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Publié par Claude LE NOCHER

Cicéron Angledroit : Qui père gagne (Éd.du Palémon, 2016)

Cicéron Angledroit est, en quelque sorte, un héritier de Sam Spade et de Philip Marlowe. Ce quadragénaire se présente lui aussi comme détective privé. Un peu moins glorieux que ses aînés, sans doute. Son territoire se limite à la banlieue-sud de Paris, plus précisément au Val-de-Marne. Habitant Vitry, Cicéron enquête de Villejuif jusqu’à Créteil, poussant parfois jusqu’à Juvisy (Essonne). Il s’autorise souvent des pauses dans son bistrot habituel avec ses amis René et Momo, presque autant traîne-patins que lui. Entre la pharmacienne mariée Brigitte et la fliquette sexy Vanessa, il trouve toujours du temps pour la gaudriole. Cicéron a une fille en bas-âge, Elvira Angledroit, dont s’occupe la mère du détective.

Il arrive que ce dilettante qu’est Cicéron mène quelques investigations. Étant un ami du commissaire Théophile Saint Antoine, de Vitry, le supérieur de Vanessa, c’est aisément qu’il obtient les renseignements adéquats. Cette fois, c’est plutôt le policier qui a besoin des services de Cicéron. Il soupçonne son épouse Mireille, chargée de communication pour la mairie de Vitry, de le tromper éhontément. Il l’a pistée grâce à un mouchard posé sur sa voiture, constatant qu’elle fréquente beaucoup les hôtels de la région. Elle est encore appétissante, Mireille, c’est certain. Mais Cicéron ne tarde pas à découvrir le fin mot des supposées incartades de l’épouse, qu’il ne peut dévoiler trop tôt au commissaire.

Le détective reçoit un appel inquiet d’un vieil ami de sa famille, Paul Automne. C’est un ancien artiste méconnu, qu’il connaît depuis l’enfance, plus ou moins perdu de vue. Ça va attendre le lendemain, Cicéron étant un adepte de la procrastination. Lorsqu’il se pointe chez Paul, ce dernier est mort depuis la veille au soir. Un meurtre avec une drôle de mise-en-scène, selon le policier Saint Antoine. Pour la journaliste présente, le détective fait le panégyrique du défunt, un éloge quelque peu exagéré. Une question turlupine Cicéron, à laquelle répondront bientôt l’ADN et la mère du détective. Les policiers ne se bousculent guère, menant une enquête de routine autour de la mort de Paul Automne.

Cicéron, Momo et René déterrent un smartphone planqué dans le jardinet du défunt. C’est plein d’infos sur leur propriétaire, ces machins-là. La mort brutale d’un vieil ami de Paul, pendu après avoir été maltraité, offre une piste potentielle au commissaire Saint Antoine. Grâce au smartphone, Cicéron et ses amis en suivent une autre. C’est ainsi qu’ils visitent en groupe la basilique Lénine à Créteil, lieu de culte désacralisé dédié à saint-Cassette. Rien de particulier, si ce n’est la multitude de caméras de surveillance, incongrues dans un endroit aussi vide. Même en s’agitant les neurones, Cicéron a du mal à comprendre le lien avec les morts suspectes de Paul et de son pote…

(Extrait) “Le commissariat est à cinq minutes de la maison Costa. Même sans gyrophare. Faudra un jour que je demande à Saint Antoine si c’est possible que j’obtienne une autorisation d’en avoir un de gyrophare. J’avoue que ça me plairait bien et, comme vous l’avez constaté, j’enquête de plus en plus aux côtés des poulets élevés aux grains du contribuable. Garé, je file directement dans le burlingue du boss. Aucune résistance, le planton de permanence fait semblant de se passionner pour son écran. Vanessa est assise sur le bureau et prend des notes sous la dictée de son nouveau patron. Elle a un cul qui met en valeur ce bureau napoléonien que je n’avais guère remarqué jusqu’à là…”

 

Désormais disponibles aux Éditions du Palémon, les aventures de Cicéron Angledroit s’inscrivent dans la catégorie "comédie policière". Si quelques morts ponctuent le récit, il s’agit ici d’une divertissante intrigue. Compliqué, le quotidien de Cicéron ? Pas tant que ça, estime son ami René : “…T’as pas de patron, tu bosses léger quand tu veux, t’as des gonzesses dont t’as pas la charge, t’as une gamine de rêve et une mère en or. Ben oui, je la trouve pas mal, ta vie.” Quant aux galipettes avec ses amantes excitées, il n’est pas à plaindre non plus, le détective de banlieue francilienne. Une table réservée au bistrot, des petits mystères et une flopée de péripéties, voilà de quoi occuper l’existence de Cicéron.

La tonalité narrative fluide et enjouée s’inspire du style San-Antonio, on l’aura compris. Le héros (qui interpelle son lecteur, lui aussi) est doté d’une "brave femme de mère" (aurait écrit Frédéric Dard), René rappelle tant soit peu l’impayable Bérurier, et le commissaire se nomme Saint Antoine (comme par hasard). Ce n’est pas de la copie, donc l’histoire se démarque de l’épopée san-antonienne. Non sans proposer un scénario fort sympathique, où il suffit de suivre le détective et ses acolytes. Le polar-détente appartient à une belle tradition, ne nous privons pas du plaisir d’en lire.