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Publié par Claude LE NOCHER

Claude Joste : La came de l’été (Fleuve Noir, 1968)

Fin des années 60, Patrick et Renata sont un couple d’étudiants d’environ vingt-cinq ans. Cet été-là, dans la 403 bariolée du jeune homme, ils se rendent à Florence, ville d’origine de Renata. Alors qu’ils font une pause en Provence, quelqu’un est abattu dans sa voiture, non loin d’eux. Patrick ne tarde pas à s’emparer du portefeuille de la victime, contenant une belle somme en billets, et de sa mallette. Le couple n’a pas l’intention de prévenir la police. D’autant moins qu’il y a quantité de sachets de cocaïne dans la mallette, ce qui représente beaucoup d’argent. Renata pense trouver preneur à Florence. Sur place, c’est au club "Le voyage", avec sa faune hippie, qu’elle recherche son amie Gennie Volapo.

Le couple rencontre Paolo, un rebelle aux cheveux longs, qui est proche de ladite Gennie. En compagnie de la blonde Erika et d’Olaf, autres "invités" hippies, Renata et Patrick vont camper dans l’appartement de Gennie, baptisé "La roulotte". Entre-temps, le couple a prudemment planqué la mallette. Quand Renata est abordée par deux émissaires du trafic de drogue, alors qu’elle fait des emplettes, il y a matière à s’inquiéter. Face au danger, Gennie et Paolo estiment qu’il est préférable que tous les six restent enfermés, à l’abri dans l’appartement. Ces partisans du "Faites l’amour, pas la guerre" n’ont rien contre cette idée. Néanmoins, Renata finit par quitter l’endroit sous un faux prétexte.

Le commissaire parisien Jérôme Thiébaut s’est rendu à la morgue de Marseille, après le meurtre du conducteur dont Patrick et Renata ont été témoins. Même si délinquance et crime changent à Marseille, selon son collègue le commissaire Valade, cette exécution est attribuable au "milieu" traditionnel, celui qui dirige le trafic de drogue. Dans la calanque de la Redonne, Thiébaut part à la pêche… aux renseignements. Adèle, ex-maquerelle, et son compagnon Pascal, ancien truand corse, ne peuvent assurément pas dire tout ce qu’ils savent. Malgré tout, le commissaire parisien n’a pas de mal à traduire "l’historiette" que lui raconte Pascal, comportant des indications fort utiles.

C’est ainsi que, sous l’égide d’Interpol, Jérôme Thiébaut a rejoint à Florence son confrère italien, le commissaire Aldo Ortelli. Son équipe de lutte contre les trafiquants ne tient pas à collaborer avec la Questura de Florence. Le but est de remonter l’ensemble de la filière. L’appartement de Gennie est sous surveillance. Quand Renata en sort, peut-être afin d’aller voir la police, ça provoque immédiatement l’interpellation de Patrick et de Gennie. Renata et Patrick négocient leur collaboration avec les deux commissaires, en échange d’une éventuelle prime. La première tentative de contact avec le chef du trafic se termine de façon explosive. Le couple est certain que c’est en mettant la pression sur le barman du club "Le voyage" que, sous le contrôle des policiers, ils approcheront l’adversaire…

 

De 1965 à 1987, Claude Joste fut un des plus productifs auteurs des éditions Fleuve Noir. Il débuta avec des romans de guerre dans la collection Feu, écrivit dès 1971 de nombreux romans d’espionnage, et publia une grosse soixantaine de titres dans la collection Spécial-Police. Son enquêteur récurrent est le commissaire Jérôme Tiébaut, fumeur de pipe tel Maigret. Bien qu’en poste à Paris, il voyage en France au gré des affaires traitées, parfois même à l’étranger. Selon les cas, il a pour adjoints plus ou moins attitrés des inspecteurs. Des histoires où l’on joue sur les ambiances, soit au sein d’un groupe de personnes, soit dans des lieux bien décrits (ici, une calanque marseillaise et la ville de Florence).

Avec “La came de l'été”, Claude Joste présente un honnête roman policier. Le thème du trafic de drogue n’a rien d’original, c’est vrai. Ce qui est plus intéressant, c’est l’évocation des jeunes de la génération "peace and love" de l’époque (on est en 1968). Le besoin de liberté, y compris sexuelle, qui habitait cette jeunesse peut apparaître tel un témoignage pour les lecteurs actuels. L’auteur ne caricature pas tant que ça leurs comportements ou leurs aspirations. L’intrigue n’est donc pas dénuée d’aspects sociologiques.

Autre point à noter, l’évolution de la délinquance à Marseille : “Avant, il y avait le mitan et les caves. Barrière infranchissable. On était l’un ou l’autre. Maintenant, il y a les amateurs, les voyous mi-pédés mi-gonzesses. On casse un peu, on bricole. Ça vous vole une voiture, vous corrige des bourgeois au sortir d’un bal et ça se poivre au chanvre [indien, marijuana]… C’est comme pour les filles. Tenez, avant il y avait les professionnelles. Maintenant je peux vous présenter des petites vendeuses mignonnes comme tout qui font du supplément en sortant du boulot ou entre midi et deux…”

Un scénario riche en péripéties, une narration limpide, pour un polar qui se lit encore avec un plaisir certain.