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Publié par Claude LE NOCHER

Johanne Seymour : Le cri du cerf (Eaux-Troubles Éd., 2016)

Kate McDougall est une femme de quarante-cinq ans vivant désormais dans les Cantons-de-l'Est. Elle fut mariée vingt ans plus tôt, mais le divorce arriva vite. Kate a longtemps été policière au quartier général de la Sûreté du Québec, à Montréal. Elle appartenait au service du lieutenant Paul Trudel, avec lequel elle a eu une brève liaison. Si elle a quitté la SQ, c'est à cause du sergent-chef Brodeur, peu consciencieux, arriviste et manipulateur, auquel elle se heurta violemment. Maintenant suivie par une psychiatre, Kate a accepté un poste de policière à Brome-Perkins, à près de cent kilomètres de Montréal. Habitant un chalet au bord d'un petit lac, elle n'a plus à s'occuper de crimes, juste de méfaits locaux.

Pourtant, ce matin-là, elle découvre le corps d'une fillette de neuf ans dans le lac près de chez elle. Violaine Dauphin a été égorgée ailleurs avant d'être placée ici, malgré l'accès difficile au lac. Sa disparition toute récente a été signalée à Magog, une ville proche. Ses parents n'apparaissent nullement suspects. Puisque Paul Trudel et Brodeur vont superviser cette enquête, Kate est priée de ne pas s'en mêler, d'autant qu'elle peut être soupçonnée. Toutefois, son amitié avec le légiste Sylvio Branchini et sa famille lui permet d'obtenir le rapport d'autopsie. Son partenaire flic, l'anglophone Todd Dawson, ferme les yeux car il a compris que l'affaire la perturbait fortement. En effet, Kate est sujette à des cauchemars mortifères, venus de son enfance. Ce qui inquiète quelque peu la psy qui suit son cas.

La petite Mélanie Chassé était aussi âgée de neuf ans. Elle a été également égorgée dès son agression. Certes, son père est un homme brutal, mais il possède un alibi. Quoi qu'il en soit, on retrouve des indices similaires autour des deux meurtres : de la gaze, et des jetons de Scrabble. Ainsi qu'un message, qui pourrait bien s'adresser à Kate. Paul Trudel autorise Kate a participer à l'enquête, avec les policiers de la SQ Labonté et Jolicœur. Une décision qui mécontente le sergent-chef Brodeur, mais Trudel le remet à sa place. Si Kate est visée par le criminel, quel est le sens de ces crimes ? “Je n'ai pas l'impression que le lien est professionnel. Du moins pas dans le sens d'une vengeance. Il ne s'attaque pas à sa famille ou ses amis” estime Labonté. Une sorte de rituel, peut-être ?

C'est dans un étang tout proche du bureau de police de Brome-Perkins qu'est retrouvé le troisième cadavre d'une fillette de neuf ans égorgée. Il ne peut plus subsister de doute. La pauvre gamine ressemble d'ailleurs beaucoup à Kate vers cet âge. La médiatisation bat son plein, entraînant une pression de la hiérarchie, ce qui ne facilite pas le rôle de Trudel. Quant à Kate, stressée et dormant peu, elle cause un incident chez sa psy. Il n'est pas mauvais que Paul et elle se rapprochent intimement, pour faire face. Si la découverte de plusieurs autres corps d'enfants est une mauvaise surprise, cela fait progresser l'affaire à grand pas. Cette avancée concerne en priorité Kate, lui permettant de dénicher le nom d'un certain Thomas. Ce septuagénaire côtoie effectivement “la Bête” tueuse de fillettes…

 

Depuis 2012, les Québécois passionnés d'intrigues à suspense ont un rendez-vous annuel à Lac-Brome, dans les Cantons-de-l'Est : "Les Printemps meurtriers de Knowlton". C'est Johanne Seymour qui est la présidente-fondatrice de ce festival, accueillant de grands noms de la littérature policière et du roman noir. Depuis une dizaine d'années, elle est l'auteure de cinq enquêtes de Kate McDougall, et d'autres romans (“Wildwood”, “Rinzen”). Aux lecteurs européens francophones de découvrir son œuvre aujourd'hui, puisque ses livres commencent à être plus facilement disponibles chez nous.

Les spécialistes québécois du polar ne s'y sont pas trompés : le style de Johanne Seymour est fluide, direct, servi par de cours chapitres, entretenant un sympathique suspense, tout cela n'étant pas dénué d'une certaine noirceur. Dans ce premier opus, où nous faisons la connaissance de la policière Kate, on s'aperçoit rapidement de la fragilité psychologique de celle-ci. Non pas qu'elle manque de caractère, bien au contraire, mais il existe des failles dans son parcours de vie. Si la dernière en date est due à un collègue véreux, ce n'est pas la seule. N'en dévoilons pas davantage, la progression de l'histoire peaufine son portrait, et ceux des gens qui l'entourent. Un roman d'enquête dans la très bonne tradition.