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Publié par Claude LE NOCHER

Jean Failler : Avis de gros temps (Éd.du Palémon, 2016)

C'est "au mérite", que la jeune policière quimpéroise Mary Lester a gravi les échelons dans son métier. Généralement épaulée par son coéquipier costaud Jean-Pierre Fortin, elle n'a jamais hésité à se frotter aux enquêtes épineuses, aux cas en apparence insoluble. Forte de multiples succès, Mary Lester accède aujourd'hui au grade de commandant de police. Sans doute Ludovic Mervent, conseiller à l’Élysée avec lequel elle a parfois collaboré, a-t-il accéléré cette promotion pour Mary, Fortin et leur collègue Gertrude Le Quintrec. Personne n'en contestera néanmoins le bien-fondé. Mervent ne tardera pas à avoir besoin de ses services, lui proposant même un poste très avantageux qu'elle refusera. Toutefois, restant dans l'ombre, Mary va s'occuper indirectement d'une affaire qui fait grand bruit.

Les médias se sont largement fait l'écho du vol de cinquante kilos de drogue au cœur des locaux de la Brigade des Stups, au 36 Quai des Orfèvres. Les fuites sont de plus en plus courantes au sein de la police, au mépris de la présomption d'innocence. Grâce à des caméras de surveillance, on a identifié le lieutenant Frank Letanneur, trente-six ans, dont dix comme policier. Les biens immobiliers qu'il possède dans le Sud laissent penser qu'il dispose de ressources illégales, même si c'est son épouse qui en a hérité. Le flic Pellego est à la fois un ami du suspect et de Fortin. C'est lui qui, en premier, attire l'attention de Mary Lester sur ce qu'il estime être une injustice. Pour Pellego, les indices sont loin d'être probants. Connaissant mal les arcanes de la police parisienne, Mary hésite à sen mêler.

Pourtant, les noms de collègues apparaissant dans ce dossier – Mercadier et Lucile Darle – excitent la Quimpéroise. S'il y a des coups fourrés, ces deux-là peuvent être impliqués. On doit s'interroger sur un troisième personnage, Ange Venturini, le patron de la Brigade des Stups. La gestion des stocks de drogue saisis, sous scellés, n'est probablement pas aussi stricte qu'il le faudrait. Le rôle de l'épouse de Venturini pose également question. Car, selon son témoignage, Letanneur a apporté les deux sacs "de drogue" à cette femme. En réalité, il s'agit de kapok, une fibre légère utilisée jadis pour les gilets de sauvetage. Mary a obtenu de Ludovic Mervent que Letanneur soit assigné à résidence à Bénodet. Avec sa famille, ce qui les met à l'abri de manigances potentiellement dangereuses.

Consciente qu'il est fréquent que de la drogue soit cachée en box privé, Mary suggère à Mervent de lancer à Paris une opération visant quantité de garages personnels suspects. Il est possible que l'initiative révèle des failles dans l'organisation des Stups. Bien qu'elle ne dévoile pas sa mission menée depuis la Bretagne, Mary préfère que les échanges avec ses interlocuteurs se fassent hors de l'univers policier. Tant pis si elle passe pour une parano. Elle n'oublie pas que Mercadier, Venturini, Lucile Darle, appartiennent aux hautes sphères de la police. La piste de Caroline Vialatte, une escort-girl, fera-t-elle avancer l'enquête ? Une affaire qui ne se conclura pas sans qu'il y ait des victimes…

 

L'intrépide Mary Lester donne une nouvelle fois rendez-vous à ses lecteurs, très nombreux à suivre cette série de romans policiers. Faut-il le rappeler ? Mary est une jeune femme ne manquant ni de caractère, ni de témérité, mais dont la vie quotidienne n'est par ailleurs pas exceptionnelle. C'est évidemment cet aspect ordinaire qui marque les esprits et séduit ses admirateurs. Si elle nous a habitués à voyager en Bretagne et sur la côte Atlantique, à s'immiscer avec hardiesse dans des affaires de terrain, elle opère ici d'une autre manière. Ce qui offre un tempo sans précipitation, mais n'empêche pas maintes péripéties. Outre l'habituelle fluidité narrative caractéristique de Jean Failler, ça permet également à l'auteur de développer le côté ironique ou malicieux de Mary.

À la base de cette fiction, est évoquée une affaire qui a fait grand bruit, et qui a entaché l'image du célèbre 36 Quai des Orfèvres : la disparition de cinquante kilos de drogue à la Brigade des Stups. Il est certain que quantité de citoyens ont été surpris, voire choqués, qu'un tel vol puisse se produire. N'importe quel quidam n'ayant pas accès aux stupéfiants stockés, c'est logiquement "en interne" qu'on a trouvé le coupable. Il n'en reste pas moins que ce "dysfonctionnement" prouve que la frontière peut s'avérer mince entre banditisme et police, si on n'y prend pas garde. Quant à la présomption d'innocence, à qui s'applique-t-elle de nos jours ? Bien sûr, quand les médias en rajoutent, ça n'arrange rien… Laissons Mary Lester faire la lumière dans cette histoire, même si ce roman ne prétend pas afficher le véritable contexte de ce dossier.