aux règles de vie de ses contemporains. Rester à l'écart du monde ne l'a jamais dérangé. Malgré tout, il a recueilli une grosse réfugiée belge pas causante et assez désagréable, qui sera son héritière. Un peu décevant pour son neveu, qui devait bénéficier de ses biens. Il s'en accommode d'autant mieux qu'un danger plane autour de son oncle. La mort de quelques brebis n'est que le préambule à d'autres drames. Dans “L'araignée” de l'auteur allemand Hanns Heinz Ewers, une série de suicides mystérieux s'est produite dans un hôtel parisien : la chambre n°7 semble maudite, au point que tous les clients ont déserté l'établissement. L'étudiant en médecine Richard Bracquemont convainc le policier qui enquête sur l'affaire qu'il trouvera l'explication. À condition, sans doute, de ne pas se laisser distraire par Clarimonde, la jolie voisine de l'immeuble d'en face.

Dans “Au bord du gouffre” de L.A.G.Strong, Maurice doit passer l'après-midi à Londres avec son épouse Muriel. Mais il a élaboré un plan machiavélique pour supprimer Vera, sa maîtresse. Une suite d'alibis millimétrés, calculés au plus juste. Peut-être fait-il trop fonctionner son cerveau, d'ailleurs. “La vengeance de la sorcière” de W.B.Seaborne a pour décor la Provence, aux Baux. Quand le jeune et cartésien Philippe est victime d'une insolation, il se refuse à croire au surnaturel. Pourtant, la mère Tirelou est bien intervenue pour qu'il cesse de courtiser sa petite-fille Maguelonne. Les entrailles de la demeure de la vieille sorcière cachent de maléfiques secrets.

Dans “Foi, espoir et charité” d'Irvin S.Cobb, trois criminels européens ont été transférés par le train vers la côte Est des États-Unis, en vue de leur extradition. Redoutant les châtiments prévus par la justice de leurs pays respectifs, ce Français, cet Italien et cet Espagnol se sont évadés du train. Ils ne manquent pas d'ingéniosité, mais n'échapperont pas à leur destin, chacun à son tour. “La musique d'Erich Zann” de H.P.Lovecraft met en scène un étudiant, qui fut intrigué par son voisin d'immeuble, un pitoyable vieux violoniste. Les mélodies cacophoniques qu'il tirait de son instrument, étaient-elles diaboliques, ou s'agissait-il d'un compositeur de génie ? Une expérience et une adresse, rue d'Auseil, que l'étudiant ferait bien d'oublier.

Dans “Le roi des chats” de Stephen Vincent Benét, le chef d'orchestre Tibault – qui donne une série de concerts aux États-Unis – apparaît étrange à Tommy Brooks. Le charisme et le talent de Tibault fascinent, entre autres, une princesse que convoite Tommy. Beaucoup s'interrogent sur l'appendice caudal du chef d'orchestre. Un dîner mondain avec Tibault, chez la tante de Tommy, apportera-t-il des éclaircissements ? Dans Au-delà de la portede Paul Sauter, le neveu du défunt Godfrey Sarston veut connaître les secrets de la maison inquiétante de son oncle. Avec son dédale de passages secrets et ses insectes punaisés au mur, la demeure effraya la fiancée de Sarston, au point qu'elle le quitta. Les carnets intimes de son oncle permettront au neveu d'amener la police dans les espaces les plus secrets de cette maison.

Ce recueil de nouvelles, présenté par Natalie Beunat, restait inédit en traduction française. Des textes remarquables qui, à juste titre, séduisirent Dashiell Hammett. Et que les lecteurs captivés apprécieront, soit en souriant, soit avec un frisson de plaisir.