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Publié par Claude LE NOCHER

Hervé Huguen : Silence fatal (Éd.du Palémon, 2016)

Le commissaire Nazer Baron est en poste à la brigade criminelle de Nantes, entouré de son équipe : Hubert Arneke, Conny Nochet et quelques autres policiers. Le voici confronté à une série de meurtres. La première victime a été découverte à l'intérieur d'une malle de voyage, sur le quai des Antilles du port de Nantes. L'homme a été abattu avec une arme de petit calibre. Âgé de trente-deux ans, Boris Frilac était commercial, installé ici depuis quelques années, dans la région d'origine de sa compagne. Il n'a pas "d'antécédents" qui puisse expliquer son exécution. Plus curieux encore, c'est sur l'île Dumet qu'est retrouvé le deuxième cadavre. Située au large de la presqu'île de Guérande, proche de l'embouchure de la Vilaine, cette petite île rocheuse est inhabitée de longue date, non desservie par une liaison maritime. La deuxième victime n'a évidemment pas été tuée à cet endroit.

Le corps est celui d'Edgar Murlon, chauffagiste quinquagénaire de Chateaubriand. Lui aussi a été abattu par une arme de petit calibre. Ce n'est pas l'unique point commun entre cet artisan confirmé et le jeune commercial. Sur les cadavres, figurent les mentions "premier innocent" et "second innocent". Ce qui ne signifie pas que la série s'arrêterait là. Baron et Arneke interrogent la veuve d'Edgar Murlon : ce dernier a disparu alors qu'il se rendait à Louisfert. En effet, son fourgon est découvert près d'une maison vide, où l'assassin lui fixa rendez-vous. Avec la magistrate Alexiane Kerneis-Le Hir, Baron cherche l'improbable lien entre les deux victimes. Frilac et Murlon ne se connaissaient pas, c'est établi. Les mythes concernant l'île Dumet expliquent-ils quelque chose ? Peu probable. On va compter une nouvelle victime, "troisième innocent", quelques jours plus tard.

Employée de société, Mireille Ruiz participait à un séminaire dans un hôtel de la région nantaise. Un stage basé sur le yoga et le tango, sur le thème "comment être en harmonie avec soi-même pour être mieux avec les autres". Mariée, âgée de quarante-quatre ans, Mireille Ruiz a été assassinée avec la même arme, dans son lit. Toutes les issues de la chambre étaient hermétiquement closes. La vidéo-surveillance permet de repérer une cliente blonde partie au petit matin, avant que le crime soit découvert. Interrogé par la police, le collègue et amant de la victime n'est pas suspect. Il n'apporte guère d'éléments utiles. Pas de lien flagrant non plus entre Mireille Ruiz et les deux autres. Baron comprend néanmoins le symbole qui relie les trois mises en scènes.

Pendant ce temps, la jeune retraitée Adèle Clech est séquestrée dans une sorte de cave, aménagée avec une grille scellée empêchant toute évasion. Ce n'est pas inconfortable, mais voilà environ trois semaines qu'elle est retenue là. Les motivations de ses ravisseurs, Adèle les a partiellement comprises. Elle n'avait d'autre choix que de leur dire ce qu'elle savait, de citer des noms. L'énigmatique blonde qui est responsable de la situation, elle ne l'avait jamais rencontrée. Adèle se demande si elle doit garder l'espoir de s'en sortir. De leur côté, Baron et la magistrate Alexiane trouvent la bonne piste…

 

Les enquêtes du commissaire Nazer Baron, dont c'est le neuvième opus, sont désormais toutes disponibles aux Éditions du Palémon. Ce “Silence fatal” s'inscrit dans la meilleure tradition du roman policier. Baron n'est nullement un des multiples clones du commissaire Maigret. Une partie de sa vie privée est esquissée, sans empiéter sur l'affaire proprement dite. Il est à la fois dans l'action sur le terrain, et dans la réflexion, cherchant l'hypothèse la plus plausible. Il est vrai que les trois morts ne s'étaient jamais rencontrés, ce qui est de nature à compliquer le dossier. Le lien entre eux, on sait bientôt que c'est Adèle Clech, séquestrée par une ou deux personnes inconnues.

L'auteur a l'intelligence de ne pas embrouiller le lecteur de façon artificielle. Par exemple, si l'île Dumet est porteuse de mystères, on ne va pas nous entraîner trop longtemps sur cet élément. De même, si l'amant de la troisième victime est embarrassé, il n'y a pas de raison pour qu'il fasse figure de suspect. Bien que le commissaire dirige une équipe, ses adjoints sont identifiables et jouent leur rôle en laissant le premier plan à Baron. C'est par ces points-là que l'on vérifie la maîtrise d'Hervé Huguen, évitant l'écueil d'une intrigue touffue. Au contraire, c'est avec fluidité – et même avec souplesse, que nous est racontée cette enquête. Un roman à suspense de très belle qualité, d'une lecture franchement agréable.