Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claude LE NOCHER

Giorgio Scerbanenco : Du sang sur le parvis (Plon, 1972 – 10-18, 1984)

À Milan, Mario est un voleur à la tire âgé de trente ans, un pickpocket récidiviste qui sort tout juste de la prison de San Vittore. Obtenir enfin un travail stable, alors que ça fait quinze ans que la société l’oblige à vivre de petits larcins ? Trop tard ! Mario retrouve bien vite Giovanna, sa complice pour le vol à la tire. Il faut rapidement se procurer de l’argent. Mario doit également clarifier la situation auprès de Caterina Ronaldi. Assistante sociale d’une vingtaine d’années, elle est éperdument amoureuse de Mario. Ce que la mère de Caterina ne voit pas d’un bon œil. Néanmoins, le couple s’offre un petit voyage jusqu’à Orvieto, célèbre pour sa cathédrale Le Dôme et ses musées. Un long trajet depuis Milan, mais Caterina en rêvait depuis fort longtemps.

S’étant brièvement absenté, Mario découvre la jeune femme égorgée dans leur voiture, qui appartient à Giovanna, place du Dôme. Il est repéré par un trio d’étudiants barbus, dont Josué Brignone, leader anarcho-gauchiste. Les carabiniers sont alertés, mais Mario prend bientôt la fuite en voiture, avec le cadavre de Caterina. Son périple en train le mène de Civitavecchia à Milan, où il rejoint Giovanna. Celle-ci sait où se réfugier : au village de Passignano, près de Pérouse. Là-bas, ils sont accueillis par le grand Carlo et Rosa, couple de septuagénaires vivant dans leur ferme. Ceux-ci ne doutent pas de la version de Mario, quand il clame son innocence. Il faut prendre quelques précautions : cacher leur voiture, être prêts à disparaître momentanément quand les carabiniers passent à la ferme.

Toutes les forces de polices traquent effectivement Mario. Le portrait qu’a dessiné Josué Brignogne est, hélas, très ressemblant. L’étudiant anar n’aime guère les flics, néanmoins il s’implique avec ses amis pour rattraper Mario. Seule la mère de Caterina répond, dans un article de journal, qu’il n’est certainement pas coupable. Voleur, oui, mais pas tueur. Mario doit se disculper par ses propres moyens. Changeant d’aspect, il repasse à Milan afin que la mère de Caterina lui cite les proches de la victime. Il obtient dix-huit noms, encore que ce ne soit pas facile de les contacter dans sa situation. Giovanna s’inquiétant pour Mario, elle est revenue à Milan de son côté. Elle ne tarde pas à avoir des ennuis avec les policiers de la Questure, mais la jeune femme leur tient tête bravement.

Bien que surveillée par la police, Giovanna va ruser pour leur échapper. Mario n’en a pas fini avec le leader anar Josué Brignogne et ses amis barbus, dont le gros Berto qui cogne volontiers. Parmi eux, la belle Raffaella, dont l’oncle est un vieil avocat influent. La tension a déclenché chez Mario une crise de paludisme, qu’il faut soigner. Après quoi, il adopte un look étudiant façon John Lennon, afin d’enquêter sur les proches de Caterina. Quant à Giovanna, ses soucis avec la police ne sont pas terminés. Puisque le crime s’est produit à Orvieto, c’est dans cette ville que Mario espère enfin dénicher des indices…

 

Né en 1911, Giorgio Scerbanenco est décédé en 1969. C’est en 1971 que fut publié “Ladro contro assassino (Du sang sur le parvis), traduit en 1972 chez Plon, puis réédité dans la collection Grands Détectives chez 10-18, en 1984. Il ne s’agit pas d’un des quatre romans noirs ayant pour héros Duca Lamberti, qui valurent la célébrité à l’auteur. Pourtant, c’est aussi une histoire très réussie. Parce qu’elle exploite un thème solide de la littérature policière : l’innocent qui doit démontrer seul qu’il n’est pas un assassin. Pour ce faire, il va voyager entre plusieurs villes italiennes : Milan, Arrezo, Orvieto et un village de la région de Pérouse. Des tribulations mouvementées, comme il se doit.

Scerbanenco n’avait pas son pareil pour décrire les personnages. Y compris ceux ne jouant qu’un rôle annexe, tels d’anciennes connaissances de la victime, ou un conducteur qui est suspecté par Mario. De même, quelques réactions de la mère de Caterina suffisent à nous faire comprendre sa tolérance derrière son apparente réprobation. Le portrait de Josué, le leader anar (comparé au Cohn-Bendit d’alors), témoigne de l’époque propice à la rébellion sociale. D’autres protagonistes sont également bien mis en valeur. C’est le couple Mario-Giovanna qui est au cœur de l’affaire. Vivotant de petits vols, n’étant même pas amants, ils se complètent, et gagnent immédiatement notre sympathie.

Un très bon polar de Giorgio Scerbanenco, à redécouvrir.