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Publié par Claude LE NOCHER

Anne-Solen Kerbrat : Là où tout a commencé (Éd.du Palémon, 2016)

Le commandant de police Jean-Louis Perrot, père de famille divorcé, avec son collègue et ami célibataire le capitaine Hubert Lefèvre, sont en poste à la PJ de Bordeaux. Leur supérieur, le commissaire Law, est un Anglais qui ne maîtrise pas toutes les subtilités de la langue française. Ils sont chargés d'enquêter sur la mort suspecte de Tania Borel, âgée de trente-trois ans, habitant avec sa famille dans un lotissement de la région bordelaise. Ce sont les deux fillettes de la victime qui ont découvert le corps. Chauffeur-routier, le mari Jérémy Borel était absent, et semble posséder un bon alibi. Le père et ses filles ont trouvé provisoirement refuge chez Karine Plassard, leur voisine.

Mortellement frappée avec un tisonnier, où l'on a effacé les empreintes, Tania Borel n'a pas subi de violences sexuelles. Les deux policiers interrogent les proches, les voisins et les employeurs du couple. Ils apprennent que Tania avait perdu son emploi depuis plusieurs mois, sur des soupçons injustifiés. La jeune femme n'en avait pas parlé à son mari. Sans doute craignait-elle la réaction de Jérémy. Les témoignages des ex-collègues féminines de Tania sont contrastés, mi-positifs, mi-négatifs. Dans l'ensemble, le portrait de la victime apparaît plutôt lisse. Un peu trop, probablement. Perrot sait qu'il ne faut pas se baser uniquement sur ce qu'en disent les témoins, fielleux ou amicaux.

Damien est divorcé de son ex-femme Karen. Ils ont eu une fille ensemble, Capucine. Il vit désormais avec Annabelle, formant un couple harmonieux. Sauf qu'Annabelle n'arrive pas à être enceinte. Des analyses médicales faites sans en avertir Damien indiquent que c'est lui qui est infertile. Ce qui pose question quant à la paternité, dans le cas de Capucine. Femme directive, Karen paraît dénuée de sensibilité, assez égoïste même si elle adore sa fille. Malgré la stérilité de Damien, quelques mois plus tard, Annabelle est enceinte. Ce qui provoque un certain agacement chez Karen. C'est impossible, elle est bien placée pour le savoir. Peut-être Karen risque-t-elle de représenter une manque pour Annabelle.

Bruno et Stéphane sont eux aussi en couple. Le désir d'avoir un enfant les perturbent de plus en plus. “Ils ne sont pas moins valables que d'autres. Ils sont même sans doute par bien des aspects des gens meilleurs que beaucoup. Et Bruno sent qu'ils feront des pères formidables...” Mais légalement, bien que leurs métiers soient une garantie de stabilité, c'est encore difficile. Voire interdit, s'ils avaient le projet de faire appel à une inconnue. À cause de leurs activités très prenantes, ils apprennent tardivement la mort de Tania. De leur côté, le binôme de policiers progresse lentement, collectant quelques pistes. Ce qui n'empêchera pas un autre meurtre, commis par le même assassin…

 

Il est bon de différencier la forme et le fond, dans ce roman. L'auteure nous présente une enquête policière balisée, dans les règles de l'art. Elle ne se prive pas d'ajouter quelques détails privés sur ses deux flics, ce qui leur donne une vraie consistance, une crédibilité. C'est aussi l'occasion de provoquer des moments souriants, aux dépens de leur supérieur, ou sur la voracité d'un des policiers. Indices et hypothèses sont suggérés sans lourdeur, au fil de leurs investigations.

C'est évidemment le contexte, on ne peut plus actuel, qui rend très intéressant ce roman. Depuis toujours, c'est naturel, la plupart des couples souhaitent avoir un ou des enfants. Mais la société a évolué, de nouvelles possibilités existent. Une seconde union après un divorce, ou des couples homosexuels : on n'est plus dans la situation familiale traditionnelle. Tout ça n'induit aucune perversité, mais peut compliquer la vie des conjoints. Voilà ce qui pimente l'intrigue concoctée par l'auteure, dans ce bon suspense.

 

Les huit romans policiers d'Anne-Solen Kerbrat sont disponibles aux Éditions du Palémon : Dernier tour de manège à Cergy, Mi Amor à Rochefort, Jour maudit à l'Île-Tudy, Bordeaux voit rouge, Saint-Quay s'inquiète, Cure fatale à Nantes (rééditions), Par-delà les grilles, Là où tout a commencé (inédits). Coup d'œil sur les deux premiers titres de cette série, qui met en scène les enquêteurs Perrot et Lefèvre.

"Dernier tour de manège à Cergy" – Prix du Goéland Masqué, Penmarc'h, 2006.

Jean-Louis Perrot enquête, suite à la découverte du cadavre d’une jeune fille dénudée sur le manège de la base de loisirs de Cergy-Neuville. Juliette, seize ans, était la fille de Paul Bordenave et Céline Goodwill, divorcés. Le père, absent la veille, et sa compagne sont bouleversés. La mère ne masque pas sa propre fragilité. Juliette devait passer la nuit chez son amie de lycée, Adèle. Celle-ci ne peut expliquer ce qui s’est produit. Perrot s'interroge sur deux proches de Juliette : sa tante Marianne, antiquaire, et son oncle Louis, peintre. Leur sensibilité s’accorde mal avec le clan des Aciéries Bordenave, aujourd’hui dirigées par leur frère Paul. L’ancien petit ami de Juliette n’est pas concerné. Elle était enceinte de son nouvel amant, non identifié. Le policier est sensible au charme de Céline, laquelle reste marquée par le décès brutal de son père adoré. Un témoin fournit une piste sérieuse : il a vu le père d'Adèle et sa maîtresse sur la base de loisirs cette nuit-là. Celui-ci a déjà eu des ennuis avec la justice...

"Mi Amor à Rochefort"

Perrot et Lefèvre enquêtent à Rochefort, en Charente-Maritime. On y découvre successivement trois cadavres dénudés et mutilés. La première victime, Nathalie Bonneau, était une assistante sociale ayant de sérieux problèmes de couple. Néanmoins, son mari semble effondré. Le second mort est Eric Soubise, directeur d’un service social. Sa séduisante veuve, ne paraît guère le regretter. Le troisième se nommait Jacquard, prof de Langues Orientales. Il paraissait apprécier les belles asiatiques, parfois mineures. En ce froid mois de février, les deux policiers interrogent témoins et proches des victimes. Des analyses ADN sont demandées. Le nommé Bobo se promène souvent non loin des lieux de ces crimes, piste incertaine. Sur chaque cadavre, on trouva une sorte de signature : N.A.T. Dans les archives des victimes, des lettres anonymes, dont on ne tarde pas à connaître l’auteur. Ce Stéphane Plie fut condamné à dix ans de prison. L’avis des deux intervenants sociaux pesa contre lui. Il affirme toujours que ce fut un accident. Les deux policiers harcèlent Stéphane Plie, qui nie ces trois meurtres...