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Publié par Claude LE NOCHER

Tony Parsons : Les anges sans visage (Éd.de la Martinière, 2016)

Max Wolfe fait partie de la brigade des homicides de West End Central à Londres, au 27 Saville Row. Divorcé, il élève seul sa fille de cinq ans, Scout. Le compagnon de celle-ci est le jeune chien Stan, un cavalier king-charles. En ce tout début janvier, un horrible crime a été découvert dans un quartier résidentiel sécurisé du nord de Londres, près du cimetière de Highgate. La riche famille Wood a été massacrée : le père Brad, agent sportif ; son épouse Mary, qui connut un instant de célébrité lors des J.O.de Lillehammer, en 1994 ; leur fille Piper et leur fils Marlon, quatorze et quinze ans. Le dernier enfant âgé de quatre ans, Bradley, a été épargné, mais l’assassin l’a kidnappé. Ce qui ne ressemble guère au profil des criminels commettant un tel carnage. Ça s’est passé lors de la nuit du Nouvel An.

La famille Wood était très exposée sur Internet. On peut penser qu’on les a assassinés parce qu’ils affichaient leur bonheur. Aussi, parce qu’on les savait très fortunés. Car Mary appartenait à la famille Gatling, fière de sa réussite sociale et financière. Charlotte et Nils Gatling, le frère et la sœur de Mary, ne tardent pas à rameuter les médias. Pour qu’avance rapidement l’enquête sur le quadruple meurtre, et pour retrouver le petit Bradley. Ce qui peut compliquer la tâche des policiers, en réalité. L’arme du crime est fort singulière : un pistolet d’abattage pour le bétail. Cela rappelle une affaire datant de trente ans. Âgé de dix-sept ans, Peter Nawkins avait utilisé une telle arme contre plusieurs personnes. On le surnomma L’Exécuteur. Ce Gitan est sorti de prison depuis un certain temps déjà.

Tandis que les policiers reçoivent le renfort du psy Joe Stephen, qui a connu Mary, Max cherche le chemin emprunté par le tueur. Probablement est-il passé par le cimetière de Highgate. Il se rend dans le vaste camp de Gitans, abritant environ cinq cent personnes, où vit désormais Peter Nawkins. Malade, l’ancien Exécuteur est protégé par la famille de son frère, Sean. Max ne s’attend pas à ce qu’ils soient coopératifs. Brad Wood possédait un appartement privé dans Londres, que Max visite bientôt. Il apprend ainsi que l’homme était le client hebdomadaire d’une agence de prostitution, depuis deux ans. La maquerelle qui s’en occupe va, pour éviter les ennuis, apporter le témoignage d’une de ses "filles" sur des soirées pédophiles organisées par un nommé Fat Roy. Une piste à suivre.

Boxeur amateur, Max croise le jeune Rocky, un Gitan pratiquant aussi la boxe. Ce qui va conduire le policier à s’intéresser aux activités de Sean Nawkins et de sa société Asphalt Premium. Même si la famille Wood était absente, il a travaillé pour eux. Max est conscient que ces Gitans s’avèrent des suspects trop faciles. Pourtant, un indice déterminant accuse Peter Nawkins. Il va prendre la fuite, lors de son arrestation. L’intervention des policiers contre les pédophiles va se passer encore plus mal, plusieurs flics étant blessés. Il devient très improbable de retrouver vivant le petit Bradley Wood. Max et ses équipiers doivent tenter la manière forte contre le camps des Gitans…

(Extrait) “— Vous êtes en état d’arrestation…

Il la frappa de toutes ses forces en plein visage, et son poing dut toucher le menton car Wren s’écroula aussitôt. Inconsciente avant même d’atteindre le sol. Je sentis une flamme de pure colère monter en moi à l’idée que quelqu’un puisse lever la main sur elle. L’homme avançait toujours. Il enjamba le corps prostré d’Edie Wren, poings serrés, montrant les dents en grognant des obscénités.

Il continuait d’avancer et c’était l’idéal car il se prit ma droite de plein fouet, un coup moins précis que puissant, chargé de sang bouillonnant. Ma haine me fit manquer son menton de dix bons centimètres, mais je parvins à toucher son nez qui se brisa avec un craquement sec – et rares sont les hommes à pouvoir encaisser un nez en miettes.

Ce salopard n’en faisait pas partie. D’un coup de pied balayant, Gane le projeta au sol et Whitestone le menotta pendant que je me précipitai vers Wren…”

 

Après “Des garçons bien élevés” (Éd.de la Martinière, 2015), cette deuxième enquête de Max Wolfe se révèle aussi excitante que la première. Le rôle de père de famille du héros permet quelques moments de répit. Mais pour l’essentiel, cette affaire est remuante et énigmatique à souhaits. Bien sûr, réputée pour sa méticulosité, la police anglaise examine les faits. Grâce au policier John Caine, on visitera encore cette fois le "Black Museum" de Scotland Yard, recensant des cas criminels historiques. Toutefois, le récit est franchement rythmé avec des interventions de police musclées, des témoignages crédibles ou moins francs, et tout un lot de rebondissements. Max ne cachera pas son attirance envers la jolie Charlotte Gatling, sœur d’une des victimes.

Les Gitans attirent généralement plus l’antipathie que la tolérance à leur égard. Ce sont ici des "gens du voyage" plutôt sédentaires que voyageurs. L’auteur ne les stigmatise pas, mais il rappelle leur esprit de clan, et leurs activés "au noir". Par ailleurs, on constate que les quartiers protégés où habitent des gens très aisés sont, en réalité, nettement moins sécurisés qu’il ne semble. De l’action et du mystère, une ambiance agitée et captivante, dans la tradition d’excellence de la Littérature Policière, voilà ce que nous a concocté Tony Parsons avec ce suspense de haute qualité !